Libyennes, mes soeurs

Ils se sont battus contre la tyrannie, ou plutôt ils ont fait battre les enfants de leurs amis et leurs affidés, et dès la victoire, dès la libération, la première mesure qu'ils prennent de façon unilatérale et non démocratique est l'application de la charia et l'autorisation de la polygamie. Mais qu'ont-ils donc dans la tête et surtout dans le slip pour revendiquer, à leur âge, ce droit sur la moitié du genre humain. La charia est le chemin qui mène vers la lumière, la voie qui mène à la félicité que ce soit dans la vie ici-bas ou au delà. Que vient faire la polygamie sur ce chemin de félicité qui n'est pas pavé de pures intentions. La félicité des hommes sûrement, et tous les Libyens se réjouissent que Allah ait désigné un homme comme dernier prophète au 7° siècle (quelle impudence face à l'éternité), mais pas les Libyennes. 
"Tonight, I have a dream", disait il y a peu celui qui allait émanciper la condition des noirs dans un pays reconnu démocratique. Si nous faisions un rêve aujourd'hui, le rêve que Allah qui est si grand ait désigné une femme comme prophète. Si nous faisions plutôt le cauchemar d'avoir à partager avec trois autres hommes la même femme que nous aimerions, à devoir minauder pour avoir ses faveurs, à multiplier les afféteries pour approcher sa couche qu'elle réserverait pour les grivoiseries au dernier et plus jeune. Pouvons-nous imaginer rester reclus dans la cuisine, sans lecture car les livres sont des suppôts de Satan pour ceux qui savent lire, ou à s'occuper des enfants, sans oser gronder les filles qui auraient tous les pouvoirs de nuisance alors que les garçons apprendraient très tôt la soumission. Lorsque des amies viendraient dîner à la maison, nous resterions cloîtrés sans oser apparaître. Lors de sorties quotidiennes, nous serions encagoulés et emmaillotés pour éviter que nos regards provoquent des excitations incontrôlées. Nous souffririons de la chaleur en été surtout dans le sud de la France, mais nous offririons ces douleurs à Allah qui est si grand et nous si petits. Et si un jour, par faiblesse ou lubricité, nous avions une éjaculation rapide avec une vieille femme qui nous y contraignait, nous comprendrions et le crime d'honneur qui lui serait infligé, et notre répudiation et abandon sans ressource, si heureux de vivre un islam modéré qui n'impose pas la lapidation. Quelle chance avons-nous eu qu'Allah, que Son nom soit loué, ait désigné un homme comme dernier prophète, un guerrier ambitieux qui aimait la conquête et les femmes, ou plutôt le sang et la luxure. Imaginons qu'Allah, Son nom soit loué, ait parlé à son dernier prophète une seconde plus tard, qui correspond à environ 1400 ans de notre temps à nous, Son choix aurait pu se porter sur un homosexuel car il faut être résolument moderne pour être entendu. Quel imbroglio alors s'agissant des rites vestimentaires! Les femmes auraient pu être dévêtues dans l'indifférence générale (peut-être pas), mais quid des hommes? Pour rester sur ce sujet, la condamnation des homosexuels par l'Islam et la Charia peut sensibiliser l'opinion publique, ce que le malheur des femmes n'est pas arrivé à faire.
Il ne faut pas dramatiser disent les amis de Bernard-Henry Lévy, à qui les Libyennes devront beaucoup et ils ont raison: il n'y a pas mort de femmes, encore. Mais la charia se rapproche, après la Libye, ce sera la Tunisie, favorisée par les Tunisiens de France qui rêvent de ce "chemin" chez nous pour laver notre société libérale de ses scories. Un beau printemps de lumière pour un retour vers l'obscurantisme.

