Fameuses agences de notation

Fitch, Moody’s et Standard & Poor’s, les trois agences de notation les plus écoutées au monde, vont-elles souffrir de leur réputation? Une bombe atomique aurait fait moins de dégâts que l'annonce de S&P d'abaisser la note des États-Unis. Les premières réactions sont venues des USA, et du gouvernement qui a dit que S&P se trompait fortement (2000 milliards), que la décision de l'agence "était autant une critique politique qu'une conclusion financière". Puis la Gauche européenne a pris peur, terrorisée par le pouvoir financier (qui écrase les masses): "les agences de notation disposent ni plus ni moins que d’un pouvoir de vie et de mort" (Libération), "Le roi est nu" (Mélenchon), "la crise financière débouchera sur la crise démocratique" (Demorand). Les spécialistes ont rappelé les erreurs passées (affaire Enron, subprime), "Elles produisent des prophéties qui s'auto-réalisent... Elles aggravent la crise."(OCDE). Bref, si tout le monde conteste leur indépendance, leur légitimité, leur compétence, pourquoi les écoute-t-on? Si leurs calculs sont faux, pourquoi les bourses dévissent-elles? Pourquoi la toute puissance américaine est-elle considérée déchue? Pourquoi nos politiciens sont-ils affolés?
Il existe une agence de notation chinoise, Dagong, qui note la dette des pays occidentaux avec beaucoup plus de sévérité que les trois grandes agences reconnues. Cette agence chinoise avait déjà dégradé la note de la dette américaine de « A + » à « A avec perspective négative », soit trois crans en dessous de la note attribuée par S&P. Et cette agence a aussi dégradé, l’an dernier, la note de la dette française à « AA avec perspective négative ». Personne n'en a parlé, ni en France, ni aux USA.  Les marchés, les prêteurs n'en ont pas tenu compte. Pourquoi n'écoute t-on pas son avis, mais seulement celui des Big Three? Si l'on créait une agence européenne, comme le souhaitent MM Sarkozy et Juncker, ou si l'on nationalisait, comme en rêvent les socialistes, qui croirait que la note attribuée à la Grèce serait donnée en toute indépendance et impartialité? Aussi imparfaite soient-elles, ces trois agences ont la légitimité des marchés. La légitimité ne se décrète pas.
Ces agences privées sont chargées d'évaluer la bonne santé d'entreprises, mais aussi d'États, pour aider les investisseurs, les banques à placer leur argent là où le rendement est le plus sûr. Elles facturent les émetteurs pour l'obtention de leur propre notation, ce qui met en doute leur parfaite indépendance. Certes leur réputation est en jeu, mais le mécanisme de la réputation peut s'avérer insuffisant. Des récentes défaillances l'ont montré, mais ces trois agences se sont réformées depuis la crise de 2008, progressent, s'améliorent et gardent la confiance des investisseurs. Tout comme la météo, qui annonce le mauvais temps lorsqu'il est là, ou qui se trompe, mais que l'on consulte toujours, faute de mieux. Le patron de S&P dit avec clarté qu'il n'émet qu'une opinion, et sa position "était autant une critique politique qu'une conclusion financière" (Washington Post): une certaine paralysie des institutions américaines face à une montée de l'endettement, l'efficacité de la prise de décisions du Congrès... Dans le même temps, S&P salue aujourd'hui la politique menée par le gouvernement français, s'agissant de la réforme des retraites: "Le gouvernement est resté droit dans ses bottes. Il a connu beaucoup de contestation de la rue, mais il n'a pas cédé à cette pression, ce qui souligne la crédibilité de l'exécutif pour prendre des mesures difficiles". Le signal est clair: les gouvernements démocratiques ne doivent plus penser à leurs réélections mais à mettre en place des plans d'assainissement des finances publiques et une croissance économique. Ils doivent redonner confiance. Les agences de notation ne sont que des thermomètres, des messagers de l'information. Les responsables de la crise actuelle ne sont pas les agences, mais les gouvernants qui ont distribué pendant trente ans ce qu'ils n'avaient pas, pour assurer leur réélection. Mais comment imaginer la campagne de 2012 sans promesse électorale?

L'argent, toujours l'argent!

