"J'aime les gens"

"Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France. Le sentiment me l'inspire aussi bien que la raison". De Gaulle se faisait la plus haute idée de sa mission et en a donné la plus belle image. Il ne confondait pas la France et les Français, ce qui lui avait inspiré cette répartie: "le Maréchal Pétain aime peut être les Français mais pas assez la France". Mais une certaine idée de la France, c'est une certaine idée de l'État, un État fort, juste, indépendant, impartial, dirigé par un chef au-dessus des combinaisons. Le début de campagne de François Hollande ne s'inscrit pas dans la continuité de la V° République. Il est vrai que la gauche française n'a jamais quitté ses habitudes de IV° République, et les distributions de sièges de députés sur le dos de l'énergie nucléaire nous l'ont rappelé. Et surtout son discours du Bourget, qui a tant séduit les média et dont l'histoire ne retiendra que: "j'aime les gens quand d'autres sont fascinés par l'argent" dit sur le ton de la confidence, puis sur le ton guerrier "mon adversaire, c'est la finance". Pour le plaisir d'un mot qui ne galvanise que ses sectateurs, ou par esprit tactique s'il s'agit de caricaturer Sarkozy, il se transforme en vulgaire polémiste et renonce à la hauteur exigée par la fonction présidentielle créée par le Général. Ce dernier lui aurait rappelé que la nation et les idéologies sont incompatibles, celles-ci aiguisant les appétits de certaines communautés ou de classes sociales (selon Marx) tandis que celle-là est la collectivité suprême définie par son territoire, son histoire, soudée par sa langue, sa culture et l'intérêt. François Hollande a promis à ses séides un nouvel ordre, un ordre juste, juste pour eux. Il déclare la guerre à la finance et s'il est élu demain, tout penaud il ira lui tendre sa sébile pour que ses fonctionnaires soient payés et son service public maintenu. 
Il avait déclaré il y a cinq ans qu'il n'aimait pas les riches, bien qu'il soit assujetti à l'impôt sur la fortune, persuadé que cette annonce lui attirerait plus de voix qu'elle ne lui en enlèverait. Il a persisté de façon la plus théâtrale au Bourget pour souder une communauté de pensée, raviver sa foi. En souvenir, aussi? "La foi a cela de particulier que, disparue, elle continue d’agir." (Ernest Renan)
Quand tomberont les vents de la démagogie, les lampions éteints et l'euphorie dissipée, que les fils des trotskistes n'occuperont plus les devants de la scène politique, que des gestionnaires exerceront les missions de service public dans l'intérêt du plus grand nombre, l'Institut National de l'Audiovisuel (INA) retransmettra encore les interventions du général De Gaulle, et il est à craindre que ces envolées lyriques indignes du bateau France seront difficilement accessibles, pour la réputation de son auteur. Dans une période de crise économique, les Français n'attendent pas des incantations mais comment éponger la dette souveraine, comment réduire le déficit annuel de 90 milliards d'euros. 
Au milieu du siècle dernier, des tribuns ont su galvaniser des foules, et elles n'y ont rien gagné.
François Hollande est un homme intelligent, qui se crée une posture car il pourrait bien être choisi par défaut. Il sait qu'on ne fait pas de politique autrement que sur des réalités. Peut-être que dans les pauses de son discours, tandis qu'il reprenait son souffle et que la foule scandait "François Président", peut-être songeait-il à Daladier revenant de Munich, et pensait-il comme lui: "Ah les cons ! S'ils savaient !" ?

L'Afghanistan encore

La semaine du 14 juillet 2011, 7 soldats français avaient perdu la vie en opérations en Afghanistan. La Nation avait rendu un vibrant hommage et s'était inquiétée du sort de ses militaires et de l'intérêt de ce conflit lointain. Six autres soldats sont morts depuis, jusqu'au 29 décembre où deux légionnaires ont été tués par le tir délibéré d'un militaire de l'armée afghane. Ce vendredi 20 janvier et pour la deuxième fois, un autre "infiltré" dans la régulière a tué quatre militaires français et blessé quinze autres. Selon le New York Times, de plus en plus de soldats de la coalition sont tués par des  militaires de l'armée afghane, qu'ils ont pourtant entrainés et avec qui ils combattent. Le fossé se creuse entre Afghans et Occidentaux, le mépris mutuel, l'animosité, la violence s'affichant dans ces meurtres délibérés tout autant que dans les vidéo de Marines urinant sur des cadavres talibans. Et la question se pose de la stratégie d'Obama de former une armée afghane apte à combattre les talibans en 2014 en lieu et place des troupes de l'OTAN. Comment former des soldats qui vous sont hostiles, comment croire que ces soldats poursuivront la mission assignée et que les Occidentaux ne laisseront pas un pays dans la désolation, pire que celui qu'ils ont trouvé dix ans auparavant car divisé et meurtri?
Pour rester jusqu'en 2014, il suffit de convaincre que ces actes barbares sont isolés, et Hamid Karzaï s'y est employé auprès du ministre français de la Défense. Mais qui peut croire ce président afghan tellement corrompu, et qui peut croire que des mesures efficaces seront prises pour démasquer les infiltrés quand on sait que les services de vérifications sont eux-mêmes infiltrés?
Les premiers objectifs de cette guerre étaient atteints rapidement, il y a dix ans, avec deux mille hommes. Mais comme le rappelait le général Desportes, la dérive des buts a entrainé la dérive des moyens, et 120 000 hommes sont embourbés dans une guérilla contre un ennemi de moins en moins identifié. Comment sortir le plus honorablement de ce guêpier sans laisser un champ de mines est la seule question à résoudre, en concertation avec nos alliés et non pas isolément.
En cette période électorale qui conduit au nombrilisme, la presse a tenu à rappeler les 82 morts français et l'opposition a pu ainsi mettre tous les indignés de son côté. Son leader a même promis un départ des troupes françaises avant la fin de 2012 en concertation avec Hamid Karzaï, nous éclairant ainsi sur sa compréhension du mot concertation. Les média ont préféré interviewer la veuve éplorée d'un brigadier plutôt que de rappeler que les Britanniques avaient perdu dans le même temps 395 soldats, les Américains 1880, la coalition 2880 (Le Point). La stratégie américaine de cette guerre n'a jamais été bien claire, et les Européens qui ont envoyé 40 000 soldats, soit un tiers des forces, devraient se concerter pour définir leur stratégie et non suivre un calendrier américain. 
"Qu'ils reviennent tous auprès de leur famille (...). Qu'ils rendent les pères à leurs enfants, à ceux qui ont encore la chance d'avoir un père". Qui ne comprend la douleur de cette veuve? Si le gouvernement devait prendre des décisions sous la pression d'une émotion publique, nous n'aurions rien retenu de l'Histoire. C'est Daladier qui revient, ou Chamberlain.