Rythme scolaire

"Le gouvernement ne reculera pas... La réforme est passée, le décret est pris...à la rentrée 2014, tous les enfants de France seront aux quatre jours et demi" affirmait la semaine dernière Vincent Peillon, ministre de l’Éducation nationale. La récente grève à Paris des enseignants du primaire suivie à 90%, contre le retour de la semaine à quatre jours et demi, présage un affrontement douloureux si le passage en force persiste. Pourtant le consensus paraissait établi depuis trente ans entre professionnels, chercheurs et politiciens de tous bords sur la lourdeur d'une journée de six heures d'enseignement. Le passage à quatre jours par semaine en 2008 n'a pas amélioré l'attention ni les performances de l'élève, seulement les conditions de vie des parents et des enseignants. Le retour aux 4,5 jours comprend le même nombre de cours et des activités périscolaires prises en charge par les collectivités locales. Ce changement provoque un supplément d'heures de travail pour les enseignants et de budget pour les municipalités, et personne ne sait si elles sauront faire face à cette charge nouvelle. Le syndicat principal du primaire demande un report d'un an, et parle déjà d'une revalorisation salariale (Libération). Si on rajoute l'embauche actuelle de 40 000 enseignants qui ne sont pas dans l'air financier du temps, le corporatisme ainsi manifesté finit par excéder l'opinion publique qui ne comprend pas que les performances des élèves passent au second plan derrière les contraintes des parents, le temps de travail des instituteurs, tandis que le mammouth s'engraisse sans se réformer, avec des performances médiocres: Le Monde rappelle que la France détient le record mondial de brièveté : 144 jours de classe, contre 180 à 200 dans tous les pays comparables. Vincent Peillon s'est bien gardé de toucher à la durée de l'année scolaire. Trop explosif ! Quelle réflexion tirer de cette nouvelle péripétie?
Tout d'abord, le jacobinisme est inadapté au XXI° siècle. Imposer le même rythme scolaire, le même programme, le même jour aux élèves de Nice, de Trégastel, de Sarlat est une soviétisation surannée. Rien d'étonnant à ce qu'un ministre mécontente tout le monde. Il doit déléguer aux régions. Jules César écrivait "on n'administre bien que de près" et quel opérationnel en douterait?
Ensuite, les acquis scolaires étant proportionnels aux temps consacrés à leurs études, plus le temps de travail se réduit et... moins il en reste. Plus le niveau d'instruction s'abaisse et plus les inégalités entre les enfants des différentes classes sociales s'accentuent. Si l'on rajoute une pédagogie centrée sur l'élève et un temps d'inculturation (voir Loyola) trop restreint, l'influence du milieu familial est de plus en plus significatif et les inégalités progressent.
Tout ce que dénonçait Pierre Bourdieu, le grand sociologue français, se met en place malgré les volontés contraires. Outre son concept d'"habitus", cet acquit culturel par la socialisation (ensemble de manières de penser, sentir et agir dès l'école) qui conditionnera ses actes, Pierre Bourdieu développa une théorie des groupes sociaux et surtout le rôle décisif du système scolaire qui reproduit et légitime ces hiérarchies sociales. Il dénonçait ainsi la manière dont la reproduction des élites coïncidait avec une reproduction de classes, sous couvert de méritocratie républicaine. Il fallait donc détruire cette culture bourgeoise et changer de sens le mot culture. On voit aujourd'hui où les fils de Bourdieu nous ont amenés, quand des cours de diction sont donnés aux jeunes de banlieues enfermés dans leur culture "tag-rap-hip-hop", sans lesquels ils ne franchissent pas le premier entretien d'embauche. 
"Once upon a time", dans les années 50-60, on essayait par tous les moyens de pallier cette inégalité en faisant accéder les enfants des milieux défavorisés à une culture classique. Les bons pères avaient des rythmes scolaires soutenus, 5,5 jours par semaine, et six lorsqu'on était "collé" (un bruit de règle en fer dans l'étude suffisait). Les journées d'externes commençaient à 7h55 pour finir à 19h15 chaque soir (hors la pause méridienne de 1h30), samedi compris, toute l'année. Le temps passé à la maison était réduit et le mixage des classes sociales efficace, contredisant les théories de Bourdieu. Pour relever le niveau des élèves et réduire les inégalités sociales, il faut augmenter le temps de travail encadré, revenir à une culture classique bourgeoise revue et corrigé XXI° siècle, cesser de niveler par le bas. Pour sortir de la médiocrité, il faut viser les sommets: "ad augusta"

