L'ancienne et la nouvelle année

Les radios de ce dernier matin de l'année nous décryptaient 2011, comme si le temps se découpait en morceaux et qu'il fallait donner un sens à chacun, comme si le calendrier grégorien facilitait l'analyse de l'évolution planétaire. Et pourtant le temps s'écoule avec fluidité, lentement, inexorablement. L'espace et le temps, éléments constitutifs de l'homme, les "deux formes a priori" de sa sensibilité nous disait Kant, mais le sensible n'est qu'une partie de l'intelligible. Le résumé radiophonique de l'année 2011 nous le confirmait. La fin des tyrans, entendions-nous, de Ben Laden à Kim Jong-il en passant par Kadhafi, la fin des oppressions dans les pays arabes avec les départ des Moubarak et autres Ben Ali, la fin des despotismes même sexuels avec l'explosion en plein vol de DSK. Les peuples peuvent rêver, d'autres tyrannies se trament. Les femmes, plus réalistes, hésitent à rêver depuis qu'elles ont vu l'acharnement des amis de DSK et de Polanski à défendre leurs turpitudes. Les journalistes ne pouvaient éviter Fukushima et la peur du nucléaire, le délire obsidional, ni les vœux de tous les prétendants à la magistrature suprême. Tous appellent au changement, avec eux à la tête, à un monde plus juste où l'argent n'est pas roi. Tant de gens se désignent par ce qu'ils dénoncent. Et s'agissant de la crise sévère qui s'abat sur l'Europe, il leur suffit de laisser croire qu'un changement d'homme ou de politique retournera la situation. L'utopie est à nos portes, avec l'affirmation de principes plus utiles que vrais. Ce peut être suffisant pour être élu. De toute façon, le verdict du réel ne vient que très tard en politique.
Et pourtant, que rêver d'autre que d'une société où s'élèverait le niveau de conscience et de responsabilité collective, où chacun traiterait l'autre comme une fin, non comme un moyen de s'enrichir. Pourrait-on apprendre le désintéressement à notre jeunesse, par l'étude et la recherche de l'inutile, l'amour de l'art et des problèmes abstraits? Être désintéressé, ce n'est pas mépriser l'argent, c'est avoir pour mobile essentiel le désir d'accomplir une tâche d'intérêt commun. Le désordre naît quand ce désir n'est plus dominant. Et surtout arrêter de vouloir limiter les égoïsmes, comme le disait Hume, mais élargir les sympathies. Il rajoutait que la question politique n'est pas une question de limitations institutionnelles, mais un acte d'invention et de création toujours renouvelé. Déchiffrer, créer, penser, désirer, expérimenter, soyez en devenir aurait dit Deleuze, pour se construire, s'accomplir, et si chacun s'y efforce, la vie sera belle. Bonne année!

La Bugatti de Noël

Le billet d'aujourd'hui est celui de racine 17. C'est fou ce que le temps ne passe pas vite. Des jours et des jours que l'on parle de Noël, à l'école et en famille, que l'on pense à Noël, des pièges que l'on tendrait pour voir le Père Noël, le surprendre au pied du sapin, et des jouets, et de sa hotte pleine de tous nos rêves. Mon rêve, c'est la Bugatti Veyron surtout quand elle est bicolore, parce qu'elle est très belle et va très vite, à 400 km/h. Elle a 1001 chevaux, coûte très cher, au moins 7 chiffres en euros, et c'est beaucoup. Moi, j'aime bien les gros chiffres et les gros moteurs. Il y a aussi la Veyron super sport qui a 1200 chevaux, mais je ne sais pas laquelle je préfère car je les aime toutes. L'intérieur a l'air joli, mais je préfère le design, comme une fusée. Le rêve serait que le Père Noël apporte une vraie Bugatti à la famille "racine", mais ça parait impossible, aussi Noël n'épuisera pas tous mes rêves, et Noël continuera d'exister. Grâce au Père Noël, on peut toujours rêver, d'ailleurs Noël ou Bugatti, c'est pareil,  c'est l'inaccessible que l'on peut approcher. Mais j'aimerais être déjà à demain soir, c'est long d'attendre. Et puis, toute la famille arrive ce soir, on va bien s'amuser et rigoler à table, on sera nombreux, on pourra dire des bêtises sans se faire gronder, et même on pourra se coucher tard. Et demain soir, ce sera Noël et ses surprises, tous les cadeaux au pied du sapin éclairé, c'est beau tous ces emballages aux couleurs vives, ces paquets que l'on défait fiévreusement, excité tout autant par les cadeaux de sa sœur, de son petit frère, de ses parents. Parfois j'ai un peu d'envie pour les cadeaux des autres mais je ne le dis pas pour pas me faire gronder. Noël, c'est toutes ces surprises et la famille réunie. C'est chouette quand on est nombreux et que tout le monde s'aime. Le meilleur moment, c'est peut-être juste avant, mais pas trop avant car j'ai hâte que ça arrive, ces images, ces cadeaux, ces embrassades, et moi au milieu à qui on pense, à qui on parle. Je suis aussi important que les grands ce jour-là. Mais quand même, je rêve de Bugatti, car j'aime tant les voitures. Ma grand-mère dit que tous les garçons aiment les voitures depuis longtemps, mais il n'y avait pas de Bugatti à l'époque, avec 1001 chevaux. Ils n'avaient pas de chance, nos grand-parents... Joyeux Noël à tous les enfants. Allez, aux parents aussi!

Lois mémorielles

Le parlement français, représenté par 10% des députés, a approuvé à une très large majorité la proposition de loi sur la négation des génocides, dont celui des Arméniens en 1915. Les députés de l'UMP, Nouveau Centre, PS et PCF, ont massivement voté la loi criminalisant le négationnisme d'État malgré les menaces de représailles diplomatiques, économiques et culturelles du gouvernement turc. Consensus rare de tous les partis politiques, et belle polémique dans le pays "des libertés".
Erdogan rappelle son ambassadeur. Pour qui se prend cet islamiste modéré, alors que le monde entier sait que l'Empire ottoman (et non la Turquie) a massacré 1,5 millions d'Arméniens qui avaient le tort de n'être pas musulmans? Et nous,  qui sommes-nous pour décréter une vérité historique qui concerne un autre pays? De quel droit nos politiciens ferment les dossiers des historiens pour instaurer une police de la pensée? Avec mauvaise foi, le ministre des Relations avec le Parlement répond: "Il ne s’agit pas d'un texte de loi mémorielle, il s'agit d'un texte de coordination juridique..." et de rappeler que la France transpose une directive européenne sur la pénalisation du négationnisme. Il est vrai que le Parlement européen a reconnu le génocide arménien le 18 juin 1987...
Ces affrontements nationalistes sont malsains, en période de crise. A l'origine, la négation des crimes de la Shoah, ou plus souvent un fort révisionnisme a incité les politiques à intégrer la mémoire à l'Histoire, créant le concept de devoir de mémoire: apprendre à bien se souvenir. Comment les survivants des camps de l'horreur pouvaient-ils entendre l'abjecte remise en cause du génocide juif? La première loi fut la loi Gayssot (1990) "tendant à réprimer tout acte raciste, antisémite ou xénophobe" qui crée le délit de négationnisme du génocide des Juifs. Puis en 2001, le génocide arménien fut reconnu ainsi que "la traite et l’esclavage en tant que crime contre l’humanité". L'enfer est pavé de bonnes intentions, car d'autres lobbies et groupes d'appartenance allaient demander la reconnaissance de leurs souffrances. La loi de 2005 portait "reconnaissance de la Nation et la contribution nationale en faveur des Français rapatriés". Perçue comme une réhabilitation de la colonisation, une vive contestation se développa, qui conduisit à une mise en cause des lois mémorielles au nom de la "liberté pour l'histoire".
La loi votée aujourd'hui est dans la droite ligne de la logique des législateurs, et il n'y a qu'un moyen de revenir en arrière: l'abrogation de toutes les lois mémorielles. Les preuves de ces massacres de masse existent, non pas crimes de guerre mais génocide d'une ethnie. Pourquoi vouloir combattre l'imbécilité en réduisant la liberté de penser, l'expression d'opinions, en créant un ordre moral? Pourquoi vouloir pénaliser? C'est la faiblesse de la démocratie que de laisser répandre les vulgarités. Soljenitsyne s'est fait rejeter par l'intelligentsia de gauche lors de la parution de "l'archipel du goulag". Aurions-nous du emprisonner nos élites imbéciles au nom de leur négationnisme? La démocratie est le moins pire des régimes. Ne rajoutons pas une touche de tyrannie quand cela arrange un lobby, même pour la meilleure raison du monde.

Insulte raciste

La chasse aux sorcières, initiée par l'Église car elles incarnaient le diable qui s'oppose au Royaume de Dieu, amplifiée par la Réforme, atteint un paroxysme en 1600 quand la justice pénale,  impitoyable, cherche à soustraire la société à l’influence du Diable. À l’aube des Lumières, ces accusations provoquent des scandales et la dynamique de la Chasse s’épuise. Il suffisait de s'exclamer avec force "une sorcière, c'est une sorcière" pour que la victime se retrouve sur un bûcher. Les mots tuent, mais les mots qui condamnent changent selon les époques. Ces mots ne doivent jamais être définis, chacun peut ainsi imaginer à sa guise le danger ou le concept qu'ils représentent. Le mot "bourgeois" suffira à vous envoyer dans des goulags, le mot juif dans les camps de concentration, le mot fasciste à vous discréditer et exclure de la politique. Aujourd'hui, il est une insulte suprême qui vous envoie au tribunal: "raciste". Un arbitre de touche vient d'en faire les frais ce samedi. Un joueur de football agité, en photo, manifeste pour une faute non signalée, s'enflamme, est exclu, puis vitupère violemment contre cette décision. L'arbitre assistant, excédé, aurait dit "dégage, l'arabe", version contestée par l'auteur. Un joueur guinéen, témoin, s'est rétracté depuis. Ce qui est grave, c'est l'émotion, l'effroi suscité en haut lieu par cette phrase, le ramdam provoqué par ce qui n'était pas insultant il y a vingt ans, qui n'est pas insultant sur un autre continent, encore moins sa réciproque. Le président de la Ligue de football est catastrophé et la sanction sera lourde si le mot "arabe" a été prononcé, sans compter que la justice va se mêler des altercations entre footballeurs. Elle n'a que ça à faire! Quel monde imbécile construisons-nous? A quand le nouveau siècle des Lumières?
De nos jours, à l'invective discriminante, préférez le coup de boule, celui de Zidane fut cautionné par le Président Jacques Chirac. Certains mots brisent une carrière, vous conduisent au pénal. A ce sujet, les commentaires des internautes du journal "Le Monde" sont édifiants, l'arbitre est trainé plus bas que terre. En d'autres circonstances, ce journal a défendu la présomption d'innocence, alors que dix fois par jour, depuis quatre ans, les internautes y traitent le Président de la république de nabot, de voyou et d'autres noms d'oiseaux. Ce n'est pas condamnable, ces offenses ne concernent pas une ethnie, que Nicolas Sarkozy. 
Hier, notre Johnny national, répondant à une question idiote a dit que Alain Delon était un vrai mec, et que "lui n'était pas pédé". Un conseiller municipal de Bordeaux veut l'interdire de stade, bien qu'il se soit excusé. Aujourd'hui, nous dit Le Monde, l'attaquant uruguayen de Liverpool Luis Suarez a été condamné pour insulte raciste auprès du Français Patrice Evra: suspension de huit matches et amende de 40 000 livres. Luis a traité Evra de negrito, "petit noir" en espagnol, qui n'aurait pas de caractère raciste chez lui. Luis est métis, son grand-père était noir. Ils sont devenus aussi fous en Angleterre.  A moins que l'Europe ne soit qu'un laboratoire avant la création de la société idéale,"garde-à-vous et pensée unique", que les Soviétiques n'ont pas réussi à créer, malgré leurs camps d'entrainement appelés goulags.

