Grand froid et mauvaise foi

Le quatrième pouvoir! 37.415 journalistes français en 2010, dont 58% dans la presse écrite. De véritables industries au service de l'information, des multiplicités de produits pour tout savoir, en tout domaine, en tout lieu, dans l'instant, pour mieux comprendre le monde. Mais ces organes d'information ne sont pas neutres, et les journalistes doivent tenir compte de l'opinion de leurs lecteurs. Dans le traitement du dossier "grand froid", les majors de la presse écrite viennent de démontrer que l'information n'est là que pour corroborer l'opinion du journal. Nos majors parisiennes ne sont plus des journaux d'information mais des journaux d'opinion. Ainsi que le rappelait jeudi Le Parisien, le froid sibérien qui traverse l'Europe a déjà fait 540 victimes, mais la presse d'opinion n'attend que l'incident ou l'insuffisance électrique, soit de la France pro-nucléaire ou de l'Allemagne qui vient de fermer 7 réacteurs nucléaires. Il en va de la crédibilité de l'accord PS-Verts et de la fermeture prochaine de 24 réacteurs nucléaires français. Quand Le Monde titre "Le nucléaire est-il vraiment un atout en période de grand froid?" on tombe très bas dans la mauvaise foi, voire dans l'imbécilité. Il suffit de fouiner longuement sur la toile pour enfin se faire une idée.
Libération rappelait la semaine dernière que la France n’a été importatrice nette sur un jour complet que durant quatre jours en 2011, contre soixante-douze en 2010. Les échanges avec les pays frontaliers ont affiché un solde positif de 55,7 TWh, en hausse de 89%. Les causes : baisse de consommation en France, chute de l’hydraulique espagnol et arrêt définitif de sept réacteurs nucléaires en Allemagne. Si la France a besoin d'importer de l'électricité de l'Angleterre et de l'Allemagne, ce n'est que pour affronter les pics de consommation qui ont lieu à 19 heures par temps très froid. Les mêmes pics ont lieu plus tôt chez nos voisins, et ce décalage leur libère une capacité électrique qu'ils nous vendent très cher. Le graphe de La Tribune montre l'évolution journalière de la consommation en France. 
Libération rappelait qu'avec un pic à 97 000 MW mercredi dernier, la France était très légèrement exportatrice (le vent a permis une meilleure efficacité des éoliennes). Mais faut-il pour autant investir dans une nouvelle unité de production ou importer, pour seulement quelques heures par an? Si le besoin reste stable, la réponse est évidemment non. Faut-il vouloir à tout prix que la gauche l'emporte pour titrer que le nucléaire n'est pas un atout en période de grand froid. Etonnant pour un quotidien qui se veut intellectuel, au lieu de féliciter EDF d'avoir su faire face à la demande record!
Les pics de consommation croissent chaque année, reflétant un besoin électrique toujours plus grand (voir graphe du Figaro).  La Tribune explique qu'en France, un degré de moins appelle une puissance supplémentaire de 2.300 MW, en Allemagne elle n'est que de 500 MW (300 MW en Italie et 600 MW au Royaume-Uni). Le site slate explique: la consommation