Otages au Sahel

Sept otages français sont actuellement détenus au Sahel par des rebelles d’Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique), dont quatre depuis septembre 2010. Le Président de la République recevra demain leurs familles à l’Élysée, que l'intervention militaire au Mali vient de plonger dans l'angoisse. Comment les proches peuvent-ils espérer leur libération, quand les bombes pleuvent sur Aqmi dans le Sahel? "Nous prenons tous les contacts pour que les libérations puissent intervenir dans les meilleures conditions. Et encore aujourd'hui, vous imaginez que je pense à chaque instant à la situation des otages". Ces propos plus paternalistes que rassurants de François Hollande ne réchaufferont le cœur des hôtes de l’Élysée que quelques minutes, avant qu'ils ne retournent dans leur glaciale solitude, dans l'attente d'un coup de téléphone qui annoncerait la libération, ou bien... Non, ce n'est pas possible, ce serait trop injuste, il était un si tendre mari, un si bon père, un fils si affectueux, un employé modèle. Cette attente n'est pas supportable, elle est dévastatrice, et pourtant elle n'est rien comparée à celle des otages. Outre leurs conditions de survie sûrement dégradantes (insalubrité, malnutrition, absence d'hygiène), les douleurs morales et physiques exacerbées par l'isolement, l'inaction et les entraves, s'ajoute maintenant l'attente de la mort à chaque minute, puisque les armes ont parlé. Ils n'étaient pas préparés à vivre ces épreuves, étaient techniciens, ingénieurs, au service d'une société en qui ils faisaient confiance. Informés des opérations militaires en cours, ils se savent maintenant condamnés à mort et redoutent chaque bruit, chaque pas des geôliers vers leur cache. A la peur continuelle vient se substituer la désespérance, puis avec la fatigue, la profonde lassitude, l'envie que tout s'arrête, que la tragédie se termine. Qu'aurait pu être leur vie sans ces fous de Dieu, qu'ont-ils réalisés sur cette terre, que laisseront-ils à leurs proches, quelles sont les occasions manquées qui les auraient fait autres? Que font-ils ici, pourquoi eux, pourquoi moi, par quel hasard? Ne sommes-nous déterminés que par nos rencontres, nos actes, ou avons-nous une identité propre, éternelle dans le flux du temps et du changement? Aurai-je pu être autre, être ailleurs? Qu'est ce que je fais ici à me poser des questions idiotes alors que ma bien-aimée, ma famille, mes amis m'attendent. Les serrer dans mes bras puis m'endormir en pleurant, leur chaleur contre mon corps. Un bruit de pas, un cliquetis d'armes. Puis rien. La vie est encore là. Je pense à tout ce que je n'ai pas dit à ceux que j'aime. J'aimerais tant leur dire, j'enrage d'être enfermé, isolé, maltraité. J'ai envie de crier, hurler, pleurer, cogner. Si au moins le bourreau pouvait avoir pitié. Je n'ai même plus la force d'espérer. Je n'aurai pas le courage de recommencer à vivre, de me lever chaque matin, de travailler, lire, sortir, rire. Ça n'a plus de sens. Je veux que le supplice s'arrête, que les salauds cessent leurs palinodies. Je ne veux plus rien. Pourquoi attendre s'ils doivent me tuer demain? Je veux dormir du sommeil de la terre. Aimer une dernière fois puis dormir. Vivre encore un peu pour aimer puis dormir. Mais chaque fois que je veux vivre, j'ai peur de mourir. S'abandonner, perinde ac cadaver. Mais je n'y arrive plus, huit cents jours que ça dure...
Pensons à ces prisonniers innocents, au calvaire inhumain qui leur est imposé, et que la raison d'état vient de condamner. Prions pour que leur instinct de survie l'emporte sur les désespérances quotidiennes, et qu'un échange de prisonniers puisse éventuellement nous les ramener.