L'évaluation des professeurs

Les enseignants des écoles primaires, des collèges et des lycées étaient en grève ce jeudi pour exiger le retrait du projet de réforme du ministre Luc Chatel. Ce dernier propose la mise en place d'un système d'évaluation des professeurs "plus juste", par une meilleure prise en compte du travail en équipe des enseignants: "ce n'est pas uniquement l'heure de cours, c'est aussi l'engagement à travers le projet pédagogique du lycée, c'est le soutien scolaire apporté aux élèves". Ce serait la fin de la double évaluation, l'une par l'inspecteur pour l'aspect pédagogique et l'autre par le chef d'établissement pour l'aspect administratif. L'évaluation des professeurs ne serait alors confiée qu'au chef d'établissement, entrainant la suppression des visites d'inspecteurs. Un principal de collège ou un proviseur de lycée mènerait, tous les trois ans, un "entretien professionnel" avec chacun des enseignants, à l'issue duquel il préconiserait ou non une augmentation de salaire. Le mécontentement est général, bien que la grève ait été peu suivie. C'est la révolution, au nom de la liberté pédagogique: difficile d'ouvrir la boite noire de la classe. Les syndicats redoutent une dérive, "le cœur de métier, à savoir le rapport à la discipline, serait marginalisé", puis la dramaturgie "c’est le modèle de l’École qui est en jeu", et enfin l'idéologie "un mode de gestion libéral du système éducatif... Le chef d'établissement devient un patron". Ils sont persuadés que seuls les professeurs sont aptes à juger de leurs résultats et n'y vont pas de main morte: "Le chef d'établissement est celui qui a quitté la classe et qu'on n'autorise pas à porter un jugement." A l'affut de tout mécontentement, François Hollande le dit avec moins de mépris: "Les enseignants veulent être évalués par des inspecteurs ou par des pairs qui sont de la même matière". Oublie-t-il que les inspecteurs ont aussi quitté la classe depuis longtemps, qu'ils évaluent les professeurs au mieux tous les six ans, pendant une seule heure, avec un préavis de deux jours, le temps d'organiser le théâtre. Ce système est désuet, vieillot mais légitimé par le temps et un corps de fonctionnaires de haut niveau qui se battront pour leur survie. Là encore se manifeste le mal français: pas seulement la résistance au changement, mais ce refus du collectif, d'être un maillon de la chaîne, de ne pas être le centre du dispositif. Ce refus de hiérarchie se retrouve aussi à l'hôpital entre son directeur et les médecins.
Il est admis depuis Georges Clémenceau que "la guerre est une chose trop sérieuse pour la confier aux militaires", de même, l'évaluation de la pédagogie d'un professeur de mathématiques est trop sérieuse pour la confier à un ancien professeur de mathématiques. Oserait-on dire à un juge: "tu n'as aucune compétence en matière aéronautique, donc tu n'as pas autorité à juger de la responsabilité de l'accident aérien du Mont Saint-Odile, ou du crash Rio-Paris?" Il faut écouter les experts quand ils vous disent ce qu'il ne faut pas faire, mais être bien prudent s'agissant de leurs recommandations. Et enfin, l'élève, les parents d'élèves et le chef d'établissement, bref les acteurs de terrain ne sont-ils pas les mieux placés pour juger de la pédagogie, de son efficacité, non pas en terme de résultats au bac mais de progression, d'acquisition d'une discipline? Le service public acceptera-t-il de satisfaire ses utilisateurs qui sont des clients et non des usagers, d'être évalué par eux? On n'est jamais jugé équitablement par ses pairs, la vie l'apprend à chacun. Une grande réforme des mentalités est nécessaire pour que s'estompent les corporatismes. Mais pour réformer, il faut être deux, convaincre, dialoguer avec la base, pas seulement avec un syndicat. La vérité ne vient pas du haut, ni du bas. C'est un chemin des uns vers les autres.

Diversification à Sciences Po

Le directeur de l'institut des Sciences Politiques de Paris est un homme très progressiste et qui tient à l'afficher. En poste depuis 15 ans, il a internationalisé son établissement (40% d'étrangers), accru les promotions (près de 6000 élèves en 2003), puis développé la discrimination positive en favorisant l'entrée d'élèves venant de "zone d'éducation prioritaire" (ZEP) par une procédure d'admission ad hoc, sur dossier puis sur entretien. La part d'enfants d'ouvriers et d'employés a ainsi quadruplé à Sciences Po, passant de 3 à 12%, mais reste encore loin du taux à l'université, d'environ 30%. Aussi, vient-il de modifier aujourd'hui l'examen d'entrée pour mieux "diversifier son recrutement": sélection sur dossier, davantage d'oraux et la suppression de l'épreuve de culture générale. Il s'agit désormais de miser sur la personnalité des étudiants, "Nous ne recrutons pas des copies, nous recrutons des individualités". Magnifique envolée qui rappelle Saint Just et le retour à l'arbitraire. La substitution progressive de l'épreuve écrite par l'oral amplifie le pouvoir discrétionnaire, et par cet artifice, tout objectif de diversification pourra être atteint sans justification ni contestation. Mais la suppression de l'épreuve de culture générale heurte les anciens de cette école, et de beaucoup d'autres. Dévaloriser l'examen d'entrée est l'amorce d'une dévalorisation du diplôme de sortie, ce qui n'est pas alarmant puisque ce diplôme doit être complété par la suite d'un diplôme d'une autre école plus spécialisée. Mais la culture générale!!! surtout quand l'objectif est de "délivrer une formation fondamentale et de transmettre des savoirs dans une perspec- tive pluridisciplinaire, internationale, orientée vers l’action et la prise de responsabilités".
Le directeur de cette institution prestigieuse a-t-il peur de ne plus pouvoir recruter selon les anciens critères les candidats qu'il recherche, ou s'efforce-t-il de s'adapter à une jeunesse à qui l'on a plus appris à voir, à sentir, à exprimer qu'à écrire, à approfondir, à s'approprier? Laissons le à son problème, mais n'acceptons pas les propos qui circulent dans les couloirs de la direction: "la culture générale nous semble l'épreuve la moins utile. Qui peut prétendre en avoir une à l'âge de 17 ans"? 
La même école, qui proposait l'an dernier un sujet aussi déconcertant que "l'esprit juste", supprime tout à coup cette épreuve au lieu de proposer des sujets moins indigestes. Quant à la culture générale, il n'est pas besoin de citer Charles De Gaulle: "La véritable école du Commandement est la culture générale... Au fond des victoires d'Alexandre on retrouve toujours Aristote". Alexandre déjà grand à 20 ans! Comment une école qui a la prétention de former des cadres supérieurs peut-elle nier la culture générale de ses élèves de 17-18 ans à ce point?
Si ces dirigeants avaient relu "le fil de l'épée" du même De Gaulle, ils sauraient que la seule loi de l'enseignement est de favoriser le développement des personnalités en exerçant avec méthode la réflexion, le jugement, la faculté de décision. Que les grands chefs se reconnaissent à l'instinct, à la capacité de synthèse, synthèse qui n'est féconde qu’accompagnée du retour sur soi. A l'opposé de ces recommandations gaulliennes, le projet éducatif de Sciences Po "repose sur le travail en équipe et le développement des aptitudes à l’expression publique, qu’elle soit écrite, orale..." ?
"Tous les grands hommes d’action furent des méditatifs. Tous possédaient, au plus haut degré, la faculté de se replier sur eux-mêmes, de délibérer au-dedans", et ce travail sur soi passe par la lecture et l'écriture, que l'école doit encourager et non négliger. Entre le moderne et l'universel, l'expression ou la communication, l'égalité ou la discrimination positive, l'enseignement de masse ou l'élitisme, il semblerait que "Sciences po" ait choisi.
 De toute façon, les futurs diplômés devront tout apprendre dès leur premier emploi.

Vent de Noroît

Pour une fois, l'Assemblée Nationale semblait unie pour réaffirmer la position abolitionniste de la France en matière de prostitution, proclamée depuis 50 ans. Condamner la violence faite aux femmes n'est jamais inutile, qu'elle soit ou non consentie, et le harcèlement moral peut être plus destructeur que le harcèlement physique. Mais nos rapporteurs députés ne se sont pas grandis en déclarant que "non, la prostitution n'est pas le plus vieux métier du monde", et surtout nous ont étonné en déposant une proposition de loi sur la pénalisation des clients, instaurée depuis 1999 en Suède. La peine encourue serait de deux mois d'emprisonnement et 3.750 euros d'amende, même montant pour le consommateur de cannabis que pour celui d'une femme, ou d'un homme. Le projet de loi est à l'étude mais le décret d'application ne sera pas si simple. Un client ne peut être puni dès qu'il embarque une prostituée, car ce serait punir l'intention et non le délit. Le client interrompu dans cet acte, abominable car tarifé, méritera-t-il la même sanction que celui qui a voluptueusement consommé? Les adeptes de ce sport en voiture, les amants débordant de pulsions seront-ils poursuivis? A moins que ce ne soit pas l'acte in naturalibus qui ne soit condamnable mais la marchandisation du corps, soit le paiement. Dans ce cas, faudra-t-il attendre le paiement pour verbaliser? Les filles de joie mettront-elles en péril leurs amants de cœur, soupçonnés de toute évidence de lubriques addictions? Encore un marché juteux pour la corporation des avocats car l'application de la loi sera des plus complexes. Prenons le cas de DSK, qui est contre la prostitution et qui n'a jamais payé, comme tout haut fonctionnaire français. Devra-t-on inculper Dodo-la Saumure qui n'est pas le consommateur final? Si nous commençons à punir les intermédiaires, c'est la mort de la société de services. Trêve de plaisanterie, la loi sera difficile à promulguer et l'odeur de prostitution se répandrait partout. Que penser des pensions démesurées qu'obtiennent les épouses d'acteurs ou célébrités pour quelques années de mariage? Il y a là une reconnaissance officielle de la relation tarifée, qui nous vient du noroît. La Suède est très à la mode chez nos députés latins, qui ne sera que passagère. Pour exemple, souvenons-nous de nos premiers ministres et de leur sincère attirance pour des régimes voisins, Pierre Mauroy pour l'Autriche, Michel Rocard pour la Yougoslavie, qui ne durèrent que ce que durent les roses.
Ce vent de noroît est un vent puritain et anglo-saxon qui ne correspond aucunement à notre culture, à notre essence. Rappelons que la Suède est un pays de la taille de la France peuplé de 9 millions d'habitants, riche de son bois, de son fer, de son hydroélectricité et connue de ses artistes, Bergman, ABBA... Ibsen, du temps où la Norvège n'avait pas son indépendance, se révolta contre le traitement que l'homme faisait subir à la femme, et de nos jours, les formidables romanciers Stieg Larsson et Henning Mankell ne décrivent pas un univers où la femme est respectée comme la loi suédoise le laisse apparaître. Plus personne ne se souvient de la neutralité de la Suède pendant les deux guerres mondiales, ce qui ne l'empêchait pas de vendre son minerai de fer aux nazis. L'aisance financière qu'elle en retira lui permit de bâtir un État providence très envié par nos socialistes. De là à devenir puritain! Qui ne sait que la prostitution est autorisée sur les bateaux suédois dès qu'ils sont à 12 miles des côtes? Tout comme en Malaisie, régime musulman intégriste où les relations sexuelles avant le mariage sont pourchassées et interdites, et où les bateaux de croisière quittent le port de George Town dès le soir pour une nuit de jeux, d'alcool et de prostitution. Les Gréco-latins refuseront cette hypocrisie saxonne et ce vent de noroît, malgré la faiblesse de leur économie. Que nos députés ne l'oublient pas, et qu'ils relisent le banquet de Xénophon, ou celui de Platon!

