La facture de l'hôpital


Les négociations entre les syndicats de médecins et le ministère de la Santé s'enlisent, compromettant le fonctionnement des hôpitaux français dans un futur proche. Mais il est difficile de comprendre la situation, tant les chiffres avancés par la presse sont imprécis, voire faux. Pour comprendre la situation des heures supplémentaires mises depuis dix ans dans un panier appelé RTT, récupération du temps de travail, il faut revenir à l'origine.
La loi sur les 35 heures, imaginée par Dominique Strauss-Kahn et appliquée par Martine Aubry ne concernait pas la fonction publique. L'État, les collectivités territoriales et les hôpitaux n'avaient pas de problème d'emploi. Les 35 heures étaient destinées au privé, pas au public. Malheureusement la "dame des 35 heures", cédant aux syndicats, en décida autrement. Pour les hôpitaux, ce fut la catastrophe. Il fallut embaucher plus de 35 000 personnes, accepter le stockage des RTT et recourir à l'intérim pour éviter de graves dysfonctionnements. En 2008, le gouvernement monétisa 30% des RTT, puis la crise contraignit les hôpitaux de réduire la voilure. La cagnotte de RTT ne cessa de grossir, et dix ans après la mise en place des 35 heures, les personnels demandent l'application de la loi: soit ils prennent leurs deux millions de RTT avant la fin de l'année et les hôpitaux publics cessent de fonctionner, soit le ministère accepte de payer les heures supplémentaires. Sachant que des hôpitaux publics ont eu un déficit de 460  millions d'euros en 2010, le gouvernement esquive en période de rigueur, et les médecins se raidissent. 
Si les faits sont clairs, il n'en va pas de même pour les chiffres. Les Français sont connus pour leur faiblesse en économie, et la loi des 35 heures le prouve. Décréter une loi que l'on n'a pas les moyens d'appliquer en est la première preuve. Mais l'actualité est pire. On lit "à eux seuls les 41 000 médecins représentent la moitié des RTT accumulés par les 411 000 salariés des 1 300 hôpitaux publics français. Chaque médecin a stocké en moyenne environ six mois de RTT" (Le Monde, l'Express). Si 41000 médecins ont 1 million de jours à récupérer, la simple division donne moins de 25 jours par médecin, et non pas six mois. Et les 370 000 personnels restants se partagent le million de jours restants, soit trois jours par personnel, ce qui ne doit pas entraîner l'énorme dysfonctionnement annoncé.
Le journal Le Point cite les propos du Docteur François Aubart, président de la Coordination Médicale Hospitalière: "à raison de 300 euros par journée de RTT par médecin, cela représente un total de plus de 600 millions". On comprend alors que les deux millions de jours de RTT ne sont assignés qu'aux médecins. Mais le négociateur, en fixant à 300 € la journée de travail, met la barre un peu haut. Les médecins du service hospitalier sont loin de gagner 6000 € par mois. C'est bien regrettable car ils le méritent, et s'ils étaient payés à leur valeur, ils cesseraient de chipoter, ne compteraient pas leurs heures tout comme les cadres supérieurs, en reconnaissance des nombreuses années d'études payées par l'État.
Le journal Le Point du même jour rajoute: "un peu moins de deux autres millions de RTT ont été accumulés par d'autres catégories de salariés des hôpitaux, notamment des directeurs et des cadres"... Donc, le total des jours de RTT atteindrait 4 millions. Merci messieurs les journalistes de nous donner une information fiable, variant de un à quatre millions. Syndrome de Fukushima? 
On ne saura pas le nombre de jours de RTT des médecins, ni des infirmières, ni des personnels administratifs, car personne ne sait compter ni dans les hôpitaux, ni au ministère (se rappeler la commande fabuleuse de vaccins H1N1), ni chez les journalistes. Mais on retiendra la dramaturgie et l'exploitation politicienne, des uns comme des autres. Il faut mieux payer les personnels et arrêter de compter les heures par semaine. L'efficacité des personnels se mesure aux nombres d'heures par an. Compter moins, c'est s'exposer moins à mal compter.

