Colonisation et ingérence

Au cours de son voyage à Alger, notre Président de la République s'est rendu place Maurice Audin, au centre d'Alger, en hommage à Maurice Audin, communiste français présumé membre du front de libération nationale (FLN) et mort pendant la bataille d'Alger après avoir été capturé et torturé par les troupes parachutistes. Sa veuve demande encore et toujours des comptes à l’État français qui a promis de lui ouvrir toutes les archives. Pour la presse communiste, il ne s’agit pas d’un Européen qui aurait "aidé les Algériens". Maurice Audin n’était pas extérieur à ce peuple, il était un Algérien. Il en a de la chance, contrairement au million de pieds-noirs présents depuis plus de cinq générations qui durent quitter leur pays pour raison ethnique. Dans son discours aux assemblées algériennes, notre Président a sans surprise fustigé la colonisation sans un seul mot pour le million de déracinés, "la valise ou le cercueil", le massacre des harkis... C'est une caution qu'il devait au peuple de gauche et surtout aux communistes. Aussi, il est opportun de rappeler aux purs et durs de ce régime ce qu'écrivait leur illustre pionnier Friedrich Engels, meilleur ami et complice de Marx, quand il était correspondant à Paris pour le journal anglais Nothern Star, vol. XI, 20 janvier 1848, n° 535, p. 7:
"En somme, à notre avis, c'est très heureux que ce chef arabe (Abd-el-Kader) ait été capturé. La lutte des bédouins était sans espoir et bien que la manière brutale avec laquelle les soldats comme Bugeaud ont mené la guerre soit très blâmable, la conquête de l'Algérie est un fait important et heureux pour le progrès de la civilisation. Les pirateries des états barbaresques, jamais combattues par le gouvernement anglais tant que leurs bateaux n'étaient pas molestés, ne pouvaient être supprimées que par la conquête de l'un de ces états. Et la conquête de l'Algérie a déjà obligé les beys de Tunis et Tripoli et même l'empereur du Maroc à prendre la route de la civilisation. Ils étaient obligés de trouver d'autres emplois pour leurs peuples que la piraterie et d'autres méthodes pour remplir leurs coffres que le tribut payé par les petits états d'Europe.
Si nous pouvons regretter que la liberté des bédouins du désert ait été détruite, nous ne devons pas oublier que ces mêmes bédouins étaient une nation de voleurs dont les moyens de vie principaux étaient de faire des razzias contre leurs voisins ou contre les villages paisibles, prenant ce qu'ils trouvaient, tuant ceux qui résistaient et vendant les prisonniers comme esclaves.
Toutes ces nations de barbares libres paraissent très fières, nobles et glorieuses vues de loin, mais approchez seulement et vous trouverez que, comme les nations plus civilisées, elles sont motivées par le désir de gain et emploient seulement des moyens plus rudes et plus cruels.
Et après tout, le bourgeois moderne avec sa civilisation, son industrie, son ordre, ses "lumières" relatives, est préférable au seigneur féodal ou au voleur maraudeur, avec la société barbare à laquelle ils appartiennent".
Voilà ce que pense la plus grande référence du marxisme, qui publia les livres II et III de l'ouvrage Le Capital. Il ne s'agit pas ici de prendre le contrepied de la politique actuelle, mais de ne pas juger d'une époque avec les lunettes et les valeurs d'une autre. Il serait plus pertinent de critiquer la volonté française d'intégration des diverses peuplades au nom d'une mission civilisatrice saint-simonienne et de ne pas avoir su distinguer la Kabylie de l'Algérie, les kabyles des arabes. On croyait à l'époque que le tribalisme et les querelles ethniques étaient une garantie de l'ordre établi. Là est l'arrogance coloniale, le manque de respect envers les populations.
Il y a deux jours, une poussée de fièvre en Centrafrique et de violentes émeutes contre notre ambassade conduisent François Hollande à mobiliser puis renforcer nos troupes dans le pays. Les rebelles du mouvement Séléka progressent vers la capitale Bangui et le Président Bozizé soupçonne la France de ne pas le soutenir. Notre Président qui déteste tant le colonialisme devrait nous expliquer l'intérêt de conserver des troupes à Bangui, alors qu'elles sont présentes au Gabon et au Tchad. Mais surtout, jusqu'à quand mettrons-nous en place les dirigeants de ces pays, en sous-main, tandis que les discours les plus variés et fleuris sont prononcés sur la Françafrique de papa, le respect des peuples, la colonisation, la non-ingérence. De qui te moques-tu, François?

"ça va être dur..."

nous disait ce matin notre Président dans un langage troupier, "...c'est dur, mais on va s'en sortir ". Et pour nous rassurer, il rajoutait: "parce qu'on met tous les moyens pour ça". Qui ne dirait le contraire, en pensant à toutes ses mesures: retour pour certains à la retraite à 60 ans, embauche de 40.000 enseignants, avec ou sans les compétences adéquates, qu'importe puisqu'il ne leur sera pas demandé une amélioration du niveau des élèves, de leur capacité d'écriture sans faute ni de lecture. Aucune réduction du nombre de fonctionnaires, que ce soit à l'échelon national, régional, départemental, intercommunal, et enfin communal. Pourquoi réduire les dépenses puisque les impôts ont augmenté? Tout le monde va payer pour redresser le bateau France, et dans un esprit de justice qui est notre marque. Enfin pas les 50% qui n'en payaient pas et qui ont toute notre considération en échange de leurs bulletins de vote, ni les classes moyennes que mon premier ministre a affirmé protéger, ni les jeunes que j'aime beaucoup et à qui j'ai dédié mon quinquennat, ni les retraités qui ont bien mérité de se reposer des monstrueuses années à 1500 heures de travail, bref les autres vont payer, ceux qui ont les moyens, les riches, les ultra-riches, ces salauds qui menacent de quitter le pays après s'être engraissés sur le dos des pauvres, des sans-grades. Les banques et les entreprises aussi vont payer, ces ennemis financiers qui préfèrent le profit à l'humain, comme ils l'ont montré récemment à Florange. Le chômage, la compétitivité, le coût du travail? Je créerai une commission et prendrai des mesures, peut-être, plus tard, en 2014. C'est un peu tard, vous croyez? Vous savez que l'économie est cyclique, que la conjoncture se retournera et que l'on me remerciera de ne pas avoir tout chamboulé. Les Français n'aiment pas les réformes qui bousculent leurs habitudes, ni les grands changements. Seulement les révolutions? Oui, c'est vrai mais faut-il avoir des Robespierre, exiger des nationalisations, des réquisitions, nous n'en sommes pas là. Et la nationalité? Il est vrai que le ministre Cahuzac voudrait que l'on crée un impôt sur la nationalité. Le droit du sol pour la nationalité et le droit du sang pour la fiscalité. Je vais créer une commission. Non, pas sur M. Cahuzac, l'ancien chirurgien esthétique dont l'art capillaire n'était pas remboursé par la sécurité sociale. Je ne crois pas qu'il ait transféré tous ses dessous de table en Suisse, un si bon socialiste ne fait pas ça. Je lui accorde toute ma confiance, mais son métier est difficile, d'autant plus qu'il ne l'a pas appris. Il a prévu 0,8% de croissance en 2013, a été très arrogant avec Bruxelles qui lui enjoignait de réduire de moitié, et devra trouver de nouvelles ressources car il ne dépassera pas 0,2%.
Je vais vous laisser car je suis rentré très tard d'Alger et suis très fatigué. Je crains de ne pas être suffisamment convaincant. Par exemple, De Gaulle parlait de la France éternelle, et moi, tout à l'heure, je vous ai dit "la France, ce n'est pas fini"(Le Point). C'est vrai, c'est moins noble, mais je n'ai incarné que l'opposition toute ma vie, et sur les marchés de Tulle, il y avait moins de grandeur. Ce n'est pas facile de changer de costume. Mais votre De Gaulle, je l'ai quand même épinglé dans mon discours à Alger. Le 8 mai 1945, il était en charge de l'honneur républicain, votre De Gaulle. Comment a-t-il pu tolérer le massacre de Sétif, la répression meurtrière de l'armée française après la manifestation sanglante des autonomistes algériens?  Ah bon, l'armée combattante était en Alsace et en Allemagne avec les généraux Leclerc et de Lattre, et il y avait une majorité d'indigènes dans l'armée non combattante d'Algérie (c'est un concept que j'ai développé pour l'Afghanistan, les combattants à la maison et les non combattants sur le terrain) ? Il ne faut pas chipoter. L'armée française, c'est la république, c'est nous. Et puis, ce ne sont que des mots, des excuses, pour développer un business équitable entre les pays. On construit une usine Renault chez eux et on facilite les visas pour qu'ils viennent chez les sales colonialistes. On sera gagnant à terme, soyez confiants, la courbe du chômage s'inversera fin 2013. Pour l'instant, restez en France de gré ou de force et arrêtez de critiquer, c'est déjà assez dur comme ça!