Oeuvre sociale et magouille

Une ordonnance de 1945 institua "un comité d'entreprise qui coopère avec la direction à l'amélioration des conditions de travail et assure la gestion des œuvres sociales". Ces comités trouvaient leurs origines dans les comités mixtes à la production fonctionnant aux États-Unis et en Grande-Bretagne principalement. Avec le temps, le comité s'est affirmé comme l'instance centrale de représentation du personnel, le lien essentiel entre la direction et le personnel dans la gestion sociale et économique de l'entreprise, au quotidien ou dans toute négociation collective. Mais la spécificité, l'exception française provient de la gestion des œuvres sociales, dont le but louable dans une période de guerre est devenu un objet de scandale, une indignité. Crées le 4 octobre 1941 par la Charte du travail, les comités sociaux d'entreprise n'étaient qu'un dispositif mineur de cette Charte que le gouvernement de Vichy instituait pour mieux contrôler les corporations, fixer prix et salaires, en échange de la suppression des syndicats. Ces comités allaient connaître un succès considérable dans la période de pénurie liée à la guerre et à l'après-guerre, et surtout constituaient un moyen occulte d'augmenter les rémunérations en période de fixation autoritaire des salaires par l'État. Aussi furent-ils pérennisés à la Libération quand la Charte fût abolie et introduits dans l'ordonnance de 1945. C'est le côté occulte qui subsistera. Avec le temps et l'amélioration des conditions de vie, le budget destiné aux œuvres sociales et culturelles sera détourné vers les organisations syndicales. Le dernier rapport de la Cour des comptes  est accablant pour le comité d'entreprise (CE) de la RATP. Il révèle que 13% seulement des employés profitent de ces subventions et dénonce un "système de fuite de fonds". La "gestion défaillante" et de nombreuses irrégularités sont régulièrement dénoncées mais la Justice ferme les yeux, au prétexte que les preuves ne sont pas suffisamment établies. Le rapport Perruchot qui vient d'être présenté à l'Assemblée Nationale, sur "la représentativité et le financement des syndicats", ne sera ni adopté ni publié: trois milliards d’€ par an avec seulement 8% d’adhérents, des comptes opaques... Embarrassant à gauche comme à droite, pour les syndicats comme pour le patronat, donc c'est l'omerta. Une autre exception française.
Les chiffres peuvent en effet faire tourner la tête. Si la loi de 1982 exige de verser un minimum de 0,2% de la masse salariale au comité d'entreprise, les compagnies publiques sont bien au-delà. Est-ce parce qu'elles ont été dirigées par des "politiques" et non des industriels, qui étaient prêts à tout pour "acheter la paix sociale"? Cela n'a pas échappé aux centrales syndicales qui ont su en tirer profit: le CE de France Télécom reçoit de l'entreprise 3,7% de la masse salariale, soit 160 M€, celui de Air France 3,1% soit 93 M€, celui de la SNCF 1,72% soit 92 M€, celui de la RATP 2,81% soit 83 M€ (source Le Figaro). La caisse centrale d'activités sociales d'EDF gère un budget colossal de 470 millions d'euros, financé par un prélèvement de 1 % sur des ventes de gaz et d'électricité (source Le Monde) et emploie 4000 personnes. Qui peut comprendre que cette caisse soit en déficit de 70 millions en 2010, comme chaque année, ainsi que celle d'Air France, France Télécom, et que toutes ces gestions soient opaques, tout comme celle de l'UIMM, syndicat patronal de la métallurgie assis sur une trésorerie de 500 M€. N'oublions pas que les organisations syndicales et patronales se partagent également, depuis plus de soixante ans, le gros gâteau du paritarisme. Elles gèrent le circuit de la formation professionnelle en France (un pactole de 6,3 milliards) et le «1% logement».
La France serait-elle le pays des enveloppes, où tout le monde achète tout le monde? Sinon, pourquoi cette omerta? Il a fallu attendre 2001 et le gouvernement Jospin pour réformer les fonds spéciaux, cette manne d'environ 60 M€ par an qui servait en grande partie à financer les services secrets, mais permettait aussi aux ministres de rémunérer leurs collaborateurs dans les cabinets et d’augmenter leur propre traitement. Le tout dans la plus grande opacité, du liquide dans des enveloppes. Il faudra alors augmenter le salaire des ministres de 7800 à 13300 € par mois pour compenser le manque à gagner. Cette augmentation fit beaucoup moins de bruit que celle du Président.
On a connu une Justice plus prompte à enquêter sur les enveloppes que le ministre Woerth allait quérir chez Liliane Bettencourt, et il ne s'agissait que de 50 000€ qui ont nourri la presse pendant des mois. Le journal Médiapart était prompt à dénoncer l'avion "bling-bling one" du président, alors que le CE d'EDF pourrait s'en acheter trois par an avec ses subventions. Dans cette époque de misérabilisme affiché, où certains demandent la baisse des rémunérations des dirigeants politiques, ne pourrait-on réduire ces subventions pour réduire les prix de vente des services publics et cesser d'entretenir des mafias avec de l'argent souterrain? Personne n'ose. Du bout des lèvres, la ministre demande la certification des comptes des CE, qui ont près de 70 ans d'existence...
Quand la France, de gauche ou de droite, décidera-t-elle de sortir de l'hypocrisie et de la magouille?

Education moderne

A Toulouse, le conseil des maîtres d'une école élémentaire vient d'instaurer "un carré d'isolement" pour les élèves perturbateurs. Les élèves punis doivent rester dans ce carré de 2 mètres de coté pendant les récréations, sans parler ni échanger avec les autres élèves. Deux élèves du primaire jugés trop turbulents et "instables" ont été punis de trois jours de ce fameux carré. La mère d'un élève puni a considéré la punition "humiliante" et "disproportionnée". Elle a retiré de l'école pour trois jours son fils, qu'elle sait "gentil et fragile". A une époque pas si lointaine, l'enfant était au piquet, un carré de 20 centimètres de coté, et les parents doublaient la punition à la maison. Le syndicat gauchiste des parents d'élèves (FCPE) a soutenu la mère: "c'est une punition qui est très vexante et n'apporte rien du tout sur le plan éducatif". S'ils le disent, ce doit être vrai...
En Bretagne, Julien, 8 ans, vient d'être exclu pour trois semaines de l'école. "Je dis des gros mots, je tape, je crache" dit-il résolument au journaliste. Sa mère s'insurge: on ne peut se contenter "d’éjecter un enfant, au prétexte qu’il ne rentre plus dans le moule". "Il n’a plus de repère le matin pour se lever : il doit aller à l’école", rajoute-t-elle, car sans école, elle n'a aucune raison de le contraindre à se lever...
Encore ces jours-ci, en Bretagne près de Brest, une école publique maternelle et élémentaire de 215 élèves vient de publier un règlement: "les élèves ne sont pas autorisés à: venir maquillés à l'école (hors carnaval), porter des talons, des jupes ou shorts courts (mi-cuisses), des chaussures de plage..." Ce règlement contre les vêtements jugés indécents ou dangereux pour les enfants du primaire a été voté à l'unanimité par le conseil d'école, qui souhaite que les enfants restent des enfants, et que les petites filles de CM2 cessent de se déguiser en femmes. Mais voilà! Vanessa, mère de quatre filles, dont deux dans l'école, a été choquée: "c'est du sexisme, une atteinte à la liberté des femmes". L'inspection académique du Finistère, saisie du dossier, a entendu le mécontentement de la mère, et demandé que le règlement de l'école soit revu et moins détaillé. 
Que la mère protège son enfant, le fruit de sa chair, semble naturel. Même la maman d'Hitler aimait son fils et le trouvait très gentil. Mais dans ces trois cas récents, relevés au hasard, le refus de la contrainte est notoire, la protection excessive, et la surprise vient du fait qu'il y ait toujours une association, un groupe, une inspection pour être à l'écoute d'une récrimination. Les cas extrêmes de la courbe de Gauss sont toujours médiatiques et mobilisateurs, ce qui reste une injustice. Le philosophe Alain rappelait que ce sont toujours les méchants qui gagnent, dans la mesure où ils nécessitent beaucoup plus d'attentions et d'égards. Mais il rappelait aussi que la vertu est le pouvoir de soi sur soi. Et ce pouvoir sur soi ne peut se constituer que par la contrainte de soi sur soi, et lorsqu'on est enfant, du maître ou des parents sur soi. Imaginer éduquer sur base de préventif sans punitif est chimérique. 
Cette démission devant les enfants "turbulents" est paradoxale dans une époque où les valeurs de  vivre ensemble, de solidarité, de partage, de justice, n'ont jamais autant été glorifiées (voir sondages). Certes la peur des règlements, lobbies et hommes de lois a incliné au laxisme mais surtout le fameux "nul n'est méchant volontairement" de Socrate a bien mal été interprété. Relisons Alain: "le méchant n’est pas celui qui se trompe, c’est celui qui se laisse emporter, celui qui s’abandonne au lieu de se conduire, celui, autrement dit, qui échoue à vouloir". En attendant, ce sont les adultes qui échouent à vouloir éduquer.