La deuxième chance

Paix à son âme, pauvre Agnès, pauvre martyre de l'irresponsabilité collective, du conservatisme, masqués derrière les concepts de respect, de deuxième chance. Comment, à cette occasion, ne pas porter un regard sur notre société et ne pas rappeler les prises de position ou propos de responsables influents, dont le discernement mérite d'être étrillé, à l'aune de ce drame? Commençons par le collège de la seconde chance. L'engagement politique de la direction dans les années 40 ne grandit pas le collège mais seulement les hommes qui se sont opposés au régime nazi, risquant leur vie pour cacher des "anciens testaments" (nom de code des Israélites) ou des Américains recherchés par la Wehrmarcht. Les murs seuls se souviennent, si l'on peut dire de ce lycée ouvert sur un parc de 16 hectares, sans murs ni clôtures, illustration des valeurs de liberté, d'humanisme et de tolérance. Tant de concepts trop riches pour les dirigeants actuels, préoccupés de remplir leurs classes et les caisses d'un établissement aux principes démodés, qui se dépeuple, dont le niveau scolaire est bien inférieur à la moyenne française, et dont la "pédagogie alternative" n'est que l'euphémisme de "organisation bordélique". Que penser d'un directeur de lycée qui accepte l'admission d'un nouvel élève sans demander la moindre information, alors que les parents lui écrivent que "leur fils est en détention provisoire pour des faits graves qui les stupéfient eux-mêmes... et qu'ils se tiennent à la disposition du chef d'établissement pour dialoguer avec lui". Encore un qui n'est pas à la hauteur de ses responsabilités, et qui se cachera derrière des lois, des respects de vie privées...
Que penser d'autre part d'une Justice qui fait faire quatre mois de détention préventive à un violeur avéré, mais qui le relâche en attendant de le juger? De quel droit une détention préventive s'il est présumé innocent? Et s'il est reconnu coupable, preuves en main, aveux confirmés, pourquoi retarder le jugement? Le concept de justice expéditive a toujours effrayé les magistrats, et surtout les avocats. On en arriverait à penser qu'il y a quelque intérêt à faire durer les affaires!
N'oublions pas de faire un détour du côté des psychiatres et des psychologues qui assurent les suivis judiciaires et qui avaient déclaré l'assassin "pas dangereux" et "réinsérable". Certes, la psychiatrie n'est pas une science exacte, nous rabâche-t-on de puis quelques jours, mais elle était intouchable quand il s'agissait de déclarer irresponsable, en application de l’article 122-1 du code pénal, toute personne sous l’emprise de troubles mentaux au moment des faits (coups, blessures ou homicide). Et quand le Président Sarkozy avait souhaité en 2007 que les procès aient lieu, quand bien même l'auteur d'un crime aurait été déclaré pénalement irresponsable, nous avons entendu les cris d'orfraie de toute une communauté. Et ce n'était rien comparé aux propos excessifs proférés à l'occasion de nouvelles dispositions de la justice des mineurs votées cet été, qui se résument à la réduction des délais de jugement, et la création d'un tribunal correctionnel pour mineurs de 16 à 18 ans. Cette dernière mesure aurait été bien utile et pourtant nous avons pu lire ces outrances: réforme de la justice: les mineurs au pilori (site NPA), non à une réforme dangereuse et expéditive (site Unicef), la France au ban des Nations (soutenu par Unicef, Médiapart). "On est en train de préparer quelque chose qui ressemble à de la barbarie", (Catherine Dolto), ajoutant : "C'est une régression fantastique,  je ne pensais pas voir ça de mon vivant...", un juge dépecé, une justice démantelé, dit le président du tribunal pour enfants de Bobigny, Jean Pierre Rosenczweig, soutenu fermement par l'ex-ministre Pierre Joxe.
Cette défense des juges pour enfants pour conserver leur fromage apparaît aujourd'hui ridicule. Vont-ils se relire, tous ces grands spécialistes recroquevillés sur leurs prébendes, malades de leurs conservatismes ou idéologues déconnectés du monde qui change trop vite pour eux? Quand voudront-ils se pencher sur l'intérêt de tous les citoyens et cesser de voir midi à la porte de leur corporation? François Hollande et le PS avaient voté contre les centres fermés pour mineurs, au coeur de la réforme du Premier ministre. Aujourd'hui, André Vallini conseiller juridique de François Hollande, déclare: «nous avons peut-être eu tort de nous opposer à la création de centres éducatifs fermés, vient-il de répéter. On peut faire amende honorable.» Eux aussi demandent une deuxième chance.