Steve Jobs

Le génie informatique du siècle, Steve Jobs, vient de tirer sa révérence. Depuis longtemps, les gros titres de la presse se concentraient sur des individus qui ne grandissaient pas l'homme. Quel plaisir aujourd'hui de consacrer un billet à cet homme hors du commun, qui a lutté toute sa vie pour se créer un destin exceptionnel et qui aura modifié plusieurs fois et comme personne la façon de vivre de tous les humains. Dans son discours de "graduation" à l'université de Stanford en 2005, il rappelle quelques fêlures: la famille d'accueil choisie par sa mère biologique le refuse à sa naissance, puis sa vie dans le dénuement en recherche d'une passion après avoir renoncé au parcours universitaire, son éviction de la société Apple qu'il avait crée, puis son cancer du pancréas supposé le tuer en trois mois. Et toujours la lutte pour vaincre, la passion pour créer, le courage pour se dépasser. Il a inventé l'ordinateur personnel avec Apple II, la souris, les systèmes d'exploitation avec des icônes puis ipod, iphone, itunes, ipad, mais aussi les logiciels de dessins animés (Pixar). Il a la vision, sait s'entourer et attirer ses collaborateurs avec la force d'un gourou. 
Le chemin parcouru, la création en informatique, le passage du virtuel d'il y a trente ans à aujourd'hui est immense. Steve Jobs a deviné le réel à partir du possible et incarne parfaitement la réflexion de Proust: "Tout chef d'œuvre s'écrit dans une langue étrangère". Parlant des réalisations de Steve, le mot entéléchie conviendrait dans la mesure où ce qui était en puissance a trouvé sa perfection. Aristote définit ainsi le mouvement : la réalisation ou l’entéléchie du possible en tant que possible, parce que la réalisation ne commence qu’avec l’acte. Steve Jobs l'exprime de façon plus pragmatique en concluant son discours de "graduation" par sa devise: "stay hungry, stay foolish". Vous n'avez qu'une vie, dévorez la, foncez, suivez vos intuitions, croyez en vous et en vos possibilités et réalisez. N'abandonnez pas vos rêves, le monde suivra.
Steve Jobs n'a jamais voulu se mettre en lumière, et aujourd'hui il a décidé de se retirer pour mener son dernier combat, celui que l'on mène seul. Il rejoindra le Panthéon des grands hommes de l'humanité, sans tralala.

Saint Barthélemy

Nous ne pouvons pas fêter le 24 août, qui rappelle tristement le massacre de la Saint Barthélemy, massacre de protestants déclenché à Paris le 24 août 1572 et qui se répandit rapidement en province. Quelques jours plus tôt, le roi Charles IX invite tous les grands du royaume au mariage de sa sœur, Marguerite de Valois, fille de la reine- mère Catherine de Médicis, avec le prince protestant Henri de Navarre, futur Henri IV. Ce mariage devait signer la réconciliation entre catholiques et protestants, et cette stratégie royale était vivement critiquée par le pape Grégoire XIII, le roi d'Espagne Philippe II et une majorité de parisiens farouchement anti-huguenots. Pour affirmer leur politique d'ouverture, le prince Gaspard de Coligny, chef des protestants, fut nommé membre du conseil royal. Un attentat imprévu contre ce dernier le 22 août mettra le feu aux poudres dans Paris. Dans la nuit du 23 août, quelques assassinats ciblés de chefs protestants se transformèrent en massacre et le roi ordonnera en vain l'arrêt de cette boucherie. Ce déferlement de violences et de haine envers tous les protestants, quel que soit l'âge, le sexe et leur fortune, s'étendra rapidement à toute la France. Le 26 août, le roi revendiqua les attentats ciblés des chefs protestants et l'histoire lui fit endosser la responsabilité des 30000 assassinats dans toute la France. Les historiens modernes ont beaucoup plus de prudence et les responsabilités de la famille royale sont moins affirmées, sauf pour Jean Teulé. Notre journaliste-romancier décrit dans son dernier livre à succès le roi Charles IX comme un fou immature, l'appelant Charlie 9. Il est mort à 23 ans, peu après ce terrible carnage, mais comment fomenter un tel complot si l'on est immature? Jean Teulé sait qu'il est plus facile de distraire que d'instruire, suivant les traces de Patrick Rambaud qui a pour anti-héros Napoléon. Récompensé du prix Goncourt pour son livre "la bataille", il y décrit la semi-victoire de Napoléon à Eylau, bataille sanglante qui fit en deux jours plus de morts que la Saint-Barthélemy. Comme Saint-Exupéry, nos romanciers actuels trouvent moins de grandeur chez nos gouvernants que conservateur de la bibliothèque de Carpentras. chez le conservateur de la bibliothèque de Carpentras.
Ce 24 août, à Tripoli, les défenseurs de Kadhafi sont les protestants d'hier. Enfermés dans la ville, encouragés par leur chef absent au combat suprême, détestés par les rebelles de la dernière heure, ils sont condamnés à être massacrés. Les haines décennales et les vengeances ne seront arrêtées par aucun décret. Pendant que toutes les diplomaties se réjouiront de la fin de la tyrannie et du renouveau libyen, des hommes, femmes, enfants vieillards vont atrocement mourir, non pour une grande cause mais pour assouvir une vengeance, une rage, une haine, une frustration populaire qui a duré si longtemps. Le sang a toujours excité les foules, la toute puissance des armes rend aveugle et n'élève pas le niveau de conscience. En souvenir du 24 août, nous espérons que les innocents seront épargnés.
conservateur de la bibliothèque de Carpentras.