Exiler Yann Galut

La moutarde monte au nez de votre blogueur quand il apprend qu'un pitoyable député, nommé Yann Galut, veut déchoir les exilés fiscaux de la nationalité française. Le blogueur est en effet expatrié et non exilé (qui sous-tend l'idée de contrainte), tout comme 2,2 millions de Français qui vivent hors de France. Si une infime minorité, de l'ordre de 3 à 4.000 le sont pour des raisons fiscales, soit 0,2%, toute une population est stigmatisée, ce que s'était interdit le nouveau Président. Son amour des "riches" est bien connu, et ses nervis donnent de la voix, s'étonnent que le désamour soit partagé. Toutes les adresses officielles, les conférences de presse sont filmées devant un drapeau européen et il serait interdit d'aller vivre dans un des pays de la communauté! Nous sommes en de bien tristes mains. Quelle image donnons-nous aux Européens!
Sans vouloir défendre l'inénarrable Gérard Depardieu, dont nous nous soucions de la fortune et du devenir comme d'une guigne, on peut comprendre qu'il soit tracassé non par sa situation financière mais par ses flux de trésorerie. Sachant qu'il s'était acheté il y a 20 ans un hôtel particulier à Saint-Germain-des-Près qui est estimé aujourd'hui entre 40 et 50 millions d'euros, au taux d'ISF de 1,8%, il en paye plus de 700 000€ par an. En rajoutant les différentes taxes foncières, communales, d'habitation et autres babioles, il paye au moins 1 million d'euros de charges fixes diverses. Cet homme étant généreux et bon vivant doit dépenser de l'ordre de 400 000 € par an (1000€ par jour). Au taux de 75% (temporaire) décrété par le président normal, il lui faut gagner 2 600 000 € par an pour être à zéro en fin d'année. Certes, son sort est enviable pour un quidam, mais avec un tel pactole annuel, il ne s'enrichit pas et peut considérer ce prélèvement de 85% confiscatoire. Il aurait trouvé supportable cette saignée si par ailleurs il n'était montré du doigt en tant que riche et pire, pro-sarko. S'il n'y avait cette ambiance délétère, cet esprit revanchard et envieux exacerbé par les nouveaux Robespierre qui veulent nationaliser, réquisitionner, contre toute logique et pour un nouvel ordre mondial, le leur. Tel J.F. Copé qui s'arroge tout un parti pour quelques prétendues voix d'avance, F. Hollande et ses séides s'approprient 100% d'une population, alors qu'ils ont été élus avec 51,6% des votants, soit 39,08% des inscrits ou 27% de la population recensée, sans aucun égard pour les 73% restants. A quand la nationalisation des richesses des riches?
Revenons au député socialiste du Cher, l'avocat Yann Galut qui s'engageait à 15 ans, en 1981, dans la campagne présidentielle de F. Mitterrand. Il avait une forte conscience politique, avant d'avoir une conscience d'adulte. Avocat de SOS racisme, il défendra en 1996 les étrangers en situation irrégulière de l'église Saint-Bernard, qu'il contribuera à faire libérer. C'est dire si pour lui, l'humain l'emporte sur la nationalité! On naturalise les étrangers pauvres qui arrivent clandestinement et on dénaturalise les Français riches qui s'expatrient au grand jour. Ahurissant! Certes, il regrette déjà ses propos d'hier, considérant que le retrait de la nationalité pour les expatriés/exilés étaient peu réalistes. "Ma proposition de déchéance, c'est un coup de colère. J'étais dans ma circonscription ce week-end et j'ai rencontré des gens qui n'en peuvent plus. J'ai voulu faire un choc dans l'opinion", a-t-il expliqué (Le Monde). Choc réussi, et buzz aussi! Mais peu glorieux pour un avocat. Ce qu'il y a de plus grave, c'est le support d'une partie de la gauche, et le silence de la droite devant de telles énormités, mais elle est en lambeaux.
Au XX° siècle, seuls Pétain et Hitler ont osé déchoir leur concitoyens de leur nationalité. La soviétisation est en marche, les sectateurs du président pas si normal excitent les sans-culottes tandis que l'opposition continue à se déchirer. Les députés disent n'importe quoi en toute impunité, les hommes politiques ne tiennent pas leur parole et accusent L. Mittal de ne pas en avoir. On va ainsi marcher sur la tête jusqu'à quand? Et si on exilait les fauteurs de troubles, et Yann Galut en premier?
Rappelons-nous les critiques d'André Gide à son retour d'URSS devant le manque de liberté: "Car l’embêtant pour Athalie, c’est que c’est toujours Eliacin, l’embêtant pour Hérode, c’est que c’est toujours la Sainte Famille qui s’échappe".

épique ou politique

Des élections mal organisées, pour une fraude éventuelle, nous conduisent à un vaudeville dramatique. Une majorité des Français pense que ce combat des chefs, Copé- Fillon, est indigne de futurs prétendants à la magistrature suprême et ne révèle que la primauté des ambitions personnelles de tous les personnels politiques. Une minorité plus silencieuse se satisfait de ce combat, car le parti dit gaulliste a trop souvent été l'occasion d'un hold-up et que le savoir -vivre de Fillon ne doit pas autoriser le laisser-faire de Copé. La France a besoin de leaders dont l'action doit être conduite par une "raison droite et ferme", pour reprendre les mots du philosophe J. Maritain sur De Gaulle. L'opposition a besoin d'un leader "droit et ferme", et Copé ne le sera jamais. Hollande, pas plus que Ayrault, Valls, Cahuzac et consorts ne le sont, sans parler du pitre Montebourg. L'affaire de Florange va flétrir l'image de la France dans le monde économique et industriel et divulguer urbi et orbi le manque de gouvernance de l'équipe actuelle. Un gouvernement d'apprentis empêtrés dans des idéologies surannées et une opposition qui ne joue pas son rôle d'aiguillon, toute occupée à se déchirer, c'est la France des Lumières... éteintes. Comme il est à craindre que la France entre en récession en 2013, l'augmentation des taux d'intérêt qui suivra condamnera le gouvernement à des réformes qu'il se refuse de faire, et qui n'iront pas sans révolte populaire. Mais cessons de désespérer! 
Dans ces périodes d'incertitudes, d'anxiétés, de perte de repères, ne pourrions-nous pas nous inspirer du général De Gaulle, de sa "raison droite et ferme" qui lui permit de  remettre la France dans le concert des vainqueurs, en 1945, malgré les réalités de la défaite, qui lui permit de décoloniser l'Algérie malgré ses ambitions d'une France puissante, qui lui permit de serrer des liens étroits avec l'Allemagne malgré son hostilité et sa défiance pour ce grand peuple. Ne pourrions-nous revenir à une époque où il y avait des leaders, des chefs qui dirigent et non des énarques qui administrent, et qui ne varient pas au gré des sondages ou des avis de leurs conseillers en communication?
Le monde a besoin de leaders et non pas d'idéologies, des leaders dans les quartiers, dans les villes, dans les associations, dans les régions, qui s'appuient sur les réalités du terrain et des hommes. La première leçon de De Gaulle est celle du réalisme: "il n'y a pas de politique qui vaille en dehors des réalités", disait-il en conférence de presse, puis, plus tard "la politique n'est rien d'autre que l'art des réalités". A son époque troublée, en 1940 ou en 1958, comme à la notre actuellement, il fallait créer et expliquer un avenir à partir de l’incertitude. Et il le fit par une approche de l'action publique, par une méthode plus qu'une idéologie, par une forme de discours plus qu'un discours. Il le fit sans tergiversations, avec une volonté d'agir qui obéissait à des valeurs, à une ligne directrice d'une politique répondant à l'idéal de vie pour le citoyen et l'intérêt général pour son pays. Mais comme le disait André Malraux, son ministre de la culture, "le problème principal, c'est d'abord de pouvoir agir. On peut toujours dire qu'il existe une terre de la félicité. Cela n'a d'intérêt que si l'on peut prendre un bateau pour y aller". Arnaud Montebourg devrait méditer cette phrase, François Hollande s'inspirer de sa volonté d'agir et l'UMP cesser d'assimiler De Gaulle et le gaullisme qu'ils ont adapté.
Les changements, chez De Gaulle, n'étaient possibles que dans la stabilité des institutions. Il fallait réformer la gouvernance avant le contingent, et en période de crise économique, les réformes avant le mariage pour tous. Enfin, fallait-il des talents oratoires pour communiquer le changement, expliquer aux peuples qu'il ne faut pas avoir peur de l'avenir, et surtout pas des  autres. Pour cela, les orateurs De Gaulle et Malraux se sont situés de façon récurrente dans une perspective épique, pour mieux convaincre les auditeurs de la légitimité de l'action menée, au service de l'homme. L'usage fréquent d'énumérations pour le développement épique qui conduit le spectateur à participer, puis l'hypotypose pour amplifier les faits et enfin l'anaphore saisit l'auditeur. L'épopée apporte aux discours cette part chimérique qui offre une légitimité morale à l'action, et s'écarte un instant de la réalpolitik. L'éloquence n'a pas perdu de vue le but politique. André Malraux disait que la politique est "l'art de mettre les chimères à leur place. On ne fait rien de sérieux si on se soumet aux chimères, mais que faire de grand sans elles?" 
Une telle éloquence est-elle encore possible à l'heure d'internet et de l'immédiateté, du cynisme et de l'individualisme? Il n'est pourtant pas d'autres discours qui rassurent, qui rassemblent, qui confortent dans ce monde incertain, dans cette mondialisation inévitable et menaçante. De Gaulle préférait toujours les mensonges qui élèvent les esprits que les vérités qui les abaissent.

Propos sur la neige

"Qu'il est doux, qu'il est doux d'écouter des histoires,
Des histoires du temps passé,
Quand les branches d'arbres sont noires,
Quand la neige est épaisse et charge un sol glacé !"
Alfred de Vigny poursuit par le classique "Quand sous le manteau blanc..." Il vient de neiger toute la nuit sur le nord de la France et la Belgique. Tout est blanc ce matin! La radio a confirmé que le cliché n'est pas mort: les villes sont recouvertes d'un blanc manteau, ou la neige étend son blanc manteau. Est-il doux d'écouter ces histoires du temps passé et ces poncifs? Dans ces temps-là, excités par la neige et les batailles de boules, nous manifestions quelques réticences, ne serait-ce que quelques secondes, à maculer ce "blanc manteau", à le souiller de nos chaussures crottées. Comme si les traces d'enfants sur une neige fraiche étaient une salissure! Nourris de catholicisme et d'images, dans ces temps-là, nous savions que le noir était signe de deuil et le blanc de pureté, de virginité. Un homme épousait une femme en robe blanche, car elle était immaculée. C'était la commune conception. Personne n'y avait laissé sa trace, ne l'avait salie. Comme si la trace d'un amour, charnel ou spirituel, était une salissure! Comme si un acte d'amour librement consenti était sale. Et tout cela nous vient du Moyen-Orient qui a engendré trois religions, les religions du Livre. Tu aimeras ton prochain comme toi même, surtout si c'est un homme, parce que les femmes! Tu les couvriras de perruques, ou d'un tchador, tu les cacheras dans ta cuisine, et les prêtres jureront abstinence car les femmes les détourneraient de Jésus. Comment des hommes qui prêchaient la parole de Dieu ont-ils pu propager une telle défiance à l'égard des femmes? Comment ont-ils pu répandre la phobie du sexe-plaisir, alors qu'il est écrit que d'Abraham à Mahomet, ils étaient plutôt portés sur la bagatelle, et jusqu'à un âge avancé. On aurait pu penser qu'après plusieurs millénaires, après Galilée, le darwinisme, le "premier homme est une foule" de Theillard de Chardin (qui infirmait ainsi la création d'Ève), la conquête de l'espace, et la libération sexuelle des années 70, il nous paraissait évident que le regard de l'homme sur la femme, sur sa sexualité avait évolué, que le plaisir pouvait être partagé et que ce qui était naturel pour l'un pouvait l'être pour l'autre. 
Et pourtant! Souvenons-nous de la cérémonie au collège-lycée Ozar Hatorah de Toulouse le premier novembre 2012 en présence du Président François Hollande et de Benjamin Netanyahu, en hommage aux victimes du terroriste français Mohammed Merah. Madame Eva Sandler, qui avait perdu son mari Jonathan et ses 2 enfants Aryeh et Gabriel dans cette tuerie prononça un pathétique discours qui émut l'assemblée. Madame Netanyahu vint l'embrasser au pied de l'estrade, tandis que son mari et François Hollande la saluèrent à trois mètres. Elle devait être impure. Et le même Bibi, qui ne rêve que plaies et bosses, en Palestine, en Iran et dans tout le monde arabe, le même qui détient la bombe atomique continue de croire et laisser croire que des femmes sont impures quelques jours par mois. Un peuple d'élites, disait De Gaulle, dont l'ancien président Moshé Katsav a été condamné à sept ans de prison pour viols en 2011, qui connait la sexualité débridée chez l'homme et continue d'étouffer la femme sous des traditions barbares et des concepts discriminants d'impureté. Il serait injuste de ne pas mentionner ici la grande culture ottomane et ses harems qui ont fait tant rêver les petits garçons, dont les descendants perpétuent le crime d'honneur. Les petites filles n'ont pas le droit de rêver. Leur sexe appartient à l'homme. Leur besoin est sale, tandis que celui de l'homme est naturel. Les religions du Livre ont exporté du Moyen-Orient le tabou du sexe et la condamnation du désir vers l'Occident. Si le tabou du sexe est totalement étranger au continent asiatique, le désir y est très combattu par les bouddhistes. L'activité sexuelle ne pourra jamais satisfaire le désir sexuel, disent-ils.
Mais revenons à la chute de neige nocturne, qui inspira ces propos. Sous le blanc manteau se cachent trop d'interdits, de frustrations. La terre est aussi belle immaculée que ravinée. Il n'y a pas d'impuretés, que des yeux impurs.

