Le Commandante

Les terres socialistes en tremblent encore: le dictateur est mort. Il était très riche, a pu tout acheter, surtout les pauvres si nombreux, et imposer démocratiquement sa tyrannie. Assis sur une montagne d'or noir, 297 milliards de barils pour Le Figaro, 500 milliards pour Forbes, les plus grandes réserves du monde devant l'Arabie Saoudite, il pouvait acheter les pauvres, les pays pauvres, en déclarant la guerre aux riches, aux pays riches, au nom d'une idéologie qu'affectionne Mélenchon. Il sera embaumé, comme Lénine, Staline et Mao, et comme pour eux, le vent de l'histoire balayera la légende, l'idéologie. Il ne restera que le bilan. Son bilan social n'est pas négatif, il a réduit de moitié l'extrème pauvreté (de 21,7% à 10,7%). Près de la moitié de la population vivait sous le seuil de pauvreté en 1999, moins d'un quart aujourd'hui. Pensez-vous qu'en Arabie Saoudite, il reste un quart de la population vivant sous le seuil de pauvreté? Il a réduit de moitié l'analphabétisme, de 9,1% en 1999 à 4,9% en 2011 (Trends), mais faut-il que le niveau soit resté bas pour qu'ils l'adulent, le pleurent, leur grand comédien! "Il a crée un système de protection sociale, a rendu gratuit l'accès à la santé et à l'éducation, il a instauré un salaire minimum et généralisé les retraites pour le secteur informel" (L'Expansion) et personne ne conteste les dires de ses proches. Son bilan social est flatteur, à condition que la population ne replonge pas dans la pauvreté, demain, car son bilan économique est désastreux. Il faut plaindre son successeur...
L'or noir fournit plus de 90% des recettes en devises du Venezuela, qui souffre de la "maladie hollandaise" (nous aussi en avons une en France): l'appréciation du taux change de la monnaie, qui nuit à l'exportation hors hydrocarbure. Le tissu agricole et industriel vénézuélien a été ravagé par les effets de ce syndrome. L'Etat a exproprié près de trois millions de propriétaires agricoles. 30 millions d'hectares de terres fertiles sont aujourd'hui laissées à l'abandon, ce qui oblige le pays à importer 80% de sa consommation alimentaire. Le pays importe les deux tiers de ce qu'il consomme et l'inflation tourne en rythme annuel autour des 30%. 1 600 compagnies sont passées sous contrôle de l'Etat qui représentait en 2009, 30% du PIB du pays. Le secteur privé est aujourd'hui asphyxié, atrophié. S'agissant du pétrole, la situation est aussi dramatique. Chavez a fait de PDVSA (Petroleos de Venezuela SA), la compagnie pétrolière nationale, sa compagnie. Il licenciera la moitié de ses personnels, 19 000. Ses ouvriers devaient être avec lui, de son côté, ou partir. “PDVSA’s workers are with this revolution, and those who aren’t should go somewhere else. Go to Miami.” Voilà pour ceux qui pensent qu'il n'est pas un dictateur, comme le ministre inconnu qui représentait notre gouvernement à son enterrement ("le monde gagnerait à avoir beaucoup de dictateurs comme Hugo Chavez"). Hugo Chavez a mis à la tête des sociétés ses proches discrétionnairement. Comment s'étonner que la production pétrolière stagne depuis que tous les cadres ont été licenciés, l'exploitation gazière ne décolle pas, les industries de l'aluminium et du ciment, florissantes à la fin des années 1990, sont pratiquement arrêtées depuis leur nationalisation. Son pétrole lourd nécessite des ingénieurs de haut niveau, des investissements pour augmenter la qualité, la sécurité, la productivité. Ce sont des mots capitalistes, aussi le Vénézuela peine à fournir 3% de la production mondiale, malgré ses immenses réserves.
Pour pouvoir s'affirmer sur la scène internationale, il achetait ses soutiens, les pays pauvres. "Depuis 2005, un accord (Petrocaribe) permet à 18 pays de la région d'obtenir du pétrole vénézuélien à des conditions privilégiées. Les pays bénéficiaires ne règlent qu'entre 5 % et 50 % de la valeur des importations, avec un délai de grâce de deux ans. Le reste de la facture est payable à vingt-cinq ans, avec un taux d'intérêt de 1 %" (Le Monde). Des alliances diplomatiques cher payées uniquement pour sa gloire personnelle, tel Kadhafi: celui qui a défié les USA, le capitalisme, l'occident libéral... Un véritable salmigondis où se mélangent le respect de la planète, la consommation, Jésus qui n'aimait pas les riches. Un théâtre qui n'impressionnait que les gauchos du monde entier, qui fermaient les yeux sur le développement de la corruption, de l'insécurité, de l'inflation. La Chine même l'a soutenu, en échange d'un pétrole pas cher: plus de US$ 20 mds de crédits à PDVSA. La caractéristique de ces prêts étant leur remboursement en pétrole par des livraisons de PDVSA à PetroChina, (Huffington Post). Ces cadeaux étaient faits au détriment de son peuple, pour sa gloriole, pour finir embaumé. Vanitas vanitatum. Ailleurs qu'en politique, cela s'appelle détournement de biens publics, ou abus de biens sociaux. Le bilan économique du commandante est clair: un déficit public près de 7,5% du PIB, une dette de 51%. Le taux de chômage officiel s'établit à 8%. Il faudra 10 ans pour reconstruire l'industrie pétrolière détruite. L'opposition vénézuélienne a prévenu, si elle l'emporte: Petrocaribe sera menacé de disparition. Le candidat Henrique Capriles Radonski l'avait annoncé lors de la campagne pour le scrutin d'octobre 2012 : "A partir de 2013, plus aucun baril gratuit de pétrole ne sera envoyé à d'autres pays", avait-il promis. C'est une phrase de bon manager, mais aime-t-il suffisamment les pauvres pour gagner? Que va-t-on pouvoir dire et écrire à la mort du grand frère Fidel Castro?