Pretium doloris

Le pretium doloris peut se dire autrement, en terme non juridique: le prix de la douleur. Le fait générateur de la douleur peut être une erreur chirurgicale, un accident, et la victime est en droit de demander au tribunal l'indemnisation du préjudice subi. Ce qui vient d'être accordé à une mère de deux enfants, mariée depuis plus de vingt ans est d'un autre ordre. L'article 1382 du code civil étend le champ d'application et confirme: "tout fait quelconque de l'homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer". Ainsi, la cour d'appel d'Aix en Provence vient de condamner un père de famille à 10.000 € de dommages et intérêts pour "absence de relations sexuelles pendant plusieurs années". L'époux "conteste l'absence de relations sexuelles, considérant qu'elles se sont simplement espacées au fil du temps" et invoque des raisons professionnelles et de santé. Cette sanction est-elle une conséquence de la féminisation de la justice? Doit-on rappeler que le devoir conjugal est aboli depuis 1990 en France, que le viol conjugal est condamnable depuis 1992, et que le droit ne peut légiférer sur la sexualité des couples. Et pourtant, la Justice vient de plonger sous les couvertures, alors qu'il était d'usage qu'elle s'arrête à la porte de la chambre à coucher. Qu'en aurait-il été en d'autres temps?
Sous son chêne, le bon Roi Saint Louis aurait peut-être exigé que la plaignante reçoive dans l'heure un acompte de son dû. La plénitude alors retrouvée, l'âme et le corps en paix, ils auraient déclamé l'épitre de Saint Paul aux Corinthiens: "l'amour pardonne tout, il espère tout, il supporte tout".
Spinoza aurait recommandé à l'épouse de ne pas attendre vingt ans pour quitter son mari, au nom de son premier principe: une seule substance pour tous les attributs. Il fut le premier à affirmer que le corps avait autant d'importance que l'âme, qu'un attribut du corps était un exprimé de l'âme, et que l'agencement âme-corps aimait (retour à la case Saint Paul) ou n'aimait pas, avec ses conséquences. Son âme ne pouvait avoir la conscience de l'amour si le corps ne l'éprouvait pas. Elle était responsable de sa tristesse, qui ne s'indemnise pas, de sa castration. Ce n'est pas facile d'être un homme libre, fuir les affects négatifs, les lamentations, les longues plaintes de la vie, organiser les rencontres, rechercher des affects de joie pour augmenter la puissance d'être. 
Mais l'usage abusif de l'article 1382 du code civil a de quoi étonner. Le mal qui est fait ne s'efface pas, tout dommage ne s'évalue pas, ne se chiffre pas, ne s'indemnise pas, ne se répare pas. Pour cette raison, une religion a prôné le pardon, et la sagesse de l'homme l'oubli. Demander réparation aux tribunaux, c'est une façon légale de réclamer vengeance, qui noircit l'âme. L'excès de recours aux tribunaux, de dépôts de plainte au nom de la réparation n'est pas signe d'une société apaisée, détentrice des valeurs qu'elle prétend. Dans une société qui a longtemps refusé la loi du marché, mais de plus en plus dirigée, contrôlée par la Justice et les avocats, se crée insidieusement un marché du dommage, un registre du pretium doloris.
La grandeur d'une vie, c'est de persévérer, persévérer dans l'être. "Si tu peux rencontrer triomphe après défaite, et recevoir ces deux menteurs d'un même front... tu seras un homme, mon fils".
Reviens, Rudyard Kipling, reviens, ils sont devenus fous!

La facture de l'hôpital


Les négociations entre les syndicats de médecins et le ministère de la Santé s'enlisent, compromettant le fonctionnement des hôpitaux français dans un futur proche. Mais il est difficile de comprendre la situation, tant les chiffres avancés par la presse sont imprécis, voire faux. Pour comprendre la situation des heures supplémentaires mises depuis dix ans dans un panier appelé RTT, récupération du temps de travail, il faut revenir à l'origine.
La loi sur les 35 heures, imaginée par Dominique Strauss-Kahn et appliquée par Martine Aubry ne concernait pas la fonction publique. L'État, les collectivités territoriales et les hôpitaux n'avaient pas de problème d'emploi. Les 35 heures étaient destinées au privé, pas au public. Malheureusement la "dame des 35 heures", cédant aux syndicats, en décida autrement. Pour les hôpitaux, ce fut la catastrophe. Il fallut embaucher plus de 35 000 personnes, accepter le stockage des RTT et recourir à l'intérim pour éviter de graves dysfonctionnements. En 2008, le gouvernement monétisa 30% des RTT, puis la crise contraignit les hôpitaux de réduire la voilure. La cagnotte de RTT ne cessa de grossir, et dix ans après la mise en place des 35 heures, les personnels demandent l'application de la loi: soit ils prennent leurs deux millions de RTT avant la fin de l'année et les hôpitaux publics cessent de fonctionner, soit le ministère accepte de payer les heures supplémentaires. Sachant que des hôpitaux publics ont eu un déficit de 460  millions d'euros en 2010, le gouvernement esquive en période de rigueur, et les médecins se raidissent. 
Si les faits sont clairs, il n'en va pas de même pour les chiffres. Les Français sont connus pour leur faiblesse en économie, et la loi des 35 heures le prouve. Décréter une loi que l'on n'a pas les moyens d'appliquer en est la première preuve. Mais l'actualité est pire. On lit "à eux seuls les 41 000 médecins représentent la moitié des RTT accumulés par les 411 000 salariés des 1 300 hôpitaux publics français. Chaque médecin a stocké en moyenne environ six mois de RTT" (Le Monde, l'Express). Si 41000 médecins ont 1 million de jours à récupérer, la simple division donne moins de 25 jours par médecin, et non pas six mois. Et les 370 000 personnels restants se partagent le million de jours restants, soit trois jours par personnel, ce qui ne doit pas entraîner l'énorme dysfonctionnement annoncé.
Le journal Le Point cite les propos du Docteur François Aubart, président de la Coordination Médicale Hospitalière: "à raison de 300 euros par journée de RTT par médecin, cela représente un total de plus de 600 millions". On comprend alors que les deux millions de jours de RTT ne sont assignés qu'aux médecins. Mais le négociateur, en fixant à 300 € la journée de travail, met la barre un peu haut. Les médecins du service hospitalier sont loin de gagner 6000 € par mois. C'est bien regrettable car ils le méritent, et s'ils étaient payés à leur valeur, ils cesseraient de chipoter, ne compteraient pas leurs heures tout comme les cadres supérieurs, en reconnaissance des nombreuses années d'études payées par l'État.
Le journal Le Point du même jour rajoute: "un peu moins de deux autres millions de RTT ont été accumulés par d'autres catégories de salariés des hôpitaux, notamment des directeurs et des cadres"... Donc, le total des jours de RTT atteindrait 4 millions. Merci messieurs les journalistes de nous donner une information fiable, variant de un à quatre millions. Syndrome de Fukushima? 
On ne saura pas le nombre de jours de RTT des médecins, ni des infirmières, ni des personnels administratifs, car personne ne sait compter ni dans les hôpitaux, ni au ministère (se rappeler la commande fabuleuse de vaccins H1N1), ni chez les journalistes. Mais on retiendra la dramaturgie et l'exploitation politicienne, des uns comme des autres. Il faut mieux payer les personnels et arrêter de compter les heures par semaine. L'efficacité des personnels se mesure aux nombres d'heures par an. Compter moins, c'est s'exposer moins à mal compter.

La deuxième chance

Paix à son âme, pauvre Agnès, pauvre martyre de l'irresponsabilité collective, du conservatisme, masqués derrière les concepts de respect, de deuxième chance. Comment, à cette occasion, ne pas porter un regard sur notre société et ne pas rappeler les prises de position ou propos de responsables influents, dont le discernement mérite d'être étrillé, à l'aune de ce drame? Commençons par le collège de la seconde chance. L'engagement politique de la direction dans les années 40 ne grandit pas le collège mais seulement les hommes qui se sont opposés au régime nazi, risquant leur vie pour cacher des "anciens testaments" (nom de code des Israélites) ou des Américains recherchés par la Wehrmarcht. Les murs seuls se souviennent, si l'on peut dire de ce lycée ouvert sur un parc de 16 hectares, sans murs ni clôtures, illustration des valeurs de liberté, d'humanisme et de tolérance. Tant de concepts trop riches pour les dirigeants actuels, préoccupés de remplir leurs classes et les caisses d'un établissement aux principes démodés, qui se dépeuple, dont le niveau scolaire est bien inférieur à la moyenne française, et dont la "pédagogie alternative" n'est que l'euphémisme de "organisation bordélique". Que penser d'un directeur de lycée qui accepte l'admission d'un nouvel élève sans demander la moindre information, alors que les parents lui écrivent que "leur fils est en détention provisoire pour des faits graves qui les stupéfient eux-mêmes... et qu'ils se tiennent à la disposition du chef d'établissement pour dialoguer avec lui". Encore un qui n'est pas à la hauteur de ses responsabilités, et qui se cachera derrière des lois, des respects de vie privées...
Que penser d'autre part d'une Justice qui fait faire quatre mois de détention préventive à un violeur avéré, mais qui le relâche en attendant de le juger? De quel droit une détention préventive s'il est présumé innocent? Et s'il est reconnu coupable, preuves en main, aveux confirmés, pourquoi retarder le jugement? Le concept de justice expéditive a toujours effrayé les magistrats, et surtout les avocats. On en arriverait à penser qu'il y a quelque intérêt à faire durer les affaires!
N'oublions pas de faire un détour du côté des psychiatres et des psychologues qui assurent les suivis judiciaires et qui avaient déclaré l'assassin "pas dangereux" et "réinsérable". Certes, la psychiatrie n'est pas une science exacte, nous rabâche-t-on de puis quelques jours, mais elle était intouchable quand il s'agissait de déclarer irresponsable, en application de l’article 122-1 du code pénal, toute personne sous l’emprise de troubles mentaux au moment des faits (coups, blessures ou homicide). Et quand le Président Sarkozy avait souhaité en 2007 que les procès aient lieu, quand bien même l'auteur d'un crime aurait été déclaré pénalement irresponsable, nous avons entendu les cris d'orfraie de toute une communauté. Et ce n'était rien comparé aux propos excessifs proférés à l'occasion de nouvelles dispositions de la justice des mineurs votées cet été, qui se résument à la réduction des délais de jugement, et la création d'un tribunal correctionnel pour mineurs de 16 à 18 ans. Cette dernière mesure aurait été bien utile et pourtant nous avons pu lire ces outrances: réforme de la justice: les mineurs au pilori (site NPA), non à une réforme dangereuse et expéditive (site Unicef), la France au ban des Nations (soutenu par Unicef, Médiapart). "On est en train de préparer quelque chose qui ressemble à de la barbarie", (Catherine Dolto), ajoutant : "C'est une régression fantastique,  je ne pensais pas voir ça de mon vivant...", un juge dépecé, une justice démantelé, dit le président du tribunal pour enfants de Bobigny, Jean Pierre Rosenczweig, soutenu fermement par l'ex-ministre Pierre Joxe.
Cette défense des juges pour enfants pour conserver leur fromage apparaît aujourd'hui ridicule. Vont-ils se relire, tous ces grands spécialistes recroquevillés sur leurs prébendes, malades de leurs conservatismes ou idéologues déconnectés du monde qui change trop vite pour eux? Quand voudront-ils se pencher sur l'intérêt de tous les citoyens et cesser de voir midi à la porte de leur corporation? François Hollande et le PS avaient voté contre les centres fermés pour mineurs, au coeur de la réforme du Premier ministre. Aujourd'hui, André Vallini conseiller juridique de François Hollande, déclare: «nous avons peut-être eu tort de nous opposer à la création de centres éducatifs fermés, vient-il de répéter. On peut faire amende honorable.» Eux aussi demandent une deuxième chance.

