Pour une fois, l'Assemblée Nationale semblait unie pour réaffirmer la position abolitionniste de la France en matière de prostitution, proclamée depuis 50 ans. Condamner la violence faite aux femmes n'est jamais inutile, qu'elle soit ou non consentie, et le harcèlement moral peut être plus destructeur que le harcèlement physique. Mais nos rapporteurs députés ne se sont pas grandis en déclarant que "non, la prostitution n'est pas le plus vieux métier du monde", et surtout nous ont étonné en déposant une proposition de loi sur la pénalisation des clients, instaurée depuis 1999 en Suède. La peine encourue serait de deux mois d'emprisonnement et 3.750 euros d'amende, même montant pour le consommateur de cannabis que pour celui d'une femme, ou d'un homme. Le projet de loi est à l'étude mais le décret d'application ne sera pas si simple. Un client ne peut être puni dès qu'il embarque une prostituée, car ce serait punir l'intention et non le délit. Le client interrompu dans cet acte, abominable car tarifé, méritera-t-il la même sanction que celui qui a voluptueusement consommé? Les adeptes de ce sport en voiture, les amants débordant de pulsions seront-ils poursuivis? A moins que ce ne soit pas l'acte in naturalibus qui ne soit condamnable mais la marchandisation du corps, soit le paiement. Dans ce cas, faudra-t-il attendre le paiement pour verbaliser? Les filles de joie mettront-elles en péril leurs amants de cœur, soupçonnés de toute évidence de lubriques addictions? Encore un marché juteux pour la corporation des avocats car l'application de la loi sera des plus complexes. Prenons le cas de DSK, qui est contre la prostitution et qui n'a jamais payé, comme tout haut fonctionnaire français. Devra-t-on inculper Dodo-la Saumure qui n'est pas le consommateur final? Si nous commençons à punir les intermédiaires, c'est la mort de la société de services. Trêve de plaisanterie, la loi sera difficile à promulguer et l'odeur de prostitution se répandrait partout. Que penser des pensions démesurées qu'obtiennent les épouses d'acteurs ou célébrités pour quelques années de mariage? Il y a là une reconnaissance officielle de la relation tarifée, qui nous vient du noroît. La Suède est très à la mode chez nos députés latins, qui ne sera que passagère. Pour exemple, souvenons-nous de nos premiers ministres et de leur sincère attirance pour des régimes voisins, Pierre Mauroy pour l'Autriche, Michel Rocard pour la Yougoslavie, qui ne durèrent que ce que durent les roses.
Ce vent de noroît est un vent puritain et anglo-saxon qui ne correspond aucunement à notre culture, à notre essence. Rappelons que la Suède est un pays de la taille de la France peuplé de 9 millions d'habitants, riche de son bois, de son fer, de son hydroélectricité et connue de ses artistes, Bergman, ABBA... Ibsen, du temps où la Norvège n'avait pas son indépendance, se révolta contre le traitement que l'homme faisait subir à la femme, et de nos jours, les formidables romanciers Stieg Larsson et Henning Mankell ne décrivent pas un univers où la femme est respectée comme la loi suédoise le laisse apparaître. Plus personne ne se souvient de la neutralité de la Suède pendant les deux guerres mondiales, ce qui ne l'empêchait pas de vendre son minerai de fer aux nazis. L'aisance financière qu'elle en retira lui permit de bâtir un État providence très envié par nos socialistes. De là à devenir puritain! Qui ne sait que la prostitution est autorisée sur les bateaux suédois dès qu'ils sont à 12 miles des côtes? Tout comme en Malaisie, régime musulman intégriste où les relations sexuelles avant le mariage sont pourchassées et interdites, et où les bateaux de croisière quittent le port de George Town dès le soir pour une nuit de jeux, d'alcool et de prostitution. Les Gréco-latins refuseront cette hypocrisie saxonne et ce vent de noroît, malgré la faiblesse de leur économie. Que nos députés ne l'oublient pas, et qu'ils relisent le banquet de Xénophon, ou celui de Platon!

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