Loïc Sécher vient d'être acquitté sous les applaudissements. Il était accusé par Émilie, 14 ans, d'agressions sexuelles et viols et avait été condamné à 16 ans de réclusion en 2003, peine confirmée en appel l'année suivante puis en 2005 en cassation. La petite Émilie s'est rétracté officiellement en 2008, et Loïc aura fait près de 8 ans de prison pour rien. C'est un ouvrier agricole de 51 ans, aucune communauté ne va se risquer à défendre sa cause, alors qu'Omar Raddad a trouvé pour le défendre un académicien et un cinéaste. Omar Raddad est le jardinier marocain qui avait été condamné, en février 1994, à dix-huit ans de réclusion pour le meurtre de Ghislaine Marchal, lacérée de coups de couteau dans sa cave, mais qui avait eu le temps de tracer sur un mur, en lettres de sang, «Omar m'a tuer». De cette faute d'orthographe naîtra la polémique, et l'opinion basculera lentement du doute vers l'innocence d'Omar. En 1996, quelques jours après une visite officielle en France du roi Hassan II, Jacques Chirac accorda une grâce partielle à Omar Raddad, qui fut interprétée par le défenseur des causes perdues, M° Vergès, comme une preuve d'innocence. L'académicien Jean-Marie Rouart, sensible à l'orthographe, écrira un livre "la construction d'un coupable", coupable idéal puisque marocain, dénonçant "complot et obstruction" des gendarmes, magistrats, jurés... Il sera poursuivi en justice par la famille de la victime et perdra son procès en 2002. N'est pas Zola qui veut. Omar Raddad est libre mais pour la justice, il est l'assassin de son ancienne patronne. Il clame toujours son innocence, demande la révision du procès qui lui a été refusée (aucun élément nouveau) et a écrit un livre pro domo. Sur base de ces deux livres, Roschdy Zem, fils d'immigré marocain, sort un film actuellement assenant l'innocence de son compatriote Omar. Le magistrat Philippe Bilger s'insurge sur son blog de cette charge unilatérale et rappelle les éléments du dossier et les publications de livres démontrant la culpabilité.
Dans l'affaire Loïc Sécher, on sait maintenant qu'il n'y a pas eu de délit et que la justice s'est trompée à plusieurs reprises. Elle vient de reconnaître son erreur. Il faut espérer que la jeune fille dépressive qui l'a fait condamner rendra des comptes pour son parjure. Notre justice est imparfaite et ne mérite pas toute notre confiance. Mais la charge cinématographique et médiatique contre la justice dans l'affaire "Omar m'a tuer" est pesante. Qui a tué Ghislaine Marchal, et pourquoi écrire le nom d'Omar avec son sang, à deux reprises, juste avant de mourir? Jamais l'orthographe n'aura été autant saccagée qu'à notre époque, et jamais une faute n'aura soulevée une telle vague de politiquement correct. Les manœuvres pour orienter l'opinion publique telles théories du complot, faux sondages, films à charge et tout autre désinformation vont tuer l'esprit républicain.