Monte bourde

Horrifiée de le voir poser en marinière, sa médiatique compagne Audrey Pulvar aurait annoncé la rupture. Plus sérieusement, la croisade antimondialiste de notre apprenti ministre Arnaud Montebourg décrédibilise chaque jour davantage la France. Il n'est qu'à lire les moqueries de Boris Johnson, maire de Londres en voyage en Inde, à l'encontre de François Hollande et de son ministre, suite aux propos excessifs: "Nous ne voulons plus de Mittal en France parce qu'ils n'ont pas respecté la France". Par de tels propos de "fou du roi", il rappelle la France révolutionnaire dans ses archaïsmes. Et surtout, il n'a ni le costume ni les compétences pour incarner la France. Il a commencé par le patriotisme économique, lui dont le service militaire a consisté à rédiger les discours de ministre pour les remises de décorations. Puis, en tant qu'avocat, son heure de gloire fut la défense de Christine Villemin, mère du petit Gregory assassiné. Son bagout, sa fougue, son ambition, son charme aussi l'ont propulsé tôt au poste de député, à une époque où l'expertise n'est rien sans la faconde, d'où le succès des avocats en politique. Le voici aujourd'hui ministre du redressement productif, sans aucune idée de l'industrie autre que la défense des ouvriers face aux méchants patrons et la conservation de l'emploi et des sites industriels contre vents et marées. Il n'a rien retenu de ses déconvenues qui ont suivi ses saillies contre la famille Peugeot. L'usine d'Aulnay fermera, et le climat économique est devenu délétère en France. S'agissant de la raffinerie de pétrole Petroplus de Petit-Couronne, qui est en liquidation depuis la faillite de la maison mère suisse, les Lybiens sont invités par notre ministre à la racheter. Il s'agit de sauver 470 emplois, dans un métier sans avenir puisqu'il y a une sur-production manifeste. Décidément, notre ministre est plus intéressé par les secteurs en détresse que par les secteurs d'avenir, et le contribuable pourrait craindre des accords occultes avec la Lybie, ne serait-ce que pour sauver la face de nos politiciens. A cet éventuel futur revers vient s'ajouter celui de la Commission de Bruxelles. Malgré les demandes du groupe Bic, très appuyées par notre ministre, la Commission a décidé, lundi 26 novembre, de ne pas renouveler les mesures antidumping sur les briquets fabriqués en Chine, bien qu'ils soient non conformes aux normes de sécurité. Aussi, le ministre va jouer son va-tout dans l'affaire Mittal, soutenu par le Président François Hollande. Le gouvernement doit à tout prix montrer sa capacité d'action et effacer la fameuse phrase de Lionel Jospin: "l’État ne peut pas tout".  Phrase qui deviendra "l’État ne peut rien du tout", si le bras de fer contre Mittal est perdu. D'où le soutien de certains ténors de droite et de la presse, car le dossier est devenu purement politique. Seule la presse étrangère traite le dossier industriel.

Arnaud Montebourg menace d'une nationalisation temporaire le site de Florange pour contraindre son propriétaire à vendre l'ensemble du site et non seulement la filière liquide non rentable. M. Mittal le refuse catégoriquement, arguant que le reste du site est stratégique pour ses activités européennes.
Le CCE extraordinaire d'ArcelorMittal convoqué à Paris lundi 19 novembre a porté sur la situation économique et industrielle de la zone "Atlantique et Lorraine", comprenant 11 hauts fourneaux, dont cinq actuellement à l'arrêt (2 à Florange, 2 à Liège, 1 à Dunkerque). L'année 2013 sera encore plus morose que l'année 2012 (-5%) et le haut fourneau n°2 de Dunkerque (à l'arrêt depuis août) ne redémarrera pas en janvier (Trends). Dunkerque, approvisionné par bateau, peut produire 7 millions de tonnes d'acier par an tandis que Florange moins compétitif produit 2,5 millions de tonnes. La messe est dite: Liège et Florange seront fermés. S'acharner à sauver Florange et 629 emplois dans un secteur industriel en décroissance compromettra le gouvernement français. Ce sera une victoire à la Pyrrhus avec un retentissement international déplorable. On nous avait promis un quinquenat serein, pacifié...
Arnaud Montebourg a l'air très jeune, avec sa marinière, très jeune, dix-sept ans peut-être. "On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans" disait Rimbaud.

Thérèse Desqueyroux

François Mauriac revient sur les écrans avec un de ses plus beaux romans écrit en 1927: Thérèse Desqueyroux. L'histoire d'une femme qui étouffe en province dans une société fermée, sacrifiée sur l'autel des conventions, de la  famille, des traditions sylvicoles. Après Flaubert qui s'était exclamé: "Madame Bovary, c'est moi", voilà Mauriac qui écrit: "Thérèse, beaucoup diront que tu n'existes pas. Mais je sais que tu existes, moi qui depuis des années t'épie, te démasque." Il saura décrire le lent étouffement de Thérèse, prisonnière de la propriété terrienne à laquelle elle est sacrifiée. Son livre est un appel à la libération de la femme et un rappel de la sexualité féminine bafouée. Ce grand écrivain aura apporté sa pierre à notre civilisation égalitaire, gloire lui soit rendue! Aujourd'hui, nous sommes tous convaincus que notre société a bien progressé, et que la femme est libérée. Et pourtant, ce dimanche:
- François Hollande a promis un "plan global" aux femmes victimes de violences à l'occasion de la 14e journée internationale contre les violences faites aux femmes. Ces victimes ont besoin d'un toit pour parler, se reconstruire et se sentir à nouveau en sécurité. Il existe 1800 places de ce type en France, alors que selon les normes européennes, il en faudrait 4 500. D'où le plan en préparation.
- A l'occasion de cette journée internationale, il a été rappelé qu'une femme décède tous les trois jours sous les coups de son conjoint ou ex-conjoint. En 2011, 146 personnes dont 122 femmes sont mortes, victimes de violences au sein du couple (Le Point). 
- En France, pays des Droits de l'Homme, une femme est violée toutes les 8 minutes. 75000 femmes sont violées chaque année. Clémentine Autain vient de lancer le "manifeste des 313" contre le tabou du viol, car seulement une victime sur dix porte plainte. 80% des viols sont commis par un proche de la victime. Un reportage saisissant était diffusé sur France 2 ce même jour. Les confessions sont terrifiantes.
Les violences à l'égard des femmes sont multiples, qui s'exercent au sein de la famille: violence physique, sexuelle, psychologique, économique et administrative. Qui n'en n'a pas connu, dans nos familles ou chez nos proches? La domination de l'homme sur la femme perdure, malgré internet, l'éducation et la mixité à l'école, l'évolution des mœurs, les journées internationales. Comment progresser plus vite, humaniser les relations sachant que de toujours, celui ou celle qui est maltraité se sent coupable. Comment se plaindrait-il alors qu'il, ou elle, espère seulement que la prochaine fois, le bourreau sera plus gentil.
- Et que dire des pays archaïques où l'homme est roi et la femme le péché, où elle se cache, se couvre, n'est pas instruite. Où les mariages sont forcés, les crimes d'honneur légitimés...

Pendant ce temps, la ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, se bat pour abolir la prostitution, contre l'avis des péripatéticiennes. Le gouvernement veillera aussi sur la féminisation des instances dirigeantes des grandes entreprises (CA supérieur à 50 M€ et plus de 250 personnes). La loi promulguée le 27 janvier 2011 exige dans les trois ans 20% de femmes dans les conseils d'administration, et 40% dans les six ans. Une fois de plus, les priorités de nos gouvernants sont médiatiques et peu pertinentes, mais elles font le bonheur de quelques Anne Lauvergeon ou Christine Lagarde. Pendant ce temps, dans l'ombre, l'asservissement au sexe et au muscle se maintient. Les futurs François Mauriac ne sont pas près d'être privés de matière.
la lettre du 30 mars 1927 des Nouvelles lettres d’une vie où Mauriac affirme que Thérèse est le modèle de toutes les victimes de la "solitude sexuelle"

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Thérèse est le modèle de toutes les victimes de la "solitude sexuelle"

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Thérèse est le modèle de toutes les victimes de la "solitude sexuelle"

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Thérèse est le modèle de toutes les victimes de la "solitude sexuelle"

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Thérèse est le modèle de toutes les victimes de la "solitude sexuelle".

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Thérèse est le modèle de toutes les victimes de la "solitude sexuelle".

