Propos sur la neige

"Qu'il est doux, qu'il est doux d'écouter des histoires,
Des histoires du temps passé,
Quand les branches d'arbres sont noires,
Quand la neige est épaisse et charge un sol glacé !"
Alfred de Vigny poursuit par le classique "Quand sous le manteau blanc..." Il vient de neiger toute la nuit sur le nord de la France et la Belgique. Tout est blanc ce matin! La radio a confirmé que le cliché n'est pas mort: les villes sont recouvertes d'un blanc manteau, ou la neige étend son blanc manteau. Est-il doux d'écouter ces histoires du temps passé et ces poncifs? Dans ces temps-là, excités par la neige et les batailles de boules, nous manifestions quelques réticences, ne serait-ce que quelques secondes, à maculer ce "blanc manteau", à le souiller de nos chaussures crottées. Comme si les traces d'enfants sur une neige fraiche étaient une salissure! Nourris de catholicisme et d'images, dans ces temps-là, nous savions que le noir était signe de deuil et le blanc de pureté, de virginité. Un homme épousait une femme en robe blanche, car elle était immaculée. C'était la commune conception. Personne n'y avait laissé sa trace, ne l'avait salie. Comme si la trace d'un amour, charnel ou spirituel, était une salissure! Comme si un acte d'amour librement consenti était sale. Et tout cela nous vient du Moyen-Orient qui a engendré trois religions, les religions du Livre. Tu aimeras ton prochain comme toi même, surtout si c'est un homme, parce que les femmes! Tu les couvriras de perruques, ou d'un tchador, tu les cacheras dans ta cuisine, et les prêtres jureront abstinence car les femmes les détourneraient de Jésus. Comment des hommes qui prêchaient la parole de Dieu ont-ils pu propager une telle défiance à l'égard des femmes? Comment ont-ils pu répandre la phobie du sexe-plaisir, alors qu'il est écrit que d'Abraham à Mahomet, ils étaient plutôt portés sur la bagatelle, et jusqu'à un âge avancé. On aurait pu penser qu'après plusieurs millénaires, après Galilée, le darwinisme, le "premier homme est une foule" de Theillard de Chardin (qui infirmait ainsi la création d'Ève), la conquête de l'espace, et la libération sexuelle des années 70, il nous paraissait évident que le regard de l'homme sur la femme, sur sa sexualité avait évolué, que le plaisir pouvait être partagé et que ce qui était naturel pour l'un pouvait l'être pour l'autre. 
Et pourtant! Souvenons-nous de la cérémonie au collège-lycée Ozar Hatorah de Toulouse le premier novembre 2012 en présence du Président François Hollande et de Benjamin Netanyahu, en hommage aux victimes du terroriste français Mohammed Merah. Madame Eva Sandler, qui avait perdu son mari Jonathan et ses 2 enfants Aryeh et Gabriel dans cette tuerie prononça un pathétique discours qui émut l'assemblée. Madame Netanyahu vint l'embrasser au pied de l'estrade, tandis que son mari et François Hollande la saluèrent à trois mètres. Elle devait être impure. Et le même Bibi, qui ne rêve que plaies et bosses, en Palestine, en Iran et dans tout le monde arabe, le même qui détient la bombe atomique continue de croire et laisser croire que des femmes sont impures quelques jours par mois. Un peuple d'élites, disait De Gaulle, dont l'ancien président Moshé Katsav a été condamné à sept ans de prison pour viols en 2011, qui connait la sexualité débridée chez l'homme et continue d'étouffer la femme sous des traditions barbares et des concepts discriminants d'impureté. Il serait injuste de ne pas mentionner ici la grande culture ottomane et ses harems qui ont fait tant rêver les petits garçons, dont les descendants perpétuent le crime d'honneur. Les petites filles n'ont pas le droit de rêver. Leur sexe appartient à l'homme. Leur besoin est sale, tandis que celui de l'homme est naturel. Les religions du Livre ont exporté du Moyen-Orient le tabou du sexe et la condamnation du désir vers l'Occident. Si le tabou du sexe est totalement étranger au continent asiatique, le désir y est très combattu par les bouddhistes. L'activité sexuelle ne pourra jamais satisfaire le désir sexuel, disent-ils.
Mais revenons à la chute de neige nocturne, qui inspira ces propos. Sous le blanc manteau se cachent trop d'interdits, de frustrations. La terre est aussi belle immaculée que ravinée. Il n'y a pas d'impuretés, que des yeux impurs.