Le Prince héritier du Qatar s'est porté acquéreur du PSG, et montre ses ambitions en injectant 80 M€ pour huit joueurs de football. Tous les sportifs savent que onze grands joueurs juxtaposés ne forment pas forcément une très grande équipe, et que cette pluie de millions... En attendant, l'argent fait le bonheur des supporters et des joueurs, et fera le bonheur de Domenech, le piteux entraineur français qui vient d'encaisser 975 000 € pour rupture de contrat, soit deux ans de salaire, prix de son éjection et de son incompétence. "Je suis de gauche" déclarait-il au Nouvel Economiste, mais il s'est battu comme un libéral pour ses picaillons. Le millionnaire Bernard Tapie était aussi de gauche, tout comme DSK qui dépense mensuellement 235 000 € en loyer et avocats, (soit le salaire annuel d'un Président de la République). Tout comme Laurent Fabius, dont la famille va vendre en octobre, à travers sa société d'enchères, une collection d'art évaluée autour de 12 M€ (France Soir), soit le salaire réévalué d'un Président pendant 48 ans. La relation schizophrénique entre les socialistes et l'argent n'a pas fini d'étonner, mais n'étouffe pas les cris d'orfraie devant les pluies de millions. 
Bernard Tapie, nommé ministre de la Ville par François Mitterand en 1992 et ayant des difficultés à faire face à ses échéances financières, fut contraint de vendre Adidas en février 1993 pour 315,5 M€ avec l'aide du Crédit Lyonnais, banque nationalisée (et "aux ordres" pour son plus grand malheur). En 1994, Robert-Louis Dreyfus et le Crédit Lyonnais en prirent le contrôle pour 701 M€ et l'introduisirent en bourse un an plus tard pour 1,677 milliard d'euros. La banque réalisa ainsi en deux ans une plus-value monstrueuse et Bernard Tapie, s'estimant à juste titre lésé, en réclama pendant 16 ans une grosse partie, soit 990 M€. La barre était placée un peu haut, à charge à la justice française de mettre le curseur au bon endroit. Celle-ci reconnut le dol et fixa en appel un dédommagement de 135 M€, en 2005. Le jugement fut cassé en 2006, et à son arrivée au gouvernement, la Ministre de l'économie voulut solder cette vieille affaire au passif de l'État. Christine Lagarde choisit un tribunal arbitral qui accorda une indemnité de 285 M€ au plaignant, assortis des intérêts. 
La Cour de justice de la République lance une enquête sur le rôle de Christine Lagarde car trois reproches lui sont faits: la procédure arbitrale, bien que rapide, ne peut convenir dans ce type de conflit. Puis, l'attribution de 45 millions d'euros au seul titre du "préjudice moral" est contestable, et enfin, la Ministre n'a pas fait d'action en recours contre ce dernier montant élevé, et non imposable. Une fois remboursées ses dettes, Bernard Tapie conserverait 200 M€ (Canard enchaîné) au lieu des 40 M€ annoncés. Le citoyen lambda retiendra de cette affaire quelques enseignements:
- Pour s'enrichir, il ne faut pas concevoir, fabriquer et vendre des chaussures de sport, c'est à dire créer des emplois. Il suffit d'acheter et vendre des sociétés, en détruisant quelques emplois au passage. 
- La Justice française est incontournable, même quand elle n'a toujours pas clôturé une plainte 16 ans après son dépôt. La justice n'a aucune obligation d'être rendue dans un temps raisonnable, et personne ne peut l'y contraindre, surtout pas le gouvernement.
- L'enquête actuelle contre l'ex-Ministre de l'Économie doit lever les suspicions. Mais quel en est le but réel? Corriger le montant de l'indemnisation de Bernard Tapie de quelques millions, ou déstabiliser le futur candidat Sarkozy quitte à affaiblir la directrice du FMI et l'image de la France dans le monde?
Nous prépare t-on une nouvelle affaire des "diamants de Bokassa" avant les élections de 2012 ? Aurait-on peur que l'argent de l'ancien ministre socialiste serve les intérêts de Nicolas Sarkozy?
L'argent, toujours l'argent! "L'argent qui corrompt, l'argent qui achète, l'argent qui écrase, l'argent qui tue, l'argent qui ruine, et l'argent qui pourrit jusqu'à la conscience des hommes!" clamait François Mitterrand au congrès d'Epinay, quelques années avant son accession à la Présidence. Sans commentaire, pour ceux qui ont connu les années 80.