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Sex and fun, or CIA

Ils sont souriants, beaux, respirent la joie et la santé. La jeune et belle Paula Broadwell écrivait une biographie sur David Petraeus, 60 ans, "guerrier intellectuel" théoricien de la contre-insurrection en Irak. Pour l'approcher, ils courraient ensemble à Kaboul, alors qu'il commandait les forces alliées en 2010-2011. D'ailleurs, il court tous les jours depuis le début de sa carrière, il court, il brûle même les étapes et surtout la dernière, patron de la CIA. 18 mois plus tard, des e-mails injurieux de sa maîtresse à une potentielle rivale alertent le FBI. Le directeur de la CIA est contraint de remettre sa démission dès que le scandale éclate. "J’ai fait preuve d’un manque de jugement […], semblable comportement est inacceptable à la fois comme époux et comme patron d’une organisation telle que la nôtre." Est-ce une façon d'effacer l’attaque contre le consulat américain le 11 septembre à Benghazi (Libye) et la mort de l'ambassadeur?
Quelques jours plus tard, le FBI découvre une correspondance prolixe entre la belle Jill Kelley (37 ans, la rivale sus-nommée) et le commandant des forces de l’Otan en Afghanistan, John Allen. Ces courriels inappropriés valent à ce dernier une enquête. Sa nomination au poste de commandant suprême des forces de l'Otan est suspendue par le Président Obama.
La même semaine, Christopher Kubasik, 51 ans, directeur d'exploitation, qui devait devenir directeur général du groupe de défense Lockheed Martin, (CA 50 milliards de dollars) "a démissionné après qu'une enquête d'éthique a confirmé qu'il avait eu une relation personnelle avec une subordonnée" (communiqué du groupe). Pour un comportement identique au FMI, DSK n'a eu qu'à fournir des excuses. Dès lors, il savait qu'il avait grillé son joker, l'histoire le lui rappellera. 
Trois affaires en quelques jours nous rappellent que les États-Unis sont un pays puritain où on ne badine pas avec la sécurité et le mensonge. On y amalgame mensonge et tromperie, sécurité d'une société et sécurité du pays. Ces vaudevilles font sourire les Latins, qui n'y voient que tartufferie alors que les Américains considèrent ces faux pas comme une faute lourde, un manque d'engagement, de discernement, de discipline qui rendent vulnérables la CIA, l'armée, les sociétés industrielles.
Par chance, notre locataire de l’Élysée (qui possède les codes de l'arme atomique) a une compagne, et non une maîtresse. La sécurité du pays est donc garantie, tout comme elle le fut sous les autres présidences alors qu'il se dit que leur libido sentiendi était dominante (hormis De Gaulle). Rappelons qu'outre-atlantique il en a été de même. Le Président Kennedy dont l'addiction sexuelle était notoire, a pourtant défendu courageusement la sécurité de son pays lors de l'affaire des missiles de Cuba. Sans oublier l'affaire Lewinsky du Président Clinton, à qui il a surtout était reproché le mensonge.
Le journal Libération rappelle que si le général Petraeus a pris quelques libertés avec l'ordre moral, son plus illustre prédécesseur, Allen Dulles, directeur de la CIA de 1953 à 1961, était connu pour avoir non pas une, mais «au moins une centaine» de maîtresses, selon l’aveu de sa propre sœur. Allen Dulles avait même séduit la reine grecque Frederika qui, en visite en 1958 au siège de la CIA, aurait eu droit à un aparté dans le cabinet de toilette du directeur, rapporte Stephen Kinzer, auteur d’un livre à paraître sur les frères Dulles. Certes, il n'y a plus de secrets avec internet, alors qu'à l'époque, l'entourage chuchotait...
Spinoza et Nietzsche détestaient le système du jugement, qu'expose aujourd'hui un responsable américain: "L’Amérique se veut aujourd’hui un pays moral dont tous nos dirigeants sont censés respecter l’idéal" (Libération). Et pourtant, Bush et Blair ont envahi l'Irak sur un mensonge... 
Laissons la conclusion à notre célèbre Balzac: "l'hypocrisie est, chez une nation, le dernier degré du vice. C'est donc faire acte de citoyen que de s'opposer à cette tartuferie sous laquelle on couvre ses débordements". 

Déceptions

Il devient de plus en plus difficile de se sentir en harmonie avec le monde actuel à l'écoute des informations quotidiennes. De jour en jour, les déceptions se succèdent à un rythme tel que l’atmosphère devient irrespirable. Nos élus politiques nous désolent chaque jour davantage. Aujourd'hui, l'équipe dirigeante de l'UMP est sur le podium de la médiocrité. L'arriviste Jean-François Copé qui s'était autoproclamé vainqueur des élections avant la fin du dépouillement, vient d'être officiellement adoubé chef de l'opposition, dans une ambiance de tripatouillages indigne d'un grand parti qui aspire à l'alternance. Nos deux plus grands partis "républicains" nous détournent de la démocratie, si l'on se souvient de l'élection de Martine Aubry élue à la tête du PS dans les mêmes conditions en 2008, puis de la récente désignation injonctive de Harlem Désir à la tête du PS. Mais alors, vers qui vont se tourner les électeurs français? L'affaire est grave. Un boulevard s'ouvre pour l'extrême droite, et pour lui barrer la route, notre Président par défaut cherchera une réélection pour achever le naufrage du bateau France. Il en va ainsi de la démocratie moderne. Vous votez François Hollande et vous devez avaler 60 propositions dont le mariage gay. Si vous votez Jean-François Copé, vous souffrirez Nadine Morano car elle est dans le package. La démocratie moderne est le non choix: une classe de fonctionnaires qui s'auto-jugent intelligents car issus des mêmes écoles, se partage le pouvoir, les ministères, les comités Théodule. Ils imposent au peuple des évolutions de société au nom d'une modernité qui assure leur réélection. Imaginez-vous rentrer dans un restaurant choisi librement, puis être contraint de manger tous les plats de la carte, sous prétexte de ce libre choix initial?
La note AAA de la France vient d'être dégradée par l'agence Moody's qui estime les perspectives budgétaires de la France "très incertaines à cause de la détérioration des perspectives économiques". C'est un désaveu de la politique de Jean-Marc Ayrault qui venait d'annoncer, malgré ses alliés de gauche, un pacte de compétitivité pour les entreprises françaises. Cet ensemble de mesures timides  censées redonner à la France des armes pour regagner du terrain dans la compétition mondiale ne convainc pas les financiers internationaux. Que notre Président indécis ne perde pas son optimisme béat. Son ministre des finances, Pierre Moscovici, a rejeté la responsabilité de cette décision sur la droite. C'est l'héritage, tout s'arrangera avec le temps et l'inaction. Moscovici devait lui aussi être dans le package.
La jeune adolescente Chloé a été enlevée par un délinquant récidiviste, qui aurait dû être suivi à sa sortie de prison. Mais le juge d'applications des peines d'Avignon ne se croyait pas responsable du suivi de Kamel Bousselat. Il a pu récidiver. La ministre Taubira enquête. On est rassuré.  
Andy, un jeune corse de 16 ans, a tué nuitamment ses parents et ses frères jumeaux de dix ans avec un fusil à pompe. Incapable d'expliquer son geste, il a été déclaré ce week-end "irresponsable" de ses actes par les assises des mineurs de Corse-du-Sud. Il est interdit de porter un jugement sur ce jugement sinon les magistrats s'insurgeront, ni sur la pertinence d'une assise de mineurs. Le pouvoir judiciaire est indépendant du pouvoir exécutif, mais il ne vaut pas mieux.
Il suffit d'assister à une séance de l'Assemblée Nationale pour se faire une idée du pouvoir législatif. C'est là que s'organisent les packages. Les trois pouvoirs de Montesquieu sont chancelants. De déception en déception, finira-ton en colère?

Journée des morts

Le 1° novembre fête tous les Saints, cette cohorte de personnages exceptionnels, reconnus ou inconnus, qui ont fait don de leur vie par amour, pour une cause plus grande qu'eux, pour leur Dieu qui embrassait l'humanité. Aimer l'humanité, la branche horizontale de la croix. Pour une cause qui vous dépasse, qui vous transcende, la grande branche verticale de la croix. Ces Saints ont rejoint le royaume du Christ, comme le montre la peinture de Fra Angelico. Les autres seront libérés de la mort au Dernier jour et ne sont fêtés que le lendemain, le 2 novembre, jour de la fête des morts. Ces deux fêtes sont confondus, de nos jours, car seul le 1° novembre est férié, qui nous permet alors de nous recueillir sur la tombe de nos chers disparus. Pourquoi fêter les Saints, ces passeurs d’Évangile, et nous inviter à honorer ces héros religieux qui ont abandonné leur confort matériel et spirituel pour venir en aide aux plus démunis? Chales Péguy l'avait compris lorsqu'il s'exclamait: "les saints rejaillissent toujours". Ces deux jours sont donc consacrés aux morts et à la mort. Un vent venu de l'ouest nous apporte gaieté et jeunesse avec Halloween, contraction de All Hallows Eve, autrement dit "veillée de tous les saints". Chaque culture apporte son originalité et son folklore, mais le fondement reste le même. 
De tout temps, l'homme a voulu célébrer la transition de la saison claire à la saison sombre, l'année se finissant avec la fin des récoltes. Les Gaulois ont hérité des Celtes cette tradition sous la mention Tri nox Samoni (les trois nuits de Samain), trois jours pour se réjouir des récoltes, de l'année écoulée. Faire ripaille, souder la communauté vivante mais aussi s'ouvrir vers l'autre monde, celui des dieux. Il n'y a pas de communauté sans communion, de communion sans fidélité ni sacré, de société sans transmission. A cette occasion, l'homme s'est toujours recueilli sur les sépultures, a médité sur sa finitude devant l'immensité du cosmos, du divin cosmos où baignent les âmes des vaillants ancêtres, et bientôt la sienne. Ce culte hérité des anciens n'est peut-être qu'une façon de penser sa propre mort et de libérer ses peurs. Car il faut penser sa mort, accepter qu'elle vienne nous surprendre. Blaise Pascal ironisait: "n’ayant pu guérir la mort, les êtres humains se sont avisés, pour se rendre heureux, de n’y point penser". Que dirait-il de notre siècle qui refuse la vieillesse et la mort?
Malgré le tapage médiatique, les réjouissances des enfants et leurs "Trick or treat!", il manque aux fêtes d'Halloween modernisées la dimension de l'au-delà pour se pérenniser. Halloween ne pourra remplacer la Toussaint et la journée des morts, si mal médiatisées. Comme l'écrivait Comte-Sponville: "c'est en étant culturellement conservateur que l'on peut être politiquement progressiste".

