Journée des morts

Le 1° novembre fête tous les Saints, cette cohorte de personnages exceptionnels, reconnus ou inconnus, qui ont fait don de leur vie par amour, pour une cause plus grande qu'eux, pour leur Dieu qui embrassait l'humanité. Aimer l'humanité, la branche horizontale de la croix. Pour une cause qui vous dépasse, qui vous transcende, la grande branche verticale de la croix. Ces Saints ont rejoint le royaume du Christ, comme le montre la peinture de Fra Angelico. Les autres seront libérés de la mort au Dernier jour et ne sont fêtés que le lendemain, le 2 novembre, jour de la fête des morts. Ces deux fêtes sont confondus, de nos jours, car seul le 1° novembre est férié, qui nous permet alors de nous recueillir sur la tombe de nos chers disparus. Pourquoi fêter les Saints, ces passeurs d’Évangile, et nous inviter à honorer ces héros religieux qui ont abandonné leur confort matériel et spirituel pour venir en aide aux plus démunis? Chales Péguy l'avait compris lorsqu'il s'exclamait: "les saints rejaillissent toujours". Ces deux jours sont donc consacrés aux morts et à la mort. Un vent venu de l'ouest nous apporte gaieté et jeunesse avec Halloween, contraction de All Hallows Eve, autrement dit "veillée de tous les saints". Chaque culture apporte son originalité et son folklore, mais le fondement reste le même. 
De tout temps, l'homme a voulu célébrer la transition de la saison claire à la saison sombre, l'année se finissant avec la fin des récoltes. Les Gaulois ont hérité des Celtes cette tradition sous la mention Tri nox Samoni (les trois nuits de Samain), trois jours pour se réjouir des récoltes, de l'année écoulée. Faire ripaille, souder la communauté vivante mais aussi s'ouvrir vers l'autre monde, celui des dieux. Il n'y a pas de communauté sans communion, de communion sans fidélité ni sacré, de société sans transmission. A cette occasion, l'homme s'est toujours recueilli sur les sépultures, a médité sur sa finitude devant l'immensité du cosmos, du divin cosmos où baignent les âmes des vaillants ancêtres, et bientôt la sienne. Ce culte hérité des anciens n'est peut-être qu'une façon de penser sa propre mort et de libérer ses peurs. Car il faut penser sa mort, accepter qu'elle vienne nous surprendre. Blaise Pascal ironisait: "n’ayant pu guérir la mort, les êtres humains se sont avisés, pour se rendre heureux, de n’y point penser". Que dirait-il de notre siècle qui refuse la vieillesse et la mort?
Malgré le tapage médiatique, les réjouissances des enfants et leurs "Trick or treat!", il manque aux fêtes d'Halloween modernisées la dimension de l'au-delà pour se pérenniser. Halloween ne pourra remplacer la Toussaint et la journée des morts, si mal médiatisées. Comme l'écrivait Comte-Sponville: "c'est en étant culturellement conservateur que l'on peut être politiquement progressiste".

35 heures encore

Les 35 heures ne sont pas un "sujet tabou", nous a confié le premier ministre, contredit immédiatement par son ministre du Travail, Michel Sapin. Il faut dire que ce dernier était le copain de régiment de François Hollande, et qu'il peut ainsi se permettre de recadrer son chef. Donc le matin, le débat est ouvert, et l'après-midi, il est refermé. Pourtant, il faudra bien un jour reparler de ces 35 heures, ce dogme intouchable, ce marqueur de gauche qui n'a qu'une valeur symbolique, caractéristique du jacobinisme français: l'uniformité pour tous décidée par Paris. La réduction du temps de travail a été imaginée dans les années 70, à une époque faste où les politiciens pensaient que le travail se partageait. Les pays nordiques l'ont expérimenté et en sont revenus au moment où... nous le mettions en œuvre. Les stratèges de gauche imaginaient l'avenir de la société française avec moins de travail et beaucoup de temps libre pour un meilleur bien-être. L’ilot France isolé du monde. Donner tort à Hannah Arendt qui avait analysé la condition de l'homme moderne et constaté la victoire de la société du travail et de la production.
A terme, le contraste entre les espérances et la réalité de cette loi régalienne est saisissant: le chômage n'a pas baissé et loin de là, le coût du travail a beaucoup enchéri, la modération salariale n'a pas été respectée (augmentation du smic horaire de 31 % entre 1998 et 2005) et l'impact sur les finances publics est désastreux: 15 milliards par an d'allégement de la charge des 35 heures sur les bas salaires payés par l’État. Nicolas Sarkozy défiscalisa les heures supplémentaires pour augmenter le temps de travail, coût 5 milliards. Soit un coût de 20 milliards pour l’État pour revenir à l'état initial. Cette loi qui a plus profité aux cadres qu'aux ouvriers doit être abrogée, mais dans un esprit 21° siècle. La pénibilité du travail n'est pas telle qu'elle nécessite un plafonnement par semaine. Dans notre époque de compétition mondiale, le cycle industriel est l'an. 
Les  lois Aubry qui instituaient la durée légale du travail stipulaient 35 heures par semaine, ou 1.607 heures par an. Pour redevenir compétitif, il conviendrait de fixer 1600 heures par an et de supprimer la durée légale hebdomadaire en France, qui est déjà encadrée par l'Europe.
Pour beaucoup d’industries, la compétitivité impose 1600 heures productives par an alors que les 35 heures conduisent à 1500 heures, en tenant compte des temps d'absentéisme et de formation. Le retour à 1600 heures par an est impératif si la France veut se réindustrialiser. Pour faire face à l'urgence économique, il faudra que la gauche apprenne le pragmatisme et renonce à l'idéologie du siècle dernier, même si cette dernière a pu être bénéfique à la condition humaine. Ce qui était vrai hier peut être faux aujourd'hui.