A une époque que les moins de trente ans ne peuvent pas connaître, la compagnie Air Zaïre était surnommée par d'ironiques aviateurs Air Peut-Être. La compagnie française éponyme méritera-t-elle ce surnom? A la veille du weekend le plus chargé des vacances, les préavis de grèves les plus divers ont été déposés. Les sept syndicats d'hôtesses et de stewards, pour commencer, réclament l’ouverture de négociations sur l’organisation du travail. Un accord a été signé rapidement, qui prévoit le retour à quatre personnel navigant à bord des A319, et non plus trois comme le souhaitait la direction. La grève était ainsi évitée, jusqu'à ce que les pilotes ne protestent contre la réforme de leur caisse de retraite complémentaire. Le gouvernement s'est alors engagé à appliquer ses propositions, et le syndicat majoritaire (80% des 7000 pilotes) a donc levé son préavis de grève. Les départs en vacances étaient à nouveau sauvés. Mais les syndicats minoritaires ont décidé de maintenir le préavis de grève, espérant s'enrichir de cette différence...
La direction d'Air France a maintenu tous ses vols, malgré les perturbations prévisibles. Si l'on rajoute la mobilisation des mécaniciens qui multiplient depuis la mi-juin les débrayages, et le fait qu'un syndicat d'hôtesses et de stewards n'a pas signé l'accord proposé par la direction, les vacanciers doivent se poser la question: décollera, décollera pas?
La compagnie Air France a été privatisée mais les méthodes usuelles du service public perdurent: lancer un préavis de grève au moment où le maximum de clients, d'usagers disaient-ils, seront pénalisés, affectant ainsi gravement les finances de la société qui les nourrit. Dans la compétition mondiale qui effondre les économies européennes, ces méthodes barbares et surannées d'anciens privilégiés ne cessent d'étonner. Si les personnels donnaient entièrement satisfaction et montraient autant de compétences que de dévouement, la critique serait moins acerbe. Mais le dernier accident d'Air France appelle deux remarques. La première est donnée par le rapport d'enquête publié partiellement par le journal Le Point ce jour, qui confirme la faute de pilotage lors du débrayage du pilote automatique, aggravée par une lourde faute de pilotage pendant quatre minutes. La direction d'Air France devra se poser des questions sur le niveau de pilotage de ses copilotes. La deuxième remarque concerne l'absence du commandant de bord de son poste. S'il avait été à son poste, il n'aurait certainement pas pris 10° d'assiette, entrainant le décrochage de l'appareil, et n'aurait pas entretenu un décrochage pendant quatre minutes. Qui peut comprendre qu'un responsable d'un avion ne soit pas à son poste et parte se reposer après le décollage, surtout quand on sait qu'il ne dépasse pas 78 heures de vol par mois? On est si loin des 35 heures... Les familles des passagers du vol AF447 en mesurent aujourd'hui les conséquences. Voilà des habitudes qui devraient être changées, tant que la niveau d'instruction des copilotes ne sera pas confirmée. Le rapport du bureau d'enquête adoucira certainement ce commentaire, il en va de l'honneur national, mais pour les professionnels et initiés, la messe est dite. L'équipage n'était pas au niveau requis par une grande compagnie aérienne. Il n'a pas su faire face à une panne, a été dépassé par les évènements. Toute une corporation est salie et doit se remettre en cause, alors qu'il ne manque pas d'excellents pilotes à Air France. Par respect pour les 228 familles endeuillées, le tapage médiatique des revendications catégorielles est indécent. Les comportements arrogants des personnels de cette société et de leurs syndicats devront être profondément modifiés s'ils ne veulent pas qu'Air France devienne Air peut-être.