35 heures encore

Les 35 heures ne sont pas un "sujet tabou", nous a confié le premier ministre, contredit immédiatement par son ministre du Travail, Michel Sapin. Il faut dire que ce dernier était le copain de régiment de François Hollande, et qu'il peut ainsi se permettre de recadrer son chef. Donc le matin, le débat est ouvert, et l'après-midi, il est refermé. Pourtant, il faudra bien un jour reparler de ces 35 heures, ce dogme intouchable, ce marqueur de gauche qui n'a qu'une valeur symbolique, caractéristique du jacobinisme français: l'uniformité pour tous décidée par Paris. La réduction du temps de travail a été imaginée dans les années 70, à une époque faste où les politiciens pensaient que le travail se partageait. Les pays nordiques l'ont expérimenté et en sont revenus au moment où... nous le mettions en œuvre. Les stratèges de gauche imaginaient l'avenir de la société française avec moins de travail et beaucoup de temps libre pour un meilleur bien-être. L’ilot France isolé du monde. Donner tort à Hannah Arendt qui avait analysé la condition de l'homme moderne et constaté la victoire de la société du travail et de la production.
A terme, le contraste entre les espérances et la réalité de cette loi régalienne est saisissant: le chômage n'a pas baissé et loin de là, le coût du travail a beaucoup enchéri, la modération salariale n'a pas été respectée (augmentation du smic horaire de 31 % entre 1998 et 2005) et l'impact sur les finances publics est désastreux: 15 milliards par an d'allégement de la charge des 35 heures sur les bas salaires payés par l’État. Nicolas Sarkozy défiscalisa les heures supplémentaires pour augmenter le temps de travail, coût 5 milliards. Soit un coût de 20 milliards pour l’État pour revenir à l'état initial. Cette loi qui a plus profité aux cadres qu'aux ouvriers doit être abrogée, mais dans un esprit 21° siècle. La pénibilité du travail n'est pas telle qu'elle nécessite un plafonnement par semaine. Dans notre époque de compétition mondiale, le cycle industriel est l'an. 
Les  lois Aubry qui instituaient la durée légale du travail stipulaient 35 heures par semaine, ou 1.607 heures par an. Pour redevenir compétitif, il conviendrait de fixer 1600 heures par an et de supprimer la durée légale hebdomadaire en France, qui est déjà encadrée par l'Europe.
Pour beaucoup d’industries, la compétitivité impose 1600 heures productives par an alors que les 35 heures conduisent à 1500 heures, en tenant compte des temps d'absentéisme et de formation. Le retour à 1600 heures par an est impératif si la France veut se réindustrialiser. Pour faire face à l'urgence économique, il faudra que la gauche apprenne le pragmatisme et renonce à l'idéologie du siècle dernier, même si cette dernière a pu être bénéfique à la condition humaine. Ce qui était vrai hier peut être faux aujourd'hui.

Jimmy Savile le prédateur

Il s'appelait Jimmy Savile, était une vedette de la BBC, à la tête de l'émission culte "Top of the Pops", adulé des enfants et adolescents des années 1960 aux années 1990. 50 ans d'un succès populaire tel qu'il fut anobli par la reine. Une sorte de Michel Drucker en plus loufoque, excentrique. Il est resté une icône de la BBC jusqu'à sa mort l'an dernier à 84 ans. Sir Jimmy avait crée sa propre fondation, la "Jimmy Savile Charitable Trust". Il avait beaucoup reçu de la vie, et s'employait à rendre: un humaniste à donner en exemple. Certes, en 2007, une enquête sur des agressions sexuelles avait été ouverte mais vite abandonnée par manque de preuves. L’ancienne directrice de la BBC, Janet Street-Porter, a avoué avoir entendu parler de ce type de rumeurs concernant l’animateur, mais n’avoir rien fait pour en apprendre plus (Paris Match). Un documentaire récent diffusé sur ITV a mis le feu aux poudres. Cinq femmes y racontaient avoir été abusées par le disk jockey et animateur phare de la BBC alors qu’elles n’avaient pas 16 ans. Depuis, la parole a été libérée, et 300 plaintes de victimes supposées de Jimmy et de ses proches sont déposées. Le scandale est tel que le Premier ministre David Cameron a demandé une enquête policière: 30 inspecteurs de la Metropolitan Police travaille à temps plein à cette "opération Yewtree" (Le Figaro). La BBC est en première ligne car elle aurait déprogrammé une émission sur Jimmy en 2011 évoquant des révélations "choquantes", dont certaines se seraient déroulées dans ses propres locaux. Plus grave, dans le cadre de ses activités caritatives, Sir Jimmy Savile disposait d'une chambre dans deux hôpitaux du pays et d'un logement dans l'hôpital psychiatrique de Broadmoor (Le Monde). Le réseau pédophile est évoqué,  d'autant plus qu'avec la complicité du directeur d’une école de Duncroft, dans le Surrey, Jimmy faisait faire des tours de Rolls-Royce aux jeunes élèves punies le dimanche, en échange de... L'abus de position dominante dans les écoles, dans les hôpitaux, dans les studios de la BBC est confirmé par de trop nombreux témoignages: Sir Jimmy a été un redoutable prédateur sexuel pendant 50 ans en toute impunité, grâce à de nombreuses complicités qui en ont profité aussi. Les plaintes ont été étouffées, ou découragées par l'usuelle réponse de l'adulte naïf, ou pervers, à l'enfant: "Ne sois pas stupide. Ne dis pas des choses comme ça" (Paris Match).
Hier se jouait au théâtre de la Monnaie à Bruxelles l'opéra d'Alban Berg, Lulu. C'est l'histoire de l’ascension d'une femme puis sa déchéance. L'ascension est due à sa beauté ravageuse, les hommes se tuent pour elle. Sa déchéance est due à la chute d'une action en bourse qui la pousse à la prostitution avant qu'elle ne finisse sous les coups de Jack l'éventreur. Certains y voient la description d'une société malade de sa modernité, d'autres y lisent le texte imbécile d'un écrivain malade, qui n'a pas grande considération pour les femmes. Les chanteurs étaient remarquables pour nous faire supporter quatre heures de musique dodécaphonique. Mais la mise en scène de Krzysztof Warlikowski mérite d'être dénoncée. Il fallait s'attendre à une débauche de gestes obscènes, mains ou bouches sur les sexes, très appuyés, jambes écartées continûment pour que le public bourgeois comprenne bien qu'on est dans le hard, pas dans la suggestion ni l'érotisme. Bref, le sexe vu par d'incultes barbares. Ce ne serait rien si ces défoulements restaient entre adultes. Car pour agrémenter le spectacle, une troupe de jeunes enfants et adolescentes font des pas de danse et se meuvent dans l'obscénité régnante. Puis au troisième acte, en fond d'écran, un figurant déguisé en drag queen déshabille, puis rhabille avec lenteur une à une ces jeunes adolescentes contraintes à se coiffer en permanence et jouer les Lolita. On ne peut éviter de penser à Sir Jimmy, et aux dérives où l'abus de position dominante peut conduire lors des nombreuses répétitions. "Allez, Ne sois pas stupide. Tu veux jouer au grand théâtre de la Monnaie. Tu veux être célèbre?" Tout ça pour satisfaire un metteur en scène malsain et ses amis, ou être résolument moderne, comme le disait Rimbaud, dans le pays de Marc Dutroux. Allez messieurs les pédophiles, sous couvert de l'art, vous avez encore de beaux jours devant vous. Le pédophile notoire, Sir Jimmy, peut dormir tranquille.

Lance Armstrong

Vae victis, avait dit le Gaulois Brennos aux Romains défaits, alors qu'il trichait pour augmenter la taille de la rançon. Le droit du plus fort, comme toujours, et malheur aux vaincus. Dans notre pays socialiste depuis le 6 mai où la présomption d'innocence est sacrée,  il siérait de ne point accabler notre ancien champion et d'éviter les préventions. Lance Armstrong n'a jamais été testé positif au cours des 200 contrôles et dément encore s'être dopé malgré les accusations de coéquipiers ou collègues. Alors, dopage indétectable, rivalités personnelles, vieilles rancœurs, qu'importe! Il faut tourner une page et faire la grande lessive de ce sport si populaire, pour qu'il le reste. L'UCI, l'Union Cycliste Internationale, craignant pour sa réputation vient donc de le déchoir de ses sept victoires dans le Tour de France. Cette décision a sonné la curée. Depuis, les sponsors se retirent en masse, les directeurs du Tour de France jouent les pucelles effarouchées. Les grandes "sociétés anonymes" ont des valeurs, refusent la tricherie, respectent l'écosystème, favorisent le développement durable et le commerce équitable, c'est bien connu. Tout de même, dans ce lynchage médiatique, et sans s'engager dans le procès en dopage, ne pourrait-on rappeler:
- Les joueurs de football ne font l’objet que de contrôles urinaires. Amphétamines, auto transfusion, EPO, stéroïdes anabolisants, stimulant cardiaque circulent depuis toujours (Rue 89). Les joueurs de tennis sont contrôlés 26 fois moins que les cyclistes: 216 contrôles hors compétition en 2011, dont 21 sanguins comparés aux 5650 contrôles hors compétition pour les cyclistes dont plus de la moitié étaient des contrôles sanguins (Rue 89). Et pourtant, depuis longtemps, Agassi, Noah, McEnroe ont reconnu que les joueurs consommaient de plus en plus de drogues et de dopants. La fédération internationale de tennis fait silence.
- Les cris d'orfraie des sponsors, de l'UCI ("Armstrong n'a aucune place dans le cyclisme"), des dirigeants de la Grande boucle sont pitoyables. Mais on touche le fond quand il est demandé le remboursement des gains et des primes, sept ans après. Car le champion a fait le spectacle, du grand spectacle quand on lui imposait quatre cols hors-catégorie dans la même étape. Ses performances extraordinaires ont attiré toutes les télévisions. Le Tour est devenu un évènement mondial, une des plus grandes épreuves sportives avec toutes les retombées commerciales sur le pays, les sponsors et les organisateurs. Maintenant que tout a été perçu, encaissé, amassé par tous, ce serait au seul Lance Armstrong de rendre? Quelle indécence! N'ont-ils pas honte?
Avec ou sans dopage, il aura franchi en jaune le Mont Ventoux, le Grand Saint-Bernard, l'Aubisque, l'Alpe d'Huez, et tant d'autres cols hors-catégorie. Sept fois, il aura risqué les accidents pendant vingt jours, pédalé près de 4000 kilomètres quel que soit le temps, les indispositions passagères, maux de ventre, douleurs musculaires. Avec ou sans tricherie, ne peut-on respecter les souffrances vécues?

