Nos amis candidats socialistes en concurrence pour diriger la France, ont des idées communes en ce qui concerne la Grèce, l'émission d'eurobond et la taxation des transactions financières. Avec de telles idées, aussi courtes que généreuses, ils ne peuvent que séduire, mais qu'en est-il vraiment?
S'agissant de la Grèce, dès qu'un accord a été trouvé au mois de juillet par le duo franco-allemand, nos candidats satisfaits ont regretté qu'il n'ait pas été trouvé plus tôt. Comme si c'était si simple! Or cet accord est remis en question par la Finlande qui demande des garanties aux Grecs pour leur propre participation, entrainant une contestation générale. Les médias sont peu diserts sur ce point qui a fait l'objet d'un billet sur ce blog. D'autre part, les Français commencent à la trouver saumâtre, de payer des impôts pour la survie européenne d'un peuple qui n'en paye pas. La Grèce inquiète par son incapacité à rembourser sa dette, les réunions de la zone euro se succèdent pour faire appliquer l'accord de juillet. Voilà que maintenant les Etats-Unis critiquent ouvertement les Européens sur la manière de faire face à la crise d'endettement excessif qui menace l'euro et l'Europe! Le secrétaire d'État américain au Trésor réclame que cessent les divisions, en particulier entre la BCE et les gouvernements européens, oubliant le spectacle affligeant qu'a donné le Congrès cet été. Le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, vient de lui répondre qu'il connaissait des pays dont l'économie était plus chancelante que celle de l'Europe. Ce n'est pas de la grande diplomatie, mais comment expliquer que ces circonvolutions sont le prix à payer de l'esprit démocratique que s'impose l'Europe? Cette réalité est à mille lieues des préoccupations des Français, et donc de nos candidats à la primaire.
S'agissant de l'eurobond, il est présenté comme la panacée car il procure des taux nettement moins élevés à tous les pays y participant. Encore faudrait-il pouvoir faire face aux besoins de financement de grands pays comme l’Italie ou l’Espagne, ce qui n'est pas le cas. En d’autres termes, si certains pays n’ajustent pas drastiquement leurs économies, la croissance de leurs besoins d’endettement ira bien au-delà des capacités de remboursement des pays vertueux. Dans tous les cas, l'eurobond ne peut être une solution que s’il est accompagné d’une nouvelle et meilleure garantie de vertu budgétaire et macro-économique. Or si cette garantie existait, nous n'en serions pas là et ce problème ne se poserait pas. Voilà encore une réponse simpliste de nos apprentis candidats à un problème complexe qui les dépasse, ou qu'ils ne souhaitent pas aborder car on ne gagne pas des voix sur ce thème.
S'agissant enfin de la taxation sur les transactions financières, Angela Merkel vient de demander aux États-Unis de soutenir ce projet, qui ont refusé net. La France et l'Allemagne y sont favorables alors que les Britanniques, inquiets pour l'avenir de la City de Londres, s'y opposent. La Commission fera une proposition en octobre. Sur ce sujet encore, les propos angéliques du PS sont loin de la réalité, mais qu'importe puisqu'il s'agit d'affirmer une opposition verbale à la richesse.
Personne ne doute que l'euro et l'Europe sortiront de la crise, à l'exception de ceux qui font campagne contre. Mais la réalité du pouvoir de demain est dans ces débats, et dans les négociations communes, non sur l'augmentation de 60 000 professeurs travaillant 18 heures par semaine. On s'étonnera ensuite de l'incompétence de nos politiques en matière européenne.