Fin de l'acte 1

"Il vaut mieux hasarder de sauver un coupable que de condamner un innocent" selon un principe de Zadig (Voltaire) inspiré de Zoroastre. Telle est la leçon donnée par le procureur Cyrus Vance qui abandonne les poursuites contre DSK. "Nous ne pouvons pas la croire au-delà du doute raisonnable", écrit-il. Après une série d'imprécisions et de mensonges, la parole de la plaignante n'a pas la consistance nécessaire pour envoyer un homme en prison pendant 74 ans. N'y a-t-il pas un juste milieu entre rien et 74 ans? Le point positif à accorder à la justice américaine est sa rapidité. Il aura fallu trois mois pour prononcer un non-lieu, alors que l'industriel Pierre Suard l'aura attendu 13 ans pour  un délit moins grave. C'est la fin de l'acte 1, car la plainte déposée au civil coûtera beaucoup d'argent à l'épouse de DSK. En effet, le rapport du procureur atteste que les deux partis ont eu une "relation sexuelle précipitée". "Bien que les premières expertises n'aient pas pu établir que les rapports avaient été forcés, elles établissent que l'accusé a engagé un rapport sexuel avec la plaignante (...). Elles ont également montré que la relation fut brève, laissant penser que le rapport sexuel n'était pas consenti" (L'Express). On avait découvert le "contact intime inapproprié" avec Clinton, on apprend aujourd'hui la "relation sexuelle précipitée". Nos chérubins sont de plus en plus instruits en ces matières depuis le début de cette affaire. Ils connaissent les traces de sperme sur la moquette et les sous-vêtements de la plaignante, les rougeurs sur le vagin dues aux brutalités, les fellations forcées, bref ils n'ignorent plus rien des ébats corporels. Les propos dans les cours de récréation doivent faire pâlir les plus prudes, car pendant des mois la médiocrité la plus crasseuse a envahi les ondes et les journaux. A l'époque de la parité prêchée sans modération par les PS, "les femmes représentent la moitié de l'humanité" lisait-on sur le site du PS, ils n'auront pas appris que le plaisir se partage, qu'il faut demander l'autorisation pour jouer avec le zizi d'une dame, "qu'un homme, ça se résiste" (Camus). A lire la réaction unanime de la classe politique, "Au PS, du bonheur et du soulagement" titrait ce matin Le Monde, ils ne sont pas près d'apprendre que ces comportements prédateurs sont indignes. Revenir sur ce sujet n'enrichit ni le lecteur ni l'auteur, mais l'innocence feinte et cette satisfaction des prétendants à la magistrature suprême affichée avec indécence valaient bien ce billet d'humeur.
Fait divers d'aujourd'hui: un homme, soupçonné d'avoir violé une femme enceinte dans un train près de Coulommiers, vient d'être interpellé (Le Point, l'express, Figaro...). C'était une relation sexuelle précipitée. Bon courage, chères mamans, pour éduquer vos chérubins!

