Voeux de nouvel an aux gouvernants

"La crise est encore loin d'être surmontée", a estimé la chancelière Angela Merkel qui prévoit un environnement économique "plus difficile" en 2013 qu'en 2012, appelant ses concitoyens à la "patience" et au "courage" (Le Monde). Pendant ce temps, François Hollande enregistre un message "d'espérance" en "moins de dix minutes", selon son entourage (Le Point). Cette divergence d'expression entre les deux dirigeants étonne d'autant plus que le chômage n'a jamais été aussi bas depuis la réunification alors que de l'autre côté du Rhin, la France s'apprête à battre le triste record absolu de janvier 1997 (3,205 millions de chômeurs), sans compter les inscrits au RSA et ceux qui ne pointent plus. Nous savons les mots convenus que vont proférer tous les chefs de gouvernement ce soir, mais quelles seraient les recommandations que nous pourrions leur exprimer, au seuil de cette difficile année à venir, pour une meilleure gouvernance?
Afin d'apaiser les peuples (et la société française), il serait bon de revenir à Jérémy Bentham et à son principe d'utilité sociale: "Agis toujours de manière à ce qu'il en résulte la plus grande quantité de bonheur", cette recherche du bien-être collectif que John Stuart Mill traduit par: (1) la maximisation du bien-être et (2) la minimisation de la souffrance, de tous, non d'une seule communauté. Les conséquences s'en déduisent:
- Il n'est pas sûr que le remplacement d'un tyran en Syrie ou en Centrafrique par un autre (idem pour la Corée du Nord, la Libye, la Tunisie, l’Égypte...) minimise la souffrance et maximise le bien-être des peuples. L'assistance des occidentaux aux rebelles de tous pays devrait être révisée à l'aune de ce principe utilitariste, et non en fonction de futures alliances entre dirigeants si versatiles. 
- Maintenir les frontières grand ouvertes avec des peuples qui ne respectent pas leurs concitoyens conduit à la fermeture d'usine chez les uns et à l'esclavagisme chez les autres, enfants y compris. C'est la maximisation de la souffrance globale. Les échanges commerciaux devraient en tenir compte.
- S'agissant des politiques sociétales, il en va de même. Perturber les équilibres familiaux millénaires pour satisfaire la revendication d'une extrême minorité, ce qui est le cas du mariage pour tous, ne répond pas à la morale eudémoniste. Le droit de l'individu de mourir dans la dignité, ou légalisation du suicide assisté, ne doit pas remettre en cause le respect de la vie humaine largement répandu sur la planète, chantier qui nécessita des millénaires.
- Les grands élans religieux ont dynamisé tout autant les peuples que l'art. Malgré l'inquisition passée et les Fatwas actuelles, les religions ont grandement contribué au développement des sociétés, au génie des peuples. S'en défier aujourd'hui, mais ne pas les rejeter surtout quand elles ajustent leurs croyances et traditions aux découvertes scientifiques. Les combattre jusqu'à dire, comme François Hollande: "Le bien et le mal, les interdits, le licite et l’illicite existent en dehors des interprétations qu’en ont les cultes. Ce sont les législateurs qui en décident" est dangereux, car c'est l'appropriation par un petit groupe de la morale populaire. La démocratie moderne n'élit pas de tels beaux esprits dans chaque circonscription qu'ils peuvent décréter demain le bien, le vertueux, l'éthique.
- S'agissant des politiques fiscales, une certaine convergence fiscale est souhaitable entre les états membres européens. Mais sans concurrence fiscale, les peuples devraient passer sous les fourches caudines d'une caste d'énarques qui aurait subtilisé le pouvoir. Doit-on rappeler, surtout aux Français, que la fiscalité, à l'origine, est contributive aux besoins de la nation, qu'elle est devenue redistributive sous la pression syndicale qui favorise l’emploi et la cohésion sociale, et que la démagogie électorale vient de la rendre punitive, sans autre précaution. En tout état de cause, elle doit rassembler les Français et non les diviser. Hélas, le sens de la justice de nos socialistes français n'est que le prurit de l'envie. On ne rassemble pas un peuple en sécrétant quotidiennement le poison de la lutte des classes.
Enfin, le dernier vœu est de prêcher le bonheur, chacun à son niveau, sans anxiolytique, d'aller plus haut et plus loin sans principe de précaution, de cesser de distiller des peurs, de l'immigration, du chômage, de la couche d'ozone, du nucléaire, des pandémies, des accidents de la route, de la fin des nations, de la surpopulation, du capitalisme, de l'avenir de nos enfants... Et si on prenait la vie comme elle vient, sans s'excuser quand elle est belle, avec empathie mais sans fausse compassion, et sans gémir quand les malheurs nous frappent, rester debout sans misérabilisme, sans jalousie, sans envies. Comme le disait Prévert: et si on essayait d'être heureux en 2013, ne serait-ce que pour donner l'exemple.

