Le bal des faux-culs

À Marrakech, un ex-ministre "s'amuse": c’était le titre d’un article du Figaro Magasine de samedi 28 mai. La classe politique et médiatique reste indifférente, bien qu’il s’agisse d’un ex-ministre français arrêté puis relâché après une soirée avec des garçons... Trois jours plus tard sur Canal+, Luc Ferry, ancien ministre de l’Education Nationale, commente ces dérapages anciens et  qu’il tient d’un Premier ministre en personne. Ces propos font scandale et sont condamnés par tous les éditorialistes et politiques de tout bord avec une virulence qui interpelle. Tous les éditorialistes des presses régionales n’ont pas eu de mots assez durs pour ce colportage de rumeur, qui sent "nauséabond", "populisme", "grand déballage avant les présidentielles", "des voix pour Le Pen" en laissant entendre "tous pourris", sans compter les ténors de son propre camp comme Juppé, Dati, Paillé, lui reprochant de "bavasser dans la presse", et Baroin qui aurait mieux fait de s’abstenir: "il n'est plus le philosophe de la rumeur mais il en devient un acteur essentiel". Le jeune Baroin qui ne doit sa carrière qu’au grade suprême de son papa dans le Grand Orient de France, gagnerait à lire les ouvrages de philosophie de son collègue Luc avant de le prendre de haut. Même Guy Carlier ce matin se délecta d'attaques ad hominem contre le philosophe, car il n’est pas de gauche. Mais qu’ont-ils donc à avoir si peur, et à menacer Ferry de poursuite?

"Malheur au monde à cause des scandales! Il est fatal, certes, qu'il arrive des scandales, mais malheur à l’homme par qui le scandale arrive!"Matthieu, XVIII, 7
Quand Matthieu s’exprime ainsi, il condamne non celui qui répand le scandale, mais celui qui l’occasionne. Et cette entière citation vient après une explication de Jésus sur les enfants à protéger:  "mais celui qui scandalisera un seul de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu'on lui pendît au cou une meule de moulin et qu'on le jetât au fond de la mer". Dans cette affaire, comme dans l’affaire DSK, tous ont vu un déballage, des haines politiques, une future élection, mais personne n’a pensé aux traumatismes des enfants usés et abusés, pour le plaisir de nos bons maîtres. Le monde internet va changer le monde, et l’orchestre du bal des faux-culs va cesser de jouer.

Tolérance 5%

Les mesures gouvernementales nous avaient très irrité et nous l’avions exprimé ce lundi 23 mai. Nous avions écrit que la sécurité ne se dirigeait pas d’un bureau, fut-il parisien, que la vie était une maladie mortelle, qu’on ne sauvait pas des vies, on ne comptait que les morts. Preuve est faite, Monsieur le ministre de l’Intérieur, qu’on se fait toujours rattraper par la vie. Près de Tours, un gendarme a perdu le contrôle de son véhicule et a tué un enfant, blessant grièvement plusieurs autres. Un autre gendarme le suivait et confirme qu’il roulait à 30/40 km/h. Bien que l’on plaigne le gendarme qui doit être torturé moralement, plaignons surtout la famille qui ne croira pas une miette de cette histoire. Qui n’a pas perdu le contrôle de son véhicule à 30 km/h, ou glissé sur une flaque d’huile imaginaire? N’importe quel quidam se serait fait traiter de chauffard mais pour les gendarmes, la présomption d’innocence est de rigueur! Le ministre Guéant durcira t-il encore la législation: réduire à 10 km/h la circulation en ville et mettre des radars dans les rond-points. Ainsi l’objectif de notre Président de 3000 morts par an pourrait être atteint.
Espérons que les mêmes gendarmes ne continueront pas à sanctionner bêtement tout dépassement de 5% de la vitesse autorisée. Conduire à 5% près est-il à la portée de tout le monde? Même chez Air France, des pilotes très professionnels réagissent très mal quand leur pilote automatique saute, et perdent beaucoup plus de 5% de vitesse en gagnant brutalement 3000 pieds d’altitude. Ils se retrouvent ainsi en décrochage et maintiennent l’avion à 35° d’incidence jusqu’au sol avec les commandes à cabrer. Le décrochage le plus long du monde, et 228 morts à la clef. Mais il ne faut pas en parler car le rapport final n’est pas publié, seulement les éléments bruts ci-dessus. Comment écrire les conclusions qui se devinent, sachant que les compagnies Air France et Airbus devront payer l’addition. Comment Air France pourra expliquer la compétence de ses équipages après un tel drame? Pour le gendarme de Tours, une plaque d’huile était tout de suite incriminée, mais comment sauver le soldat Air France? Souvenons-nous du pilote de l’US Airways (ancien pilote de chasse) victime d’une collision volatile deux minutes après le décollage de New York, qui va se poser sur l’Hudson, sans moteur, dans le calme, en silence radio total. 155 passagers sauvés, et moins de 5% d’écart de vitesse. Un grand professionnel! Nos gendarmes aux ordres d’irresponsables incompétents nous imposeront-ils longtemps une tolérance de 5% pour mieux remplir les caisses de l’Etat? Grâce à eux et à la répression, nous deviendrions de grands professionnels, 40 millions de professionnels d’un coup de baguette magique?