Heureusement qu'il y a Laurent Jalabert pour rendre hommage à "l'immense champion", Miguel Indurain qui "croit toujours en son innocence. Il a toujours respecté les règles", et qui s'indigne que l'UCI ait retiré tous les titres du Texan: "il y a un règlement qui dit qu’il y a prescription au bout de huit ans et là on lui enlève quasiment tous ses titres depuis les juniors". Et tous les spectateurs qui se souviennent des victoires d'Armstrong, son courage extraordinaire, son intelligence de la course, sa volonté d'acier pour consacrer plus de dix années de sa vie à s'entrainer, pour gagner. Personne ne pourra lui enlever sa première victoire contre son cancer. Il était exceptionnel, hors du commun, il était devenue une icône, celle du dépassement de soi, de la condition humaine. La chute n'en est que plus pathétique:
O quel farouche bruit font dans le crépuscule 
Les chênes qu’on abat pour le bûcher d’Hercule !

MST

MST, ce n'est pas une maladie sexuellement transmissible, mais le surnom que les médecins viennent de donner à Marisol Touraine, la nouvelle ministre des affaires sociales et de la santé. Fille d'une illustre famille d'intellectuels, ayant suivi un parcours universitaire remarquable, elle a décidé de mettre toute son intelligence au service d'une idéologie, et elle le démontre continûment depuis sa nomination au poste de ministre. En charge du redressement des comptes de la sécurité sociale, sa première mesure a été de réformer l'aide médicale d’État. C'est une prestation sociale principalement destinée à prendre en charge les dépenses médicales des étrangers en situation irrégulière et sans ressources résidant en France. Le droit de timbre, 30 € par an par bénéficiaire majeur, institué par le gouvernement précédent a été supprimé. 30 € par famille par an pour être soigné gratuitement, c'était inacceptable pour des pauvres illégaux. La sécurité sociale payera, et aussi pour l'expérimentation des salles de consommation de drogues que MST lancera dans les prochaines semaines. N'oublions pas qu'elle est aussi favorable à la procréation médicale assistée. Une vraie progressiste, pour sa carrière ou pour la France?
Aujourd'hui, pour montrer sa combativité (et son aptitude au poste de Premier ministre), elle s'attaque aux dépassements d'honoraires des médecins libéraux. Ce sujet avait été traité par l'ancien ministre de Sarkozy qui voulait faire payer les mutuelles, les menaçant de les priver de leurs avantages fiscaux. MST a donc pris le contrepied samedi à Nice lors du 40° congrès de la mutualité française. Comment garantir l’accès aux soins du plus grand nombre? En donnant une mutuelle à chacun, tel est l'objectif du gouvernement. Les mutualistes devaient être comblés ce samedi, et on ne serait pas suspicieux si les mutuelles avaient des comptes moins opaques, si elles dépendaient de l’État ou si leurs avantages octroyés par le gouvernement étaient plus transparents. Et ces mutualistes en ont profité pour rappeler que l'accès aux soins pour tous était rendu difficile par les tarifs prohibitifs des praticiens du secteur 2, et qu'ils ne pouvaient cautionner tous les dépassements. MST a révélé sa maîtrise des dossiers, son aptitude aux négociations et a vite tranché: entre la sécurité sociale, l'assurance maladie, les mutuelles et les praticiens, ce sont ces derniers (les seuls opérationnels) qui sont les vilains petits canards. S'ils ne négocient pas vite et bien, elle les fera plier par l'adoption d'une loi. La négociation tripartite, le consensus, ça n'existe pas. Tu signes ou je dégaine avec une loi. L'art de la négociation, vu par MST.
Mais elle risque gros en se mettant à dos à toute une corporation, car les choses sont moins simples qu'il n'y parait. Les praticiens appellent les dépassements des "compléments d'honoraires", car le tarif de base des actes n'a pas été revalorisé depuis 30 ans: il est donc inacceptable de fixer des plafonds sur cette base obsolète. Que penser du tarif conventionnel de la sécurité sociale, 23 euros pour une consultation classique chez un médecin généraliste, soit 100 € de l'heure, si loin du tarif des avocats?  Et puis, la médecine a beaucoup progressé en 30 ans, et beaucoup d'actes ne sont pas encore tarifiés. Et enfin, ces dépassements de 2,5 milliards d'euros par an pour 29000 médecins, ne représentent qu'1% des dépenses totales de santé en France et ne coûtent rien à l’État puisque pris en charge pour un tiers par les mutuelles et deux tiers par les patients. En tant que ministre, MST devrait plus arbitrer qu'être à charge, et être plus prudente. Si les enquêtes révèlent que 25% des Français hésitent à se faire soigner, elles oublient de dire que ces réticences concernent les lunettes et les dents, secteurs confiés entièrement aux mutuelles.
Au moment de publier ce billet, les syndicats auraient signé un pré-accord qui revalorise les tarifs des médecins en secteur 1, et assouplit les plafonnements et les sanctions. "320 millions, c'est à ce prix que les médecins ont accepté d'avaliser la concrétisation, au minimum, d'une des principales promesses de campagne de François Hollande"(Le Monde). L'affaire n'en restera pas là car les forces vives de la nation, les "riches", les entrepreneurs, maintenant les médecins sont échaudés. Mais que ne paierait-on pas pour exhiber les indécrottables marqueurs idéologiques de la gauche?

Courbe de Laffer

Les députés votent aujourd'hui la ratification du traité budgétaire européen appelé TSCG, Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance. Les gouvernements seront alors astreints à la règle d’or budgétaire limitant à 0,5% du PIB (Produit intérieur brut) le déficit structurel sous peine de sanction. Le texte de ce traité a été signé le 2 mars 2012 par 25 des 27 états membres de l'Union Européenne, hors le Royaume-Uni et la République tchèque. Pour les nonistes, les Français contre l'adoption de ce traité, la politique d'austérité est une victoire de la politique allemande, et ne peut conduire qu'à la récession. Pour les autres, il faut contraindre les États à une discipline budgétaire afin de ne pas menacer l'euro tout autant que la construction européenne. Il est vrai que la politique électoraliste de chaque État a fait fi des conditions du Pacte de stabilité et de croissance:  déficits annuels ordinaires inférieurs à 3 % du PIB et dette publique qui ne doit pas dépasser 60% du PIB. Pendant 10 ans, les gouvernements s'en sont affranchis allègrement, pour satisfaire leur électorat et acheter leur réélection. Ce nouveau traité ne favorise pas la croissance alors que la crise économique s'intensifie en Europe.
Supposons que nous jugions nécessaire une certaine austérité, tout au plus provisoire, comment rétablir la balance des comptes publics? Beaucoup de libéraux disent qu'il faut réduire les dépenses de 2/3 de l'effort et augmenter les contributions d'1/3. François Hollande a choisi l'inverse, et les premières mesures sont même allées dans le mauvais sens (recrutement de fonctionnaires, retraite à 60 ans...) pour satisfaire sa base électorale. Promesses obligent. Les augmentations d'impôts sont donc massives, et conformes aux vieux principes gauchistes: faut faire payer les riches. Bernard Arnaud a exprimé déjà son mécontentement, puis les créateurs d'entreprise (fronde des Pigeons). 
Trop d'impôt tue l'impôt, a démontré Arthur Laffer au travers de sa courbe (ci-dessus) qui illustre qu'au-delà d'un certain seuil, plus la pression fiscale augmente, plus les recettes fiscales diminuent, en raison de l'effet désincitatif sur l'offre de travail. La politique française d'aujourd'hui illustre bien l'antinomie entre la social-démocratie et le libéralisme. Pour l'une, il n'y a pas de limite au taux d'imposition, pas de bouclier fiscal malgré la désincitation de Laffer, et pour l'autre, l’État minimal conduit à l'impôt minimal qui profite aux plus aisés. Nous en sommes loin en France, avec 47% de taux de prélèvement obligatoire et près de 57% de dépenses publiques par rapport au PIB, ce qui fait dire à un Allemand influent: "La France est un pays où l’on organise la croissance à partir de l’Etat".
Comment répartir les efforts reste le problème politique majeur, car il est clair que les États ne peuvent dépenser plus qu'ils ne gagnent, d'où le nouveau Traité et sa règle d'or contraignante pour tous les gouvernements. L'État français devra "dégraisser le mammouth", réduire son nombre de fonctionnaires et ses dépenses publiques, et en même temps augmenter temporairement les impôts. Mais il devra imposer une solidarité dans l'effort qui ne s'exprime pas en faisant payer un Français sur dix, comme le laisse entendre à tort nos gouvernants. Ce mensonge est caractéristique de notre société qui a refusé le bouclier fiscal. La courbe de Laffer montre pourtant qu'une limite doit être fixée pour éviter la désincitation ou l'exil fiscal. La TVA est un impôt plus indolore, solidaire et juste car payé par tous en fonction de ses moyens, en dépit du catéchisme socialiste. Ce n'est pas en demandant à 10% de Français d'être patriotes que la France se redressera. Idéologie quand tu nous tiens! Au fait, à l'ENA, en quelle année apprend-on la courbe de Laffer?

