News of the World, le tabloïd dominical britannique depuis 168 ans, publiera son dernier numéro ce dimanche, probablement bien au dessus de la moyenne de 2,8 millions d'exemplaires, puis sera fermé. Deux cents personnes se retrouveront dans la rue dès la semaine prochaine. Ainsi en a décidé l'actionnaire, James Murdoch, fils du magnat australo-américain et président de News International, pour sauvegarder son empire de presse. Mais le scandale ne s'arrêtera pas là car l'ancien directeur de la communication de M. Cameron pendant plus de 4 ans a été placé ce matin en détention pour "participation à des écoutes téléphoniques illégales" et "corruption" en référence au paiement de policiers-informateurs. Le journal coutumier de méthodes illégales, soupçonné d'avoir mis sur écoutes plus de 4000 personnes téléphoniques, avait vu deux de ses employés punis de prison en 2007 mais ces sanctions «n'ont pas mis fin aux problèmes». Le scandale vient d'éclater avec le piratage de la boîte vocale d'une jeune fille assassinée, et la sanction est tombée. Le journal sera fermé, mais le métier des journalistes va-t-il en être modifié?
La proximité d'Andy Coulson et de David Cameron compromet ce dernier qui doit s'exprimer: "la vérité est que nous sommes tous concernés : la presse, les hommes politiques, les dirigeants des partis – et je m'inclus dans ce nombre. Nous n'avons pas pris cette affaire à bras-le-corps". L'enquête va concerner "la moralité et l'éthique journalistiques", et le Guardian analyse ainsi le problème: "c'est bien une concentration sans précédent de médias et le pouvoir, ainsi que la culture corporatiste de l'arrogance et de l'impunité." Analysons quelques exemples en France:
Quand le Premier ministre dénonçait un «magistrat (qui) viole le secret auquel il est tenu», David Sénat, conseiller pénal du Garde des seaux, qui informait en live le journal Le Monde dans l'affaire Bettencourt, ce journal portait plainte pour «violation du secret des sources». Le journal protégeait sa source malhonnête contre vents et marées. Ne sommes-nous pas là dans la culture de l'arrogance et de l'impunité dénoncée par le Guardian? Cela n'empêchait pas la Gauche de tirer à boulet rouge sur l'Élysée, dénonçant un Woerthgate.
Quand Mediapart déclenchait l'affaire Woerth-Bettencourt grâce à des enregistrements illégaux d'un majordome, ne sommes-nous pas au niveau des tabloïds anglais, de News of the world?
Quand un journaliste français est payé pour surveiller l'entrée ou la sortie de DSK de chez lui. Quand il dîne dans le même restaurant pour connaître le menu, son prix et son humeur... c'est plus éthique que de corrompre un garde du corps, mais tout de même, est-ce de l'information? Tout cela au nom de la tyrannie du droit d'informer. Quand on se rappelle les deux pieds nickelés de retour d'Afghanistan qui justifient leurs aventures par la recherche d'un renseignement aussi futile que dérisoire, ne voyons-nous pas encore la culture corporatiste de l'arrogance et de l'impunité? Que signifie pour eux information?
Puissent nos journalistes tirer des enseignements de ce qui se passe outre-Manche, et retrouver le goût de l'information, celle qui instruit, éclaire, met en perspective, et non celle de l'immédiateté qui étonne, amuse et alimente le café du commerce. L'affaire DSK aura montré que la vente de papier prime sur la qualité de l'information. La désinformation était l'arme de la Pravda. Nous y sommes, à New York.