Mort d'un Prince héritier

Le prince héritier d'Arabie saoudite, Sultan bin Abdel Aziz, s'est éteint samedi à New-York où il était soigné depuis le mois de juin. Agé de 85 ans, il était le demi-frère du roi Abdullah et occupait le poste de ministre de la Défense et de l'Aviation. La compétition au sein des princes saoudiens pour la succession au trône s'annonce féroce, quand on sait que le roi Abdullah de deux ans plus âgé s'est fait opérer la semaine dernière à New-York, et que son frère, l’émir Soltane Ben Abdelaziz rappelé pour assurer l'intérim, est atteint d'un cancer. L’accession au trône de l'émir Mohamed Ben Nayef,  fils du fondateur, ministre de l’Intérieur et deuxième vice-président du Conseil des ministres, n'ayant pas encore fait consensus bien qu'il fasse figure de numéro 3, le roi vient de désigner son fils aîné, l’émir Motâab Ben Abdallah, en tant que chef de la Garde nationale, et ministre d’État. Le processus de passation du pouvoir à la deuxième génération franchit ainsi ses premiers pas, et la désignation du prince héritier est à l'ordre du jour après cette mort attendue.
Abd al-Aziz ibn Saoud fut le premier roi du pays qu'il créa après trente ans de guerre qui fit 500 000 morts. Dans la nuit du 15 janvier 1902, Abd al-Aziz souhaitant restaurer l'ancien état de son aïeul, s'empare de Riyad, la capitale ancestrale de la dynastie des Al Saoud, alors occupée par la famille rivale Al  Rashid. D'alliances avec les bédouins et les Britanniques, en conquêtes avec la prise de La Mecque et de trois régions yéménites, il se proclama puis fut reconnu roi du Hedjaz en 1927. La base de l'unité n'est pas l'ethnie mais l'identification au Wahhabisme. La fusion des provinces du Nejd et du Hedjaz le 22 septembre 1932 donna naissance à l'Arabie Saoudite. A la mort de Ibn Saoud en 1953, le pouvoir fut transmis de frère en frère parmi les fils du roi fondateur, en privilégiant le plus âgé. Mais le roi n'est pas un monarque absolu, c'est la famille qui est l'entité régnante en Arabie Saoudite. Chaque désignation du roi se fait par consensus au sein de la famille, et si un prince n'est pas jugé apte à régner par la famille, il est écarté. Un conseil d’allégeance chargé de décider de la succession du roi a été crée en 2006 par le sixième roi depuis la création du pays. Les 36 fils du roi fondateur ou à défaut l’un de leurs descendants sont représentées au sein de ce conseil. En 2006, ce conseil s’est abstenu de nommer un second prince héritier, une façon de ne pas reconnaître le prince Nayef, 78 ans et frère du roi. Le prince Salman, 72 ans, gouverneur de la capitale Riyad, reste très influent et les observateurs considèrent qu’il règnera un jour, bien que trois autres frères soient encore vivants. Mais les querelles sont à attendre avec le passage à la deuxième génération: le fils du roi Fahd décédé, gouverneur des provinces orientales, le fils du prince décédé hier qui dirigeait les forces saoudiennes pendant la guerre du Golfe, et le fils du prince Nayef qui est en partie responsable de l'éradication d'Al Qaïda. L'enjeu est énorme car le pays, très riche de son pétrole, a toujours été un allié sûr de l'Occident et un pôle de stabilité dans la région. Mais l'union séculaire entre la famille Abd al-Aziz et le wahhabisme est un obstacle au progrès du pays. L'actuel roi Abdallah par ses réformes du 13 février 2009 inquiète le clergé ultra conservateur, autorisant différents courants sunnites dans la commission des Grands Oulémas, donnant cinq sièges à des chiites dans le conseil de la Shoura, sorte de corps législatif. Il n'oublie pas qu'un grand nombre de gisements pétroliers sont dans le nord du pays, région chiite. Si l'on rajoute qu'il a donné le droit de vote aux femmes pour les élections de 2005, la tension est grande et le maintien de la domination des wahhabistes est une des clés de la succession en Arabie Saoudite.