Colonisation et ingérence

Au cours de son voyage à Alger, notre Président de la République s'est rendu place Maurice Audin, au centre d'Alger, en hommage à Maurice Audin, communiste français présumé membre du front de libération nationale (FLN) et mort pendant la bataille d'Alger après avoir été capturé et torturé par les troupes parachutistes. Sa veuve demande encore et toujours des comptes à l’État français qui a promis de lui ouvrir toutes les archives. Pour la presse communiste, il ne s’agit pas d’un Européen qui aurait "aidé les Algériens". Maurice Audin n’était pas extérieur à ce peuple, il était un Algérien. Il en a de la chance, contrairement au million de pieds-noirs présents depuis plus de cinq générations qui durent quitter leur pays pour raison ethnique. Dans son discours aux assemblées algériennes, notre Président a sans surprise fustigé la colonisation sans un seul mot pour le million de déracinés, "la valise ou le cercueil", le massacre des harkis... C'est une caution qu'il devait au peuple de gauche et surtout aux communistes. Aussi, il est opportun de rappeler aux purs et durs de ce régime ce qu'écrivait leur illustre pionnier Friedrich Engels, meilleur ami et complice de Marx, quand il était correspondant à Paris pour le journal anglais Nothern Star, vol. XI, 20 janvier 1848, n° 535, p. 7:
"En somme, à notre avis, c'est très heureux que ce chef arabe (Abd-el-Kader) ait été capturé. La lutte des bédouins était sans espoir et bien que la manière brutale avec laquelle les soldats comme Bugeaud ont mené la guerre soit très blâmable, la conquête de l'Algérie est un fait important et heureux pour le progrès de la civilisation. Les pirateries des états barbaresques, jamais combattues par le gouvernement anglais tant que leurs bateaux n'étaient pas molestés, ne pouvaient être supprimées que par la conquête de l'un de ces états. Et la conquête de l'Algérie a déjà obligé les beys de Tunis et Tripoli et même l'empereur du Maroc à prendre la route de la civilisation. Ils étaient obligés de trouver d'autres emplois pour leurs peuples que la piraterie et d'autres méthodes pour remplir leurs coffres que le tribut payé par les petits états d'Europe.
Si nous pouvons regretter que la liberté des bédouins du désert ait été détruite, nous ne devons pas oublier que ces mêmes bédouins étaient une nation de voleurs dont les moyens de vie principaux étaient de faire des razzias contre leurs voisins ou contre les villages paisibles, prenant ce qu'ils trouvaient, tuant ceux qui résistaient et vendant les prisonniers comme esclaves.
Toutes ces nations de barbares libres paraissent très fières, nobles et glorieuses vues de loin, mais approchez seulement et vous trouverez que, comme les nations plus civilisées, elles sont motivées par le désir de gain et emploient seulement des moyens plus rudes et plus cruels.
Et après tout, le bourgeois moderne avec sa civilisation, son industrie, son ordre, ses "lumières" relatives, est préférable au seigneur féodal ou au voleur maraudeur, avec la société barbare à laquelle ils appartiennent".
Voilà ce que pense la plus grande référence du marxisme, qui publia les livres II et III de l'ouvrage Le Capital. Il ne s'agit pas ici de prendre le contrepied de la politique actuelle, mais de ne pas juger d'une époque avec les lunettes et les valeurs d'une autre. Il serait plus pertinent de critiquer la volonté française d'intégration des diverses peuplades au nom d'une mission civilisatrice saint-simonienne et de ne pas avoir su distinguer la Kabylie de l'Algérie, les kabyles des arabes. On croyait à l'époque que le tribalisme et les querelles ethniques étaient une garantie de l'ordre établi. Là est l'arrogance coloniale, le manque de respect envers les populations.
Il y a deux jours, une poussée de fièvre en Centrafrique et de violentes émeutes contre notre ambassade conduisent François Hollande à mobiliser puis renforcer nos troupes dans le pays. Les rebelles du mouvement Séléka progressent vers la capitale Bangui et le Président Bozizé soupçonne la France de ne pas le soutenir. Notre Président qui déteste tant le colonialisme devrait nous expliquer l'intérêt de conserver des troupes à Bangui, alors qu'elles sont présentes au Gabon et au Tchad. Mais surtout, jusqu'à quand mettrons-nous en place les dirigeants de ces pays, en sous-main, tandis que les discours les plus variés et fleuris sont prononcés sur la Françafrique de papa, le respect des peuples, la colonisation, la non-ingérence. De qui te moques-tu, François?