Sécurité et nucléaire

Il ne s'agit pas de parler ici de sécurité, concept que Manuel Valls, l'omniprésent ministre de l'intérieur s'est approprié surtout devant les caméras, mais du rapport du commissaire européen à l’Énergie, Gunther Oettinger. A la suite du tsunami géant du 11 mars dernier au Japon, et de l'angoissant feuilleton que les médias nous ont quotidiennement publié (explosera, explosera pas?), il fallait à tout prix rassurer les populations européennes que l'on s'était employé à apeurer à grand frais. A cet effet, la Commission européenne lança des "stress tests" sur les 134 réacteurs que compte le parc nucléaire européen. Le rapport a été publié cette semaine, et les lobbyistes ont bien travaillé. Dés le lundi, deux jours avant la parution, des fuites alarmistes étaient publiées dans le Figaro, qui estimait le montant des investissements entre 10 et 25 milliards d'euros. Que penser d'une évaluation à 15 milliards près, si ce n'est qu'il s'agit encore d'alarmer. Les écologistes ont sauté sur cette information idoine pour leur politique: que d'emplois seraient créés avec cet argent dans les énergies renouvelables! Pour Greenpeace, "ce rapport vient confirmer que le nucléaire français n'est pas plus sûr que les autres, bien au contraire". Le rapport présenté deux jours plus tard à Bruxelles étant moins alarmiste, le lobbying antinucléaire (les Verts auxquels il faut rajouter pétroliers, gaziers, charbonniers) a pu jeter le discrédit sur le lobbying pro-nucléaire, le soupçonnant d'être intervenu pour minimiser les risques. "Mentez, mentez, il en reste toujours quelque chose".
Revenons sur les faits: la Commission veut proposer de nouvelles règles communautaires en matière d'assurance et de responsabilité pour améliorer la situation des victimes potentielles dans l'éventualité d'un accident nucléaire. Depuis Fukushima, on considère qu'un réacteur nucléaire peut être touché par deux catastrophes nucléaires simultanément. Pour cela, des "stress tests" devaient vérifier le système d'approvisionnement électrique dont la défaillance, en cas de séisme ou chute d'avion par exemple, compromet le refroidissement du réacteur et peut alors conduire à l'explosion. Ces tests se sont révélés positifs pour tous les réacteurs français (Le monde, Figaro, Express, Nouvel Obs...). Seuls deux pays n'avaient qu'une heure d'autonomie et prendront les mesures adéquates.
M. Oettinger a annoncé que "aucune centrale ne doit être arrêtée pour des raisons de sécurité mais, presque partout, il y a un potentiel en termes d'amélioration"..."Ce que nous voulons aujourd'hui avec ce rapport, c'est donner une impulsion pour que les normes européennes de sûreté arrivent au niveau le plus élevé qui soit". S'agissant de la sécurité des populations, des mesures doivent être prises. Plus de 100.000 personnes vivent à moins de 30 kilomètres de 111 réacteurs de L'UE. En France, les 19 centrales manquent d'instruments de mesure sismique adaptés aux exigences post-Fukushima et les équipements de secours en cas d'accident ne sont pas adéquatement protégés des éléments. Voilà les dysfonctionnements les plus graves qui font douter du nucléaire...
Les normes de sécurité augmentent, des travaux seront nécessaires pour rassurer les populations et c'est bien normal. Le montant est indéterminé, et plus il sera important, plus il satisfera les opérateurs et leurs sous-traitants qui pourront se gaver en toute bonne conscience, ainsi que les antinucléaires qui demanderont le même effort financier pour leurs projets d'énergie renouvelable. Le drame de Fukushima a fait zéro mort, tandis qu'une explosion soudaine du Vésuve pourrait faire plusieurs millions de morts. Mais le Vésuve est naturel, le nucléaire est une construction de l'homme! Rappelons tout de même aux écolos que 24 nouveaux réacteurs sont en projet dans l'UE.
Il est bien triste que la parole ne soit donnée qu'aux énarques ou aux politiques, via les journalistes, et non aux ingénieurs qui sauraient remettre l'église au milieu du village. Le risque zéro n'existe pas, et la probabilité de risque diminue en fonction exponentielle du coût investi. Il est plus facile de diriger par la peur, d'effrayer les populations que de les rassurer. Réenchanter le rêve, entendions-nous pendant la campagne électorale. Quand commençons-nous?

Mittal en France

Après quatorze mois de mise en sommeil, les hauts-fourneaux du site de Florange seront définitivement fermés, entrainant un licenciement de 625 personnes sur les 2500 du site, a annoncé hier en comité central d'entreprise la direction d'ArcelorMittal . Elle laisse un délai de deux mois, à la demande du gouvernement, pour permettre une éventuelle cession. Le président François Hollande avait reçu la semaine dernière à l’Élysée Lakshmi Mittal, patron des aciéries et 5° fortune mondiale, qui lui avait sûrement expliquer la conjoncture: chute de 25 % de la demande d'acier en Europe et surcapacité de production. Sa division Aciers plats Europe a enregistré une perte d'exploitation de 340 millions d'euros (M€) au premier semestre 2012, et de 499 M€ au deuxième semestre 2011 (Le Monde). L’Europe produit l'acier qu'elle consomme, soit 11% de la fabrication mondiale, car ces produits lourds ne sont transportables qu'à grand frais. Il n'y a donc pour Florange qu'une alternative: soit on garde l'outil en sommeil à grand frais en attendant une éventuelle reprise du marché ( la fin de la crise?), avec les risques de démotivation du personnel et de perte du métier, soit on stoppe l'hémorragie financière et on ferme l'outil, avec la tragédie sociale subséquente.
C'est un drame pour les ouvriers qui poireautent depuis plus d'un an, pour leur famille et pour la région qui s'appauvrira encore. C'est un échec collectif, le Président et ses promesses, A. Montebourg fortement impliqué et "en ferme désaccord" avec L. Mittal, le ministre de l'économie P. Moscovici imitant Montebourg "Nous allons aux côtés des ouvriers, aux côtés des travailleurs de Florange", bref tout le gouvernement et son nouveau défi: trouver un repreneur, "c'est un challenge, c'est une volonté, c'est la volonté du président". Car le repreneur ne sera qu'un sous-traitant, un petit maillon d'une grande chaîne que l'on peut étrangler quand on veut. Ira-t-on jusqu'à cette bêtise industrielle pour sauver la face et plaire à une extrême gauche anticapitaliste?
C'est un drame aussi pour toute notre classe politique et médiatique. Quand le site lemonde.fr titre "ni le président ni le gouvernement ne peuvent accepter que la France se couche devant Mittal", les journalistes révèlent autant leur ignorance que leur inconséquence. La France serait-elle en guerre contre Mittal? Le journal Le Monde oublie que les usines de Dunkerque et Fos-sur-Mer tournent à plein régime, mais que ne ferait-il pas pour défendre son champion. Il en oublie même ses reniements sur le Traité européen. Il est surtout bien triste que les hommes politiques engagés dans la défense à tout crin de ces deux hauts-fourneaux, les plus féroces soient de l'extrême droite et gauche. Le drame, c'est de découvrir à cette occasion l'incompétence de nos élus en matière économique, apparue dès l'annonce de la fermeture de l'usine Citroën d'Aulnay. Il faut dire que N. Sarkozy n'avait pas brillé avec le dossier de Gandrange. En conclusion, que l'on soit ou non passé par l'ENA n'y fait rien: tous nuls en économie, car l'idéologie prime sur le pragmatisme. Quelle désillusion pour les ouvriers qui espèrent en les écoutant et en votant pour eux, qui manifestent dans les rues croyant que leur combat influera sur les décideurs! L'avenir des sites se construit autour de business plan, et les combats des directeurs sont terribles. Les manifestations qui s'ensuivent ne sont que des combats d'arrière-garde. La récitation de mantras et le bruit de la rue n'attirent que les folliculaires. 
Cependant, le groupe socialiste étudie une proposition de loi intéressante: en cas de fermeture d'un site, un repreneur doit pouvoir le racheter en dépit du refus du propriétaire. La restriction volontaire de la production, appelée malthusianisme économique, qui peut se traduire par la fermeture d'usine corrige le déséquilibre offre-demande et permet le maintien, la stabilité des prix. Au niveau mondial, l'absence de tarifs douaniers, la concurrence illimitée entre tous les pays favorisent les pays low cost et détruit les modes de vie, les emplois et les savoirs faire de nos régions. Il est temps de réguler ces mouvements qui affaiblissent chaque jour l'Europe. La concurrence est déloyale car le progrès humain et social devient un handicap. Pourquoi ne penserions-nous pas à des tarifs douaniers qui intègreraient un différentiel de protection sociale? Tout autre idée dans l'optique keynésienne est bienvenue, qui redonnerait croissance à l'Europe. Voilà un axe d'étude pour nos politiciens, bien plus utile que des effets de manche, ou des déclarations tonitruantes envers MM. Peugeot ou Mittal. On a encore besoin d'eux.

Le temps qui reste

Jean-Luc Delarue nous a quitté brutalement cet été, victime d'un cancer. Il l'avait annoncé en conférence de presse huit mois plus tôt et certains journalistes avaient ronchonné: il mettait en scène son état de santé (Libération). Les vivants ont la dent dure avec les idoles déchues. Ils étaient encore dans la vieille histoire d'un animateur hors pair, qui a déjanté, quand lui commençait son dernier combat avec courage et confiance. "Combien de temps... Combien de temps encore, des années, des jours, des heures combien? Quand j'y pense mon coeur bat si fort... Mon pays c'est la vie. Combien de temps?" 
Il devait déjà fredonner les paroles du magnifique texte de Jean-Loup Dabadie, "le temps qui reste", qui sert de générique au film "deux jours à tuer" de Jean Becker. La voix du sublime Serge Reggiani émeut tous les spectateurs, et que dire de l'émotion de celui qui entame son dernier combat? Il avait confiance, en la vie, en l'amour avec sa nouvelle compagne, Anissa, d'une époustouflante beauté: ils vivaient officiellement et réciproquement une grande passion. Il se savait condamné, et l'épousera trois mois avant de s'éteindre, lui qui ne s'était jamais marié. 
"Je l'aime tant, le temps qui reste... Je veux rire, courir, parler, pleurer, Et voir, et croire, 
Et boire, danser, Crier, manger, nager, bondir, désobéir, J'ai pas fini, j'ai pas fini, 
Voler, chanter, partir, repartir, Souffrir, aimer, Je l'aime tant le temps qui reste". 
Anissa l'accompagnera fidèlement jusqu'à son dernier souffle. Elle est maintenant une riche veuve de 29 ans, et les problèmes de succession ne sont pas terminés car il avait un enfant de cinq ans. Jean-Luc Delarue imaginait sûrement les problèmes à venir et il a certainement mis en scène son départ, avec malice et précision. Sa dernière facétie. Mais comment ne pas penser à certains comportements similaires? Souvenons-nous de Liliane Bettencourt qui, en dépit de toute règle morale, était prête à donner sa fortune à un habile filou resté près d'elle, qui s'en occupait, se consacrait à elle, qui l'amusait, la distrayait.  Celui qui lui faisait oublier le temps qui reste: 
"Je veux rire des montagnes de rires, Je veux pleurer des torrents de larmes, 
Je veux boire des bateaux entiers de vin De Bordeaux et d'Italie
Et danser, crier, voler, nager dans tous les océans, J'ai pas fini, j'ai pas fini, 
Je veux chanter, Je veux parler jusqu'à la fin de ma voix... Je l'aime tant le temps qui reste...
Qui ne se souvient du film "Tatie Danièle", comédie aussi acide que drôle, et la vieille dame acariâtre, méchante, odieuse, qui finit par s'attacher à une jeune gardienne de passage alors qu'elle ne pense qu'à faire souffrir sa propre famille? Ce cas n'est pas si rare, sinon le film aurait eu moins de succès. Mais au lieu de se dire que les aigrefins ont encore de beaux jours, nous pourrions nous interroger sur l'état d'esprit, les dispositions de ceux qui se savent dans la dernière ligne droite:
"Je veux des histoires, des voyages... J'ai tant de gens à voir, tant d'images..
Combien de temps encore ? Des années, des jours, des heures, combien ?
Je m'en fous mon amour... Quand l'orchestre s'arrêtera, je danserai encore...
Quand les avions ne voleront plus, je volerai tout seul...
Quand le temps s'arrêtera... Je t'aimerai encore, Je ne sais pas où, je ne sais pas comment...
Mais je t'aimerai encore...
L'affaire de la succession de Jean-Luc Delarue, les protestations de son père, les silences de sa jeune épouse feront encore couler beaucoup d'encre. Les comportements erratiques de personnes vieillissantes ou malades pourront nous surprendre encore. C'est qu'il en faut de la force morale pour se tenir droit jusqu'au bout. Mais nous serions avisés d'éviter des jugements péremptoires, et de repenser, ou mieux d'écouter, en cliquant ici, la voix déchirante de Serge Reggiani
Combien de temps...
Combien de temps encore ?
 