Rentrée et sortie

La rentrée politique vient de sonner la fin des vacances. Le gouvernement présentera mercredi le budget 2012, qui ne sera évidement pas du goût des candidats à l'élection présidentielle de 2012. Du grain à moudre pour les émissions de radio du matin! 
A cinq jours de l'université d'été de La Rochelle, Martine Aubry a réuni dimanche à huis-clos son équipe de campagne et son conseil politique (80 personnes) pour affiner sa stratégie. Le PS s'est pourtant toujours opposé au travail du dimanche. La primaire socialiste désignera dans cinquante jours le candidat officiel du PS, les discours se multiplient, "mais ils disent tous à peu près la même chose. Et surtout, rien de très précis"(Le Point). Mais les rentrées font moins de bruit que les sorties. La sortie du "AAA" des États-Unis a animé les bourses et les vacances de nos gouvernements européens. La sortie des problèmes de DSK fera du bruit si toutes les charges étaient levées ce soir, après la convocation de la plaignante par le procureur. Mais la plus brillante sortie est celle de Kadhafi qui a perdu aujourd'hui la partie après 42 ans de pouvoir absolu. Il avait pourtant prédit de mettre l'Europe à feu et à sang, mais il nous avait habitué à ses déclarations fantasques. C'est la plus belle sortie de l'année et qui va faire réfléchir Bachar el-Assad, le boucher de Syrie. On ne tue pas impunément son peuple.
Au milieu de toutes ces entrées-sorties, dans un silence assourdissant, Helsinki s'est opposée au plan de sauvetage grec et a exigé une garantie de l'État grec. La Finlande pourrait ainsi bloquer le deuxième plan d'aide à la Grèce de 158,6 milliards d'euros, provenant aux deux tiers de prêts européens et du Fonds monétaire international (FMI) et pour le reste d'une contribution de créanciers privés de la Grèce (banques, assureurs et fonds). Elle  a exigé et obtenu un nantissement, une garantie réelle. En vertu de l'accord gréco-finlandais, la Grèce "va déposer dans les caisses de l'État finlandais une somme qui, ajoutée aux intérêts qu'elle produira, couvrira au bout du compte le montant du prêt garanti par la Finlande"(L'express). Cet accord bilatéral, s'il n'était pas jugé acceptable par les autres pays, compromettrait le plan d'aide à la Grèce, et ce sera le cas car d'autres pays exigeront les mêmes garanties, au nom du principe d'égalité, de précaution ou de gestion en "bon père de famille". Ainsi la Finlande, qui est un des six pays de la zone euro noté "AAA" par les agences de notation, va faire exploser l'accord du 21 juillet, et révéler les "profondes divisions au sein de l'Eurozone" (Merrill Lynch). Après la tourmente américaine, l'euro sera à nouveau sous les feux des spéculateurs. Qui peut être persuadé que la Grèce remboursera sa dette? Et que diront nos socialistes qui s'étonnaient de la lenteur du soutien à la Grèce, et qui rêvent déjà d'eurobonds?
La triste conclusion est que l'Europe politique n'existe pas. Jacques Delors, eurocrate convaincu,  n'a pas raison quand il écrit: «Le chaînon manquant, c'est la coopération entre les Seize [pays membres de la zone euro], la coordination des politiques économiques». L'ambition européenne était belle mais ne résiste pas à la crise: trop rapide élargissement après la chute du mur, inconsidérée la construction d'une Europe des marchands en espérant que le reste suive. Il faut arrêter cette fuite en avant, ce toujours plus d'Europe, et reconstruire une Europe à partir de peuples qui ont envie de se lier politiquement et démocratiquement (et on démarre mal avec les velléités flamandes). L'économie ne soude pas mais divise les peuples en cas de crise. Alors, qui va bientôt entrer ou sortir de l'euro, ou de l'Europe?