L'honneur d'un soldat et de Kassovitz

Au lendemain du 11 novembre, où le Président Sarkozy voulait honorer tous les militaires morts pour la France dans quelque conflit que ce fut, un légionnaire vient de  tomber sous le feu d'un insurgé dissimulé dans la foule afghane. Quelques jours après la cérémonie où étaient à l'honneur les familles des 24 soldats morts pour la France depuis un an en Afghanistan, le deuil du 76e soldat dans cette guerre frappe encore la Nation. "Je veux leur dire aujourd'hui que la Nation ne les oublie pas et qu'elle leur exprime sa gratitude" soulignait le Président dans ce même discours, et il poursuivait "c'est l'honneur d'un grand peuple de respecter ses soldats et d'honorer ceux qui sont morts pour le défendre".
Ce n'est pas la conception de l'honneur de Kassovitz qui préfère honorer la mémoire des indépendantistes Kanaks morts dans la grotte d'Ouvéa plutôt que celles de leurs victimes gendarmes. Kassovitz a suffisamment exprimé son point de vue partisan sur la toile pour qu'on hésite à voir son film. Après les violences policières dans son film "La Haine", après ses doutes sur la version officielle du 11 septembre, maintenant les violences militaires dans son film "L'ordre et la Morale" avec en toile de fond la repentance. La France ne respectait pas l'âme Kanak, du moins celle des indépendantistes minoritaires: d'où une attaque de gendarmerie et quatre morts dont un à la machette et vingt sept otages séparés en deux groupes. Le premier groupe rendra les otages trois jours après, mais le deuxième refusera de négocier pendant treize jours, lâché par les leaders du FLNKS qui refusaient d'assumer la mort de quatre gendarmes. Le patron du GIGN cherchera à négocier mais sans succès. Il reconnait dans son livre-mémoire, page 19: "Pendant la phase de l'assaut, j'ai eu des absences dangereuses... Je ne pouvais plus fixer mon attention. J'étais incapable de projeter une idée ou d'anticiper une action". Il ne conduira pas l'assaut qui sera confié au sous-officier Michel Lefèvre, puis sera mis au ban par ses subordonnés: "Depuis le début, il habille son échec avec une posture morale" : voilà ce que disent de nombreux anciens, qui ne digèrent pas la façon dont il présente les choses (Marianne2). C'est pourtant cette version que filmera Kassovitz, celle de l'humaniste qui ne voulait pas faire couler le sang, mais les méchants politiciens ne pensaient qu'à leurs élections et les vilains militaires ne pensaient qu'à faire des exactions, sans oublier la corvée de bois (petit rappel de l'Algérie, mais côté France, pas côté FLN). Plus le mensonge est gros.. disait Goebbels.
Dans un roman, tout peut être écrit, pas dans un livre historique. Il y a des journaux d'opinion et des journaux d'information, et les premiers peuvent tricher avec la vérité, masquer certains aspects, du moment que l'on connait leurs penchants. Kassovitz peut faire le film qui fait du bien à sa conscience, et il trouvera toujours un public heureux de partager ses convictions. Mais le public de son film doit être averti que sa version est romancée, et il doit veiller à ne pas travestir la vérité si sa version blesse les témoins et surtout les survivants. Il y a eu beaucoup de morts, de morts violentes, on ne badine pas avec la mort.
L'ancien Premier ministre Rocard approuve la thèse du film, lui qui, quelques jours après l'assaut, remplaça le Premier ministre Chirac. C'est classique, changement de gouvernement, tout ce qui était fait avant était nul, c'était le chaos et j'ai tout remis en place. Ce procédé est aussi connu en politique que dans l'industrie. Et pourtant son ministre de la Défense, JP Chevènement relève au terme d'une enquête « qu'aucun élément de l’enquête ne fait apparaître qu'il y a eu des exécutions sommaires ».

Les indépendantistes ont contesté le référendum sur l'indépendance du 13 septembre 1987: "Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à l’indépendance ou demeure au sein de la République française?" Le résultat fut clair: 59 % de participation et 98,3 % en faveur de la France.
Si les amis marxisants de Kassovitz considèrent que la présence de blancs en Nouvelle Calédonie tue l'âme Kanak, que ce référendum n'avait aucune valeur, qu'il fut normal que quelques agités Kanaks fussent pris d'une fièvre obsidionale. Si ces îles appartiennent aux Kanaks de souche, pourquoi la France n'appartiendrait-elle pas aux Français de souche? Les extrêmes finissent toujours par se rejoindre. La terre appartient à tous et chacun a le droit de vivre où bon lui semble, s'il respecte l'ordre et la morale. Kassovitz confond l'éthique et la morale, et s'agissant de l'ordre: "l'ordre est le plaisir de la raison: mais le désordre est le délice de l'imagination", disait Claudel. Ah, ces saltimbanques!

Entendu ici et là

Le retour en Europe est toujours un bonheur, quand il s'agit de recouvrer la liberté de penser et l'art de vivre. Mais ces libertés ont des boulets si leurs propriétaires n'ont pas d'élévation d'âme. L'écoute des médias télévisuels ont gâté en peu de jours le plaisir du retour. 
Hier soir, France 2 publiait un scoop: 50% des arrêts de travail sont liés au stress. Vous pouvez dès lors tricher avec la sécurité sociale, il suffit de dire que c'est le stress. Merveilleux travail d'information!
Ce matin, l'écologiste Duflot nous rappelait la dangerosité du nucléaire, prouvée par la catastrophe de Fukushima. Plus personne ne pourra vivre dans l'environnement de la centrale in secula seculorum. Sait-elle qu'Hiroshima est une ville de plus d'un million d'habitants, Nagasaki de plus de 450 000? La liberté d'expression de ces irresponsables l'autorise à traiter le PDG d'EDF de menteur, d'exiger la fermeture de centrales en échange de sièges de députés et de soutien au PS, de fermer l'EPR de Flamanville qui a déjà coûté 15 millions d'heures de travail. A l'époque où une augmentation d'un repas de 28 centimes est perçue comme une mesure injuste qui tue la relance, jeter 3 milliards d'euros???
A entendre les propos de nos politiciens, dont pas un n'a eu une responsabilité économique, les mesurettes qu'ils prennent pour effacer une dette de 1600 milliards qui enfle chaque jour, les cris d'orfraie de l'opposition structurée autour d'un programme caduc, comment croire que l'Europe fût une terre de culture?
Une fillette vient d'être violentée puis assassinée par un malade de 25 ans, pourtant père de trois enfants dont un de deux mois. Il ne se souvenait plus de ce qu'il avait fait, sous l'emprise de drogue et d'alcool. Cet alibi est plus solide que le stress, quoique! Il vient de tenter de se suicider, ce qui aurait soulagé la famille de la victime tout autant que la sienne: comment vont grandir ses enfants avec un tel père? Son avocat a noté que cet acte révélait un certain sens moral. On a quelque fois envie de détester les avocats, quand ils jouent aux pharisiens. Ont-ils conscience de la teneur de leurs propos?
Le révolutionnaire Carlos est jugé, 28 ans après ses premiers attentats et meurtres. Le procès durera six semaines, un lourd travail d'enquête, puis un grand théâtre inutile imposé par notre Justice pour ce barbare au faible niveau de conscience. Badinter peut dormir tranquille, lui qui a aussi bien défendu l'abolition de la peine de mort que son coreligionnaire DSK. Notre ami Carlos peut pendant six semaines se moquer de ses juges et de ses victimes. Vive l'Europe! On rêverait pourtant qu'il soit libéré et qu'il meure en pleine rue, une balle entre les deux yeux, victime d'un soldat inconnu révolté, victime du stress, ou de la drogue. Il ne mérite pas une autre mort que celle de Kadhafi. 
Le 11 novembre sera désormais la journée de tous les morts pour la France. Le Président a bien raison, il faut honorer ceux à qui on a pris la vie, ou qui l'ont donné pour quelque chose de plus grand qui les dépassait, et qui n'est que la génération d'après, et puis les autres. Et avec ces générations, une autre façon de vivre, des joies et des douleurs, des amours et des solidarités, mais aussi des irrespects, qu'importe, la vie doit l'emporter. Cette journée de communion avec nos aînés morts nous réconcilie même avec Cécile Duflot, c'est dire si le lien national est fort.
Heureusement que Canteloup et Jérôme Commandeur ont droit à quelques minutes d'antenne, ils ont de l'humour et de l'esprit et nous réconcilient avec notre pays. Un pays où on ne rie plus n'est pas un pays où il fait bon vivre. Les journalistes ont abaissé le niveau intellectuel, à force de fréquenter les politiques.

