Les deux derniers pays des États membres de l'Union à refuser
l'échange automatique d'informations prévu dans une directive de 2003
sur l'épargne ont annoncé leur volonté de négocier la levée du secret bancaire. Le Premier ministre du Luxembourg, Jean-Claude
Juncker, a confirmé mercredi que son pays était prêt à "l'échange
automatique à partir du 1er janvier 2015". Le chancelier autrichien Werner Faymann a annonçé le même jour sa volonté de "négocier" la levée du secret
bancaire pour les résidents étrangers détenteurs d'un compte sur son
sol. La pression américaine n'est pas pour rien dans ce retournement qui porte un coup fatal au
secret bancaire. Avec la législation FATCA ("Foreign Accounts Tax
Compliance Act"), les Etats-Unis imposeront sous peu à toutes les
institutions financières de la planète de leur livrer des informations
sur tous les avoirs des Américains, sous peine de lourdes pénalités. Les
banques et fonds qui refuseraient de coopérer verraient tous les
transferts d'origine américaine taxés à 30% (Trends).
La lutte contre les paradis fiscaux a l'assentiment des populations en cette période de crise. La lutte, pour ne pas dire la guerre, contre les paradis fiscaux
permettrait de dégager 2 ou 3% du PIB de ressources fiscales. Le journal De Morgen publie le résultat d'une enquête de l'université de Linz: l'économie au noir en Belgique représente en 20013 encore 16,4% du
produit intérieur brut (PIB). En Allemagne, l'économie souterraine est estimée à 13% du PIB, contre
9,9% en France, 9,7% en Angleterre et à peine 9,1% aux Pays-Bas.
Les pays d'Europe de l'Est affichent les pires résultats, avec une
économie souterraine estimée à environ 30% du PIB en Bulgarie.
Il reste à prouver les liens entre l'économie souterraine et les paradis fiscaux. Que représente l'évasion fiscale dans le monde? Selon le FMI, les
fonds concernés se monteraient à 5.500 milliards d'euros, soit près de
trois fois le PIB de la France (Trends). Il semblerait également que 50% des
transactions mondiales transiteraient par des paradis fiscaux, qui
compteraient 4000 banques et 2 millions de sociétés-écrans. Pour l'ONG Tax Justice Network, les sommes en jeu seraient plus
importantes, atteignant jusqu’à 25 000 milliards d'euros, soit 10 fois le PIB de la France. Cela
représente un tiers des ressources financières mondiales, et une somme
qui pourrait générer entre 148 et 218 milliards d'euros de recettes
fiscales par an dans les caisses des états du monde entier. De quoi sortir l'Europe de l'austérité. Mais nos dirigeants croient-ils réellement à ce qu'ils énoncent?
Prenons l'exemple d'un produit fabriqué en masse en Chine, à 20 centimes. Il est revendu au client final en Europe de 15 à 20 euros. Pour assurer un petit bénéfice en France après avoir payé les frais logistiques et de distribution, l'importateur doit l'acheter environ 5 à 7 euros. Aussi, il va créer une société à Hong Kong qui achètera le produit en Chine et le revendra à son autre société en France. Cet énorme bénéfice ne sera pas taxé car les Britanniques ont décidé que les sociétés Limited, (ltd) installées à Hong Kong qui revendraient des produits hors du territoire ne seraient pas taxées. Il n'y a donc que la facture qui transite par la ltd. Ce type de législation fiscale anglo-saxonne se retrouve dans beaucoup de leurs anciens comptoirs commerciaux, à Jersey et Guernesey près de chez nous. On trouve aussi des équivalences à Andorre, Lichtenstein, Delaware, etc...Est-ce de l'optimisation fiscale, de la fraude fiscale? La bataille contre les paradis fiscaux ne fait que commencer, et se fera sans le support des Britanniques. A moins que les premières mesures ne soient que de la poudre aux yeux!