L'air du temps

L'air du temps, c'est être résolument moderne, rechercher la nouveauté coûte que coûte, aller de l'avant sans se soucier de savoir s'il y a un précipice devant. En matière d'art, les canons grecs ont été cassés depuis que la nouveauté a prévalu sur la beauté, tout en y prétendant. Comme aurait pu le dire Philippe Muray, les artistocrates sont entretenus par les mutins de Panurge, ces lobbies faussement révolutionnaires acoquinés aux puissances médiatiques. La nouveauté avant tout! Alors que la France s'enfonce dans la crise et le chômage de masse, dans une apparente indifférence du gouvernement, ce dernier s'attaque aux questions sociétales, avec autant de détermination que d'idéologie. La nouveauté sera le vote et le mariage pour tous. Le mariage des homosexuels, demande surréaliste à une époque où le divorce est devenu le problème, ouvrira la porte à l'homoparentalité, aux mères porteuses et à la procréation médicalement assistée. A titre personnel, je serai pour les mères porteuses le jour où les riches occidentales accepteront de porter l'enfant d'une mère du tiers-monde. L'homosexualité est interdite par la charia, mais les musulmans qui ont voté à 93% pour F. Hollande s'accommoderont de ces perversités occidentales en échange du droit de vote aux élections locales, puis demain nationales. Les étrangers impliqués depuis longtemps dans l'économie de notre pays doivent pouvoir participer au débat démocratique, mais peuvent aussi demander la (double) nationalité française. Les risques de clivage de la société française ne sont pas moindres, car progressisme n'est pas toujours progression.
Et si l'air du temps était de ne plus être jacobin, si le peuple n'était qu'un concept désuet, si l'on inventait la République décentralisée? Si l'air du temps était de redonner aux populations leur droit d'expression, pour qu'elles réinvestissent l'espace public? Par exemple, les habitants de Seine-Saint Denis auraient le droit de vote quelle que soit leur nationalité, les habitants du Marais seraient autorisés à se marier sans contrainte de sexe, seulement par amour, les processions et pardons seraient institutionnalisés en Bretagne, la corrida autorisée uniquement à Arles et à Nîmes, la chasse à la palombe exclusivement au pays basque sans interférence de Bruxelles ou Paris, l'Alsace-Moselle pourrait même conserver les lois allemandes acquises avant 1918, mais cette fois dans le nouvel esprit républicain. Au nom discutable de l'égalité, que de contraintes impose-t-on à l'autre, qui est mon frère peut-être mais pas mon voisin, et qui diverge dans ses intérêts ou dans ses us et coutumes. L'équipe gouvernementale pourrait alors s'occuper des affaires de la maison France. 
Regardons nos amis suisses, qui organisaient dimanche dernier une votation dans les cantons de Bâle et Berne. La question soumise à référendum était "des impôts équitables pour les familles", car la taxation cantonale réservée aux étrangers se fait sur la base du train de vie, en fonction notamment du loyer ou de la valeur locative estimée. Les citoyens du canton de Bâle-Campagne ont voté à une large majorité la suppression pure et simple des forfaits fiscaux. Il n'y avait que 16 exilés fiscaux, payant 1,7 millions de francs suisses (CHF), et l'impact budgétaire sera minime. Par contre, 66,5% de la population du canton de Berne a voté pour le maintien du forfait, où 230 exilés fiscaux payent 23 millions CHF. Il y avait plus à perdre qu'à gagner. Les populations ne sont pas si bêtes quand on les laisse vivre et s'exprimer. Une leçon de démocratie directe pour les Français qui confondent peuple et populations, et qui décident encore de Paris au nom des grands principes. Et si on ouvrait les fenêtres pour changer l'air du temps... 

Petite Poucette

Petite Poucette, c'est l'enfant d'internet et du téléphone mobile, c'est le surnom que donne Michel Serres à la nouvelle génération, pour sa capacité à envoyer des SMS avec son pouce. C'est aussi le titre de son dernier livre qui explique que notre société vit sa troisième révolution. Il y eut le passage de l’oral à l’écrit, puis de l’écrit à l’imprimé. Aujourd'hui, c'est le passage de l’imprimé aux nouvelles technologies. L’accès universel aux personnes avec Facebook, aux lieux avec le GPS et Google Earth, aux savoirs avec Wikipédia ont transformé le monde. La planète, l’humanité, la culture sont à la portée de chacun, quel progrès immense, se réjouit notre octogénaire, agrégé de philosophie en 1955. "Nous habitons un nouvel espace, la Nouvelle-Zélande est ici... dans mon iPhone". Si l'on rajoute les progrès de la médecine, tout a changé en une génération: la naissance, la mort, le temps, l'espace. Mais les questions bioéthiques restent sans réponse, car le nouveau monde est à réinventer par Petite Poucette, par l'homme nouveau. Les institutions n'ont pas suivi et la politique n’offre pas les réponses adéquates. Les partis ne sont plus que des machines à faire élire des présidents. En bon philosophe et historien des savoirs, Michel Serres tente de réinventer une manière de vivre ensemble, d'être et de connaître, avec optimisme et lucidité, et une infinie tendresse pour Petite Poucette. 
Interviewé dernièrement par Le Point à la suite des agressions répétées d'enseignants, Michel Serres répond dans la droite ligne de son livre. Tout d'abord, il décortique le mot "autorité" dont la racine latine est augere, qui signifie augmenter. "La morale humaine augmente la valeur de l'autorité. Celui qui a autorité sur moi doit augmenter mes connaissances, mon bonheur, mon travail, ma sécurité, il a une fonction de croissance. La véritable autorité est celle qui grandit l'autre". De nos jours, la seule autorité possible est fondée sur la compétence. Et il rappelle que Petite Poucette tient entre ses doigts un bout du monde, du savoir. Quand elle entre dans un amphithéâtre, elle a compulsé internet et sait globalement les thèmes traités par le professeur dans son cours. L'école et l'université vivent une crise terrible car le savoir, accessible partout et immédiatement, n’a plus le même statut. Le maître a une présomption de compétence qu'il est de son devoir "d'augmenter". Pareillement, le médecin a perdu l'autorité qu'il détenait par la présomption d'incompétence de son patient. Il ne peut plus asséner : "C'est moi le médecin, laissez-moi faire !" L'ancien professeur Michel Serres rappelle qu'à la génération précédente, un professeur de sciences à la Sorbonne transmettait presque 70% de ce qu’il avait appris sur les mêmes bancs vingt ou trente ans plus tôt. Élèves et enseignants vivaient dans le même monde. Aujourd’hui, 80% de ce qu’a appris ce professeur est obsolète. Et même pour les 20% qui restent, le professeur n’est plus indispensable, car on peut tout savoir sans sortir de chez soi ! L'autorité est en crise parce que nous passons d'une société hiérarchique, verticale, à une société plus transversale. Tout ne coule plus du haut vers le bas, de celui qui sait vers l'ignorant. "Les relations parent-enfant, maître-élève, État-citoyen sont à reconstruire". Après quarante ans d’enseignement, il conclut qu’on ne transmet pas quelque chose, mais soi. Son conseil: soyez vous-même! Il finit son entretien par un éloge de la démocratie du savoir, où seule l'autorité du savoir peut s'imposer. 
Sa conclusion montre le décalage croissant entre sa sagesse et la réalité du monde. Le désintérêt des Français pour la politique vient du fait qu'ils ne croient plus en la compétence de leurs élus, ni aux écoles qui les forment. "Au secours, les énarques reviennent", titrait le Figaro de ce samedi. 
Un philosophe plus deleuzien aurait conclut différemment. Le "soyez vous-même", héritage du "connais-toi toi-même" est un passage obligatoire mais non la conclusion pertinente. S'arrêter au "soi" revient à donner une priorité au sensible sur l'intelligible et donne une tournure empirique inadéquate. Pour transmettre un enseignement, un savoir, il faut créer un lien entre celui qui apprend et celui qui professe, créer un sens entre les théorèmes et l'existence, créer un pont entre le possible et le réel. Le principe premier, l'être, le moi, le sensible, n'est pas suffisant. Pour Deleuze, les choses ne commencent à bouger qu'au niveau du deuxième principe et des suivants. Les choses ne commencent à vivre qu'au milieu. Et il confirme que "les relations sont extérieures à leurs termes". Les termes sont insuffisants à eux-mêmes, le Soi n'est riche que confronté à une autre nature, à un autre Soi. Ce n'est qu'entre eux que peuvent se développer la connaissance, le savoir, le lien, le respect, l'amour ou l'amitié, à l'extérieur de soi et non en soi. Mais ceci n'empêche pas de relire et d'aimer Michel Serres, ce grand humaniste.