Fête de l'Aïd-el-Kébir

Ce dimanche de l'an 1432 avait lieu la plus grande fête de l'Islam, l'Aïd-el-Kébir, la grande fête, ou l'Aïd-el Adha, fête du sacrifice. Dans la Bible comme dans le Coran, Abraham accepte d'immoler son fils unique comme Dieu le lui ordonne, son fils né par miracle de sa femme trop vieille et ménopausée, Sarah, avant qu'un deuxième ne naisse de la servante Agar. Pour un des livres saints, il s'appelle Isaac et pour l'autre, Ismaël, dont Mahomet sera l'un des descendants, et le conflit de leur descendance n'est toujours pas réglé.  Mais l'important est qu'au moment où Abraham s'apprêtait à égorger son fils, Dieu envoya un ange ordonnant au père d'épargner son fils, lui apprenant que Dieu l'avait mis à l'épreuve, et l'invitant à immoler un bélier à la place. La soumission à Dieu est l'objet de cette fête rituelle, Allah akbar, Dieu est le plus grand, ce qui est forcément vrai par définition. A une époque de politiquement correct où chacun se plait à détruire les idoles, où le Président de la République peut être traité ouvertement de tous les noms d'oiseaux, où Napoléon n'est qu'un vulgaire assassin alors qu'on érige des statues à Lénine, Louis XIV un mauvais roi et Robespierre un fils des Lumières, où Castro, Mao et le Che sont de gentils révolutionnaires et Charlie Hebdo un vulgaire blasphémateur, ne pourrait-on dire son fait d'une telle tradition?
- Tout d'abord, rappelons la loi européenne sur le bien être des animaux exigeant que l'animal soit étourdi avant d'être saigné ou abattu. En ce jour d'holocauste pour les moutons, cette loi est bafouée en France dans l'indifférence générale des autorités.
- La perpétuation d'un tel sacrifice au XXI° siècle reste un mystère, à l'époque où le souci de la nature, le respect de la planète et de la biodiversité sont le nouveau paradigme irréfutable. Que les moutons soient tués ce jour-là ou un autre n'est pas l'objet du débat, qu'un repas rapproche la communauté et maintienne la convivialité est une bonne tradition. Mais cette tradition de saigner la bête, ce besoin d'égorger, de faire couler le sang à foison est une réminiscence barbare qui ne devrait plus être d'actualité.
- Enfin, que penser de cet imbécile d'Ibrahim qui est prêt à tuer son fils parce que Dieu le lui aurait demandé? Les mêmes voix qu'entendirent Jeanne d'Arc, ou Bernadette Soubirous? Abraham, le petit père des peuples, bien avant Staline, qui épouse sa demi-sœur et avec qui Dieu fit alliance: "je vous ai établi pour être le père d’une multitude de nations. Je ferai croître votre race à l’infini" (Genèse). Abraham, le papa de 7 milliards d'humains qui se préparent à croître à l'infini? Que penser d'un Dieu qui teste ainsi l'une de ses créatures, et des livres dits Saints qui relatent des histoires du même ordre que celle de l'ogre et du petit poucet, ou de Dieu qui parle à des vieillards qui ont peut-être la maladie d'Alzheimer, où l'on se tue pour un plat de lentilles? Dire que l'on continue à jurer sur ce livre dans la plus grande démocratie du monde!
Et enfin que penser des foules en extase qui glorifient Ibrahim obéissant inconditionnellement à Dieu ou Allah, si grand et si bon, mais aussi pervers quand il joue avec les hommes? Dès lors, il n'est plus possible de s'étonner que des jeunes gens non instruits se fassent sauter la paillasse pour obéir à Dieu et entraînent avec eux des innocents qui n'ont pas eu la chance d'entendre Sa douce et gentille voix: "si tu M'aimes, tue tous ces infidèles et viens près de Moi, il y a tant de jeunes vierges qui t'enivreront de plaisirs". Le paradis, un vrai déduit, car déjà du temps d'Ibrahim, on ne crachait pas sur la chose: n'a t-il pas eu un enfant à 86 ans avec sa bonne, avec la complicité de sa vieille femme puis six autres avec sa nouvelle femme Cétura avant de mourir à 175 ans? Complicité de la femme pour l'adultère, longévité de l'homme sans égal, là encore, qui ne comprendra que ce soit un homme qui ait écrit le livre saint, cette prétendue histoire d'alliance avec Dieu...

Le PASOK

Le problème grec ne sera pas résolu par la désignation de responsables. Droite et gauche se sont succédées pour participer à un endettement abyssal, mais en cette période pré-électorale en France, il est bon de rappeller quelques vérités. Georges Papandréou, leader du parti socialiste grec (PASOK), petit-fils et fils de Premier ministre, a accédé au pouvoir sur un programme expansionniste modéré: "il y a de l’argent", disait-il, pour la distribution aux plus démunis, ce que répète si souvent M. Mélenchon. Sa stratégie est exposée sur le site La revue socialiste du 5 octobre 2010: changement radical des structures administratives dans la perspective d’un État efficace et "transparent", débarrassé du clientélisme et de la corruption. Une pièce maîtresse dans ce dispositif programmatique fut le thème de "croissance verte". Le "nouveau patriotisme", aux accents cosmopolites et antiracistes, a fait aussi partie du dispositif de la victoire. Trois mois après son accession au pouvoir et par la bouche de son Premier ministre, le gouvernement affirmait encore que la promesse d'augmenter les salaires des fonctionnaires restait valable, que les dépenses pour l'éducation et les investissements publics seraient augmentés et que, bien entendu, "il n'était pas question de recours au FMI" (www.PASOK.gr, 13 janvier 2010). Ne prenant pas la mesure du problème, piégé par son diagnostic initialement erroné de la situation, le PASOK n'a pas vu venir l'orage et a tardé à recourir au mécanisme de sauvetage. Les conquêtes sociales de générations sont en train d’être balayées. La Revue socialiste n'est pas tendre dans ses conclusions: "Le PASOK a largement contribué à la culture du gaspillage, du chaos administratif et du conservatisme. (Les ultimes porte-parole de cette culture du conservatisme sont les syndicats du secteur public, dixit)... A l'intersection de la culture populiste et de la culture "gauche caviar", à l'intersection d'une social-démocratie de gauche et d'une social-démocratie de droite, à l'intersection d'une stratégie nationaliste et d'une stratégie cosmopolite, à l'intersection aussi de la culture underdog et de la culture moderne, il les a toutes servies, il les a aussi toutes trahies".
François Hollande inaugurait ce week end le salon du livre de Brive-la-Gaillarde. Puissent ses amis lui recommander la lecture du site susmentionné, écrit par des amis socialistes! Il y a tant de similitudes entre son parti, son programme et le PASOK, mais il sait que son programme est à revisiter, voire à reconstruire, et c'est notre espoir.
A tous les journalistes qui rappellent que François Hollande était sur ses terres en Corrèze, doit-on rappeler qu'il s'est parachuté à 47 ans sur ces terres. Né à Rouen, il suivra sa famille à Neuilly-sur-Seine lorsqu'il avait quatorze ans. Peut-être sa raison pour ne pas aimer les riches?

7 milliards sur terre

Le monde vient de franchir ce jour le cap des 7 milliards d'habitants, selon les estimations de l'ONU. Le sept milliardième homme est une petite Philippine dénommée Danica, titre revendiqué par d'autres pays mais qu'importe! Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon n'a pas manifesté de joie particulière, plutôt de la gravité: "ce n'est pas une simple affaire de chiffre. C'est une histoire humaine. Sept milliards de personnes ont besoin de nourriture. D'énergie. D'offres intéressantes en matière d'emplois et d'éducation. De droits et de liberté..." Le message qu'il apportera au G20 la semaine prochaine est contrasté: les dirigeants du monde doivent s'attendre à davantage de révoltes. Les médias français (Figaro, Express, Point, Le Monde, TF1...) étaient optimistes et n'ont cessé de diffuser le message de l'INED, l'institut national d'études démographiques, qui affirme contre vents et marées que la population mondiale se stabilisera à 10 milliards d'habitants en 2100. Le Figaro a même publié la courbe jointe, fruit du travail de l'INED qui montre qu'en trichant un peu sur les échelles, tout est possible. Qui peut penser que la pente douce représentée correspond à une croissance de 3 milliards d'habitants en 24 ans, un doublement de la population mondiale en 30 ans, une croissance annuelle de 80 millions? Pour comparaison, rappelons que la terrible guerre mondiale a fait 62 millions de morts en cinq ans. Qui peut croire au concept de "transition démographique", processus théorique qui consiste à réduire le nombre de naissances pour un équilibre de population, quand on sait qu'aujourd'hui 43% des humains ont moins de 25 ans? Les problèmes matériels posés par la surpopulation paraissent insolubles mais ils sont aussi moraux, il s'agit de la vie humaine. Le Pape le rappelait récemment, et ce ne sont pas les polygames musulmans qui le contrediront.  
Le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) a présenté la semaine dernière son rapport annuel sur l'état de la population mondiale en 2011, qui n'est pas aussi optimiste que les média ont bien voulu le dire. Il prévoit une population mondiale de 9,3 milliards d’habitants en 2050 et de plus 10 milliards d’ici la fin de notre siècle, ce scénario étant fondé sur l’hypothèse théorique et hardie d’une baisse progressive des taux de fécondité jusqu'à atteindre 1,8 qui est le taux d'équilibre. Mais il rajoute, et c'est une première, que ce total de 10 milliards "avec une petite variation seulement de la fécondité, en particulier dans les pays les plus peuplés, pourrait être plus grand: la Terre pourrait compter 10,6 milliards d’habitants en 2050 et plus de 15 milliards en 2100". Aucun média n'a voulu commenter cette mauvaise nouvelle, à l'exception du journal  Le Monde dans sa rubrique "planète". C'est en effet une mauvaise nouvelle car l'agriculture devra doubler sa production en 30 ans, et le manque d'eau en sera un obstacle dirimant. Le rapport indique: "le monde devra faire face à un déficit de 40% (d'eau) entre les demandes et les ressources disponibles d'ici 2030", et il rappelle également qu'il faut actuellement dix-huit mois à la Terre pour régénérer les ressources naturelles utilisées en une seule année. La demande de ressources planétaires est supérieure à l'offre renouvelable, provoquant la catastrophe malthusienne. (En 1798, Thomas Malthus remarque que les espèces vivantes tendent à avoir une croissance exponentielle alors que les ressources ne peuvent croître de la même façon. Il en déduit qu'une catastrophe démographique est inévitable à moins d'empêcher la population de croître).
La population mondiale atteindra les dix milliards en 2050 et poursuivra sa croissance, entrainant de profondes mutations et désordres. Pourquoi l'INED, et tous les médias français refusent-ils ce constat  et continuent-ils de se rassurer avec de vieilles hypothèses abracadabrantesques? Ont-ils encore besoin d'une nouvelle ligne Maginot pour vivre sereins et continuer à croire à un monde fraternels de bisounours? Croissez et multipliez-vous est passé de mode. Cette observance biblique nous conduira au chaos.

Libyennes, mes soeurs

Ils se sont battus contre la tyrannie, ou plutôt ils ont fait battre les enfants de leurs amis et leurs affidés, et dès la victoire, dès la libération, la première mesure qu'ils prennent de façon unilatérale et non démocratique est l'application de la charia et l'autorisation de la polygamie. Mais qu'ont-ils donc dans la tête et surtout dans le slip pour revendiquer, à leur âge, ce droit sur la moitié du genre humain. La charia est le chemin qui mène vers la lumière, la voie qui mène à la félicité que ce soit dans la vie ici-bas ou au delà. Que vient faire la polygamie sur ce chemin de félicité qui n'est pas pavé de pures intentions. La félicité des hommes sûrement, et tous les Libyens se réjouissent que Allah ait désigné un homme comme dernier prophète au 7° siècle (quelle impudence face à l'éternité), mais pas les Libyennes. 
"Tonight, I have a dream", disait il y a peu celui qui allait émanciper la condition des noirs dans un pays reconnu démocratique. Si nous faisions un rêve aujourd'hui, le rêve que Allah qui est si grand ait désigné une femme comme prophète. Si nous faisions plutôt le cauchemar d'avoir à partager avec trois autres hommes la même femme que nous aimerions, à devoir minauder pour avoir ses faveurs, à multiplier les afféteries pour approcher sa couche qu'elle réserverait pour les grivoiseries au dernier et plus jeune. Pouvons-nous imaginer rester reclus dans la cuisine, sans lecture car les livres sont des suppôts de Satan pour ceux qui savent lire, ou à s'occuper des enfants, sans oser gronder les filles qui auraient tous les pouvoirs de nuisance alors que les garçons apprendraient très tôt la soumission. Lorsque des amies viendraient dîner à la maison, nous resterions cloîtrés sans oser apparaître. Lors de sorties quotidiennes, nous serions encagoulés et emmaillotés pour éviter que nos regards provoquent des excitations incontrôlées. Nous souffririons de la chaleur en été surtout dans le sud de la France, mais nous offririons ces douleurs à Allah qui est si grand et nous si petits. Et si un jour, par faiblesse ou lubricité, nous avions une éjaculation rapide avec une vieille femme qui nous y contraignait, nous comprendrions et le crime d'honneur qui lui serait infligé, et notre répudiation et abandon sans ressource, si heureux de vivre un islam modéré qui n'impose pas la lapidation. Quelle chance avons-nous eu qu'Allah, que Son nom soit loué, ait désigné un homme comme dernier prophète, un guerrier ambitieux qui aimait la conquête et les femmes, ou plutôt le sang et la luxure. Imaginons qu'Allah, Son nom soit loué, ait parlé à son dernier prophète une seconde plus tard, qui correspond à environ 1400 ans de notre temps à nous, Son choix aurait pu se porter sur un homosexuel car il faut être résolument moderne pour être entendu. Quel imbroglio alors s'agissant des rites vestimentaires! Les femmes auraient pu être dévêtues dans l'indifférence générale (peut-être pas), mais quid des hommes? Pour rester sur ce sujet, la condamnation des homosexuels par l'Islam et la Charia peut sensibiliser l'opinion publique, ce que le malheur des femmes n'est pas arrivé à faire.
Il ne faut pas dramatiser disent les amis de Bernard-Henry Lévy, à qui les Libyennes devront beaucoup et ils ont raison: il n'y a pas mort de femmes, encore. Mais la charia se rapproche, après la Libye, ce sera la Tunisie, favorisée par les Tunisiens de France qui rêvent de ce "chemin" chez nous pour laver notre société libérale de ses scories. Un beau printemps de lumière pour un retour vers l'obscurantisme.

Mort d'un Prince héritier

Le prince héritier d'Arabie saoudite, Sultan bin Abdel Aziz, s'est éteint samedi à New-York où il était soigné depuis le mois de juin. Agé de 85 ans, il était le demi-frère du roi Abdullah et occupait le poste de ministre de la Défense et de l'Aviation. La compétition au sein des princes saoudiens pour la succession au trône s'annonce féroce, quand on sait que le roi Abdullah de deux ans plus âgé s'est fait opérer la semaine dernière à New-York, et que son frère, l’émir Soltane Ben Abdelaziz rappelé pour assurer l'intérim, est atteint d'un cancer. L’accession au trône de l'émir Mohamed Ben Nayef,  fils du fondateur, ministre de l’Intérieur et deuxième vice-président du Conseil des ministres, n'ayant pas encore fait consensus bien qu'il fasse figure de numéro 3, le roi vient de désigner son fils aîné, l’émir Motâab Ben Abdallah, en tant que chef de la Garde nationale, et ministre d’État. Le processus de passation du pouvoir à la deuxième génération franchit ainsi ses premiers pas, et la désignation du prince héritier est à l'ordre du jour après cette mort attendue.
Abd al-Aziz ibn Saoud fut le premier roi du pays qu'il créa après trente ans de guerre qui fit 500 000 morts. Dans la nuit du 15 janvier 1902, Abd al-Aziz souhaitant restaurer l'ancien état de son aïeul, s'empare de Riyad, la capitale ancestrale de la dynastie des Al Saoud, alors occupée par la famille rivale Al  Rashid. D'alliances avec les bédouins et les Britanniques, en conquêtes avec la prise de La Mecque et de trois régions yéménites, il se proclama puis fut reconnu roi du Hedjaz en 1927. La base de l'unité n'est pas l'ethnie mais l'identification au Wahhabisme. La fusion des provinces du Nejd et du Hedjaz le 22 septembre 1932 donna naissance à l'Arabie Saoudite. A la mort de Ibn Saoud en 1953, le pouvoir fut transmis de frère en frère parmi les fils du roi fondateur, en privilégiant le plus âgé. Mais le roi n'est pas un monarque absolu, c'est la famille qui est l'entité régnante en Arabie Saoudite. Chaque désignation du roi se fait par consensus au sein de la famille, et si un prince n'est pas jugé apte à régner par la famille, il est écarté. Un conseil d’allégeance chargé de décider de la succession du roi a été crée en 2006 par le sixième roi depuis la création du pays. Les 36 fils du roi fondateur ou à défaut l’un de leurs descendants sont représentées au sein de ce conseil. En 2006, ce conseil s’est abstenu de nommer un second prince héritier, une façon de ne pas reconnaître le prince Nayef, 78 ans et frère du roi. Le prince Salman, 72 ans, gouverneur de la capitale Riyad, reste très influent et les observateurs considèrent qu’il règnera un jour, bien que trois autres frères soient encore vivants. Mais les querelles sont à attendre avec le passage à la deuxième génération: le fils du roi Fahd décédé, gouverneur des provinces orientales, le fils du prince décédé hier qui dirigeait les forces saoudiennes pendant la guerre du Golfe, et le fils du prince Nayef qui est en partie responsable de l'éradication d'Al Qaïda. L'enjeu est énorme car le pays, très riche de son pétrole, a toujours été un allié sûr de l'Occident et un pôle de stabilité dans la région. Mais l'union séculaire entre la famille Abd al-Aziz et le wahhabisme est un obstacle au progrès du pays. L'actuel roi Abdallah par ses réformes du 13 février 2009 inquiète le clergé ultra conservateur, autorisant différents courants sunnites dans la commission des Grands Oulémas, donnant cinq sièges à des chiites dans le conseil de la Shoura, sorte de corps législatif. Il n'oublie pas qu'un grand nombre de gisements pétroliers sont dans le nord du pays, région chiite. Si l'on rajoute qu'il a donné le droit de vote aux femmes pour les élections de 2005, la tension est grande et le maintien de la domination des wahhabistes est une des clés de la succession en Arabie Saoudite.

Temps de parole et défiance

On a assisté à une magnifique campagne des primaires du parti socialiste. Il s'agissait surtout d'occuper l'espace médiatique, l'essentiel n'étant pas le programme du candidat mais sa différence. On a fini par voter pour celui qui avait le moins de différences. Mais les heures d'antenne des candidats socialistes ont atteint jusqu'à 150% du volume de la majorité, explique la responsable du CSA, "soit trois fois plus que ce qui leur était permis". La mauvaise foi n'est pas en reste, quand le directeur de LCI, la chaîne d'information en continu de TF1, lui répond "pas facile... d'avoir l'oeil sur le chronomètre". TF1, que l'on reproche d'être acquise au Président! Qu'en serait-il dans le cas inverse? Même France Culture dans son billet matinal ironise sur ce dépassement, si intolérable quand il était dans l'autre sens. Le battage médiatique est lancé, avec en fond un rejet du Président qui n'aime que les riches alors que son concurrent ne les aime pas, et un besoin de justice sociale que la crise européenne amplifie.
Dans un livre publié aux éditions rue d'Ulm et récompensé d'un prix d'économie, "la société de défiance", les auteurs montrent que le besoin de justice sociale en France n'est pas lié à une politique de droite ou de gauche mais à une défiance des Français envers leurs concitoyens et leurs institutions. Les auteurs rapportent les résultats d'enquêtes internationales révélant que les Français ont moins confiance que la plupart des habitants des pays riches en leur justice, leur parlement et leurs syndicats, mais pire, qu'on ne peut arriver au sommet sans être corrompu. MM Algan et Cahuc expliquent ainsi cette particularité française:
Après la Seconde Guerre mondiale, le modèle social français s’est construit sur des bases corporatistes et étatistes. Le corporatisme, qui consiste à octroyer des droits sociaux associés au statut et à la profession, institutionnalise la segmentation des relations sociales. Il crée un enchevêtrement de dispositifs particuliers à chaque corps qui favorise la recherche de rentes et entretient la suspicion mutuelle. L’étatisme, qui consiste à réglementer l’ensemble des domaines économiques et sociaux dans leurs moindres détails, vide le dialogue social de son contenu, entrave la concurrence et favorise la corruption. Le mélange de corporatisme et d’étatisme est au cœur du cercle vicieux de la défiance actuelle et des dysfonctionnements de notre modèle économique et social. Le bon fonctionnement des marchés et des échanges requiert une confiance mutuelle et le respect de règles. Adam Smith avait déjà souligné le rôle indispensable des relations de confiance et des normes morales comme socle de l’économie de marché, dans son ouvrage publié en 1759, "The Theory of Moral Sentiments". Par conséquent, le manque de confiance pousse les Français à se défier de l’économie de marché, etc...
MM Sarkozy et Hollande sont convaincus que ce déficit de confiance freine toute réforme et coupe la France en deux. Mais ils n'auront ni le temps ni le courage de s'attaquer à la racine du mal, le corporatisme et l'étatisme. Ils se chamailleront sur des temps d'antenne, sur le bouclier fiscal ou autre mesurette. Pourtant, la seule façon de faire rêver les Français serait de recréer une société de confiance.

Le soldat Shalit

Gilad Shalit, tankiste malgré lui parce que la sécurité du pays l'exige, Français malgré lui parce que son père l'était et que c'est suffisant pour la loi française, vient d'être libéré. Derrière le soldat saluant son Premier ministre est apparu un jeune homme morne, au visage blême, apathique bien que libre, dont les 1935 jours de captivité ont cassé les ressorts. Contrairement aux commentaires joyeux exprimés sur tous les continents, à l'exception des familles de victimes des quelques mille palestiniens libérés en échange, Gilad Shalit inspirait pitié et tristesse, et portait le visage de la mélancolie. Pour des raisons politiques qui souvent recouvrent des intérêts personnels ou corporatistes, de jeunes enthousiastes ont de tout temps tué froidement des innocents, posant des bombes dans des trains, des avions, à la sortie d'offices religieux ou sur les marchés pour mieux répandre la terreur. L'élévation du niveau de conscience collectif et de civilisation n'a jamais fait fléchir les jeunes idéalistes. Cesare Battisti vit heureux au Brésil soutenu par des pseudo-intellectuels. Il ose déclarer "politiquement, j'assume tout" alors qu'il a du sang sur les mains. 
Certes l'affaire de Gilad n'est pas affaire de terroriste puisqu'il a été fait prisonnier dans son char, au cours d'un accrochage militaire sanglant le 25 juin 2006 à la frontière de Gaza. Certes les conventions de Genève n'ont pas été respectées mais les troupes israéliennes à sa recherche vont faire plus de cent morts et huit cents blessés dans les jours qui suivent. Certes la Croix-Rouge internationale n'a pas été autorisée à visiter le prisonnier. L'aurait-elle fait qu'une opération commando d'envergure aurait été lancée. Le prisonnier est vite devenu une monnaie d'échange, donc un otage, et de telle valeur que pour le préserver il n'a plus vu la lumière, ni quiconque, terré dans un trou. Une fois de plus, la tragédie commence quand tout le monde a raison. Les uns légitiment la force pour sauver un soldat, les autres la violence pour faire triompher leurs causes et libérer leurs frères prisonniers. Les uns revendiquent une terre légitimée par leur présence continue de plus de 2000 ans, les autres la revendiquent au nom d'un pacte conclu par leur peuple avec Dieu. Au milieu de cet imbroglio, un gamin de vingt ans va passer 1935 nuits de souffrance, seul, reclus, ne sachant s'il vivait sa dernière heure, et ce suspens pendant près de cinquante mille heures. A l'âge où manque l'assurance, où l'homme aime se rassurer dans les bras d'une belle, où il se construit en s'épanchant, blotti entre deux seins, s'abandonnant aux rêves, Gilad a connu la peur, la désespérance, la douleur, la faim, dans une solitude totale. On  n'a pas seulement volé cinq ans de vie à ce jeune homme, mais pis, on a brisé sa vie. Il lui faudra beaucoup de force et de temps pour se reconstruire, s'il y arrive, et sera longtemps décalé. Voilà ce qu'inspirait l'image de la libération du soldat Shalit, une grande tristesse et une profonde émotion devant ce gâchis de vie.
Noam Shalit, père du soldat, a déposé plainte en France pour "enlèvement et séquestration". Il a été entendu le 13 septembre par les deux juges français désignés. Que la forte personnalité du père s'exprime par tous les moyens pour mobiliser l'opinion et libérer son fils, quoi de plus naturel! Mais que la Justice de notre pays s'en mêle est d'un ridicule achevé. Faut-il rappeler que le caporal Gilad a été fait prisonnier au cours d'un accrochage où les deux équipiers de son char ont été tués. Les parents de ces deux pauvres soldats "morts au champ d'honneur" devraient-ils porter plainte pour "meurtre avec préméditation"? L'indépendance des juges leur donne quelquefois des ailes. Nous souhaiterions qu'ils aient seulement les pieds sur terre.

Buffett et l'impôt

Le milliardaire américain, Warren Buffett ne manque pas d'humour, ou de cynisme. Classé troisième fortune mondiale aujourd'hui avec plus de 50 milliards de dollars (et première en 2008 avec 65 milliards), il plaide pour augmenter les impôts des ultra-riches. Cet homme de 81 ans, qui a commencé sa vie en distribuant des journaux, vient de publier sa feuille d'impôts pour prouver qu'il paye moins d'impôts que sa secrétaire. Qu'il incite le Président Obama à ne plus cajoler les millionnaires, à partager les sacrifices en ces temps de crise, qu'il incite ses homologues à suivre son exemple est tout à son honneur. A la suite de ses appels, un groupe de seize patrons français demandait cet été à être surtaxés, et le journal La Tribune les raillait en titrant: la France est sauvée. W. Buffett a décidé de donner la moitié de sa fortune à des œuvres humanitaires, engageant ses confrères à le suivre. Personne ne l'a entendu en France, car les exemptions d'impôts n'y sont pas aussi alléchantes que de l'autre côté de l'Atlantique.
Mais le diable est dans les détails, et sa démonstration lui ôte quelque crédibilité. Il déclare avoir gagné 62,8 millions de dollars l'année dernière, ramenés à une somme imposable de 39,8 millions. Il précise avoir payé 6,9 millions de dollars en impôts, soit un taux de 17,3 % plus faible, selon lui, que ce que payent de nombreux Américains, y compris sa propre secrétaire. Les lecteurs normaux avaient compris que sa secrétaire ne payait pas 7 millions d'impôts mais un taux d'environ 30%, supérieur au sien, mais des lecteurs éclairés ont signalé que W. Buffett était l'actionnaire majoritaire de sociétés qui gagnaient beaucoup d'argent, sinon les titres ne seraient pas évalués à ces hauteurs-là. Ses sociétés payent donc un impôt sur les bénéfices de 35%, et si c'est l'entreprise qui fait le chèque, la charge de l'impôt revient soit à l'actionnaire dont les dividendes auraient été plus élevés, soit aux salariés qui auraient pu bénéficier d'augmentations de salaire, ou les deux à la fois. Si monsieur Buffet n'est taxé qu'à 17, 3% , il suggère qu'en dehors de l'impôt sur les dividendes (15%), il ne supporte rien de l'impôt sur les sociétés et que l'intégralité de cette charge est assumée par les salariés, ce qui n'est certainement pas vrai. A vouloir trop démontrer, on se prend les pieds dans le tapis. Notre humaniste philanthrope a raison de demander un taux d'imposition plus élevé équivalent au taux du cadre américain moyen, ce qui lui couterait 6 millions de plus. Sa vie n'en serait pas modifiée, mais il ne nous montre que la partie visible de l'iceberg.  Il aurait eu beaucoup plus de crédit s'il avait dénoncé l'ingénierie financière qui permet de s'enrichir de cinquante milliards en soixante ans. 
Ce débat sur les impôts agitera notre société pendant la campagne électorale, révélant la fracture gauche-droite et les sempiternels lieux communs. Les uns diront que les riches doivent payer, il en va de la justice sociale, et les autres qu'un bouclier est nécessaire car 50% de prélèvement est prohibitif. Personne ne parlera de la face cachée de l'iceberg, de l'ingénierie financière. Le débat sera d'autant plus passionné que les bretteurs seront de condition modeste et peu concernés par des réformes fiscales. Pendant ce temps, les stars du show-biz, du foot, socialistes ou non, et les super-riches... se tairont.

C. Allègre et l'Europe: sauver l'euro et l'Europe (4)

Il faut sauver l'Europe qui doit redevenir un espoir, et éviter le repli sur soi qui serait catastrophique dans une planète mondialisée. C'est une nécessité pour la France qui en a été le moteur, et dont la situation économique et financière ne permet pas de jouer en solo: déficit budgétaire de 83%, part des exportations françaises dans celles des pays de l'euro réduite de 18% à 13% en vingt ans. Mais pour sauver l'Europe, il faut d'abord sauver l'euro, cette monnaie unique qui subit tant de critiques, frein à la compétitivité, zone euro trop disparate... J.C. Trichet, patron de la BCE, rappelait ce week end que l'euro n'était pas menacé par la crise de la dette. Mais pour beaucoup, il est dans le déni et continue avec le couple franco-allemand de proposer des solutions approximatives à la crise, du bricolage écrit C. Allègre. Et pourtant l'euro nous a protégé pendant la crise, contre la tentation qu'auraient eu les États de dévaluer, dont le résultat eût été l'aggravation de la situation. Il faut renforcer l'euro, parce que viendra le temps de la stabilisation des monnaies mondiales, que la Chine imposera, et l'euro aura son mot à dire au même titre que le dollar, le yuan et le yen. Cette harmonisation est nécessaire pour mieux réguler les flux financiers et rendre les échanges commerciaux plus équitables. Mais avant de le renforcer, il faut sauver l'euro et dans un premier temps, modifier le cahier des charges de la Banque Centrale Européenne (BCE). A son mandat institutionnel de lutter contre l'inflation, il faut rajouter "agir de manière à favoriser la croissance et l'emploi". Puis, selon C. Allègre, il faut européaniser la moitié des dettes grecques, irlandaises, portugaises, pays qui vont  s'enfoncer davantage dans la crise. Leur sortie de l'euro provoquerait des crises financières en cascades et aggraverait leurs dettes. L'ensemble des pays de la zone euro s'engagerait à la rembourser avec des taux raisonnables et un échéancier étalé, gérés par la BCE. En contrepartie, ces pays se situeraient hors de l'euro tout en restant associé à l'euro par un taux de change fixe. Il y aurait un "euro irlandais", un "euro grec" à la manière du franc CFA. Ces "euros grecs"... seraient dévalués sous le contrôle de la BCE, et ces pays pourraient alors relancer leur économie et assurer le remboursement de leurs dettes. 
Après le sauvetage de l'euro, il faut sauver l'Europe, en fortifiant l'axe franco-allemand et en construisant une fédération autour de l'Euroland. Son noyau dur devra être piloté par une structure indépendante de la Commission. Elle devra avoir une grande autonomie en matière de commerce et concurrence. Enfin, elle sera fondée sur l'Europe des Nations, renvoyant l'ambition supranationale à un futur lointain. Voilà ce qu'écrivait Claude Allègre à l'été 2011.
Depuis, les banques européennes sont dans l'œil du cyclone, dont les propos alarmistes de Christine Lagarde les incitant à se recapitaliser avaient provoqué la risée des politiques, des banquiers et de la Commission européenne. "Les banques européennes sont bien mieux capitalisées qu'il y a un an", avait affirmé le commissaire aux Affaires économiques Olli Rehn au lendemain de ces déclarations. Depuis, Dexia est tombée, classée entreprise aux fonds propres les plus solides par le régulateur européen, et la directrice du FMI rappelait hier ce besoin de recapitalisation de nos banques européennes. Plus personne ne rit aujourd'hui, ni dans les banques, ni à la Commission, et elle a même ajouté que les banques devaient isoler leurs activités de banque de détail de leurs activités de banque d'investissement, reprenant une idée que Claude Allègre rappelait comme une idée de F. Roosevelt.
Le gourou Georges Soros considère que cette crise économique peut dégénérer en Grande Dépression, et qu'il en va de la survie de la démocratie. Les Européens doivent se doter d'un trésor commun, piloté par la BCE, en s’appuyant sur la structure embryonnaire actuelle, le Fonds européen de stabilité financière (FESF). Le FESF procèdera à la recapitalisation des établissements financiers puis l’instance financière européenne proposera des taux d’intérêt réduits, qui inciteront ces Etats à émettre des bons du Trésor prioritairement… qui pourront alors être rachetés par des banques recapitalisées. Et le cercle vertueux serait bouclé. Mais il assume l’aspect absolument radical de son plan : l’encadrement étroit des banques européennes. Prévoyant l’opposition farouche des financiers et des politiques, il estime qu’une seule autorité parviendra à imposer cette mesure : l’autorité du peuple.
Pour Georges Soros ou Claude Allègre, les traités devront être modifiés, la BCE jouera un rôle majeur, au service d'un gouvernement économique voulu par les peuples. Le duo Merkozy aura t-il le courage de le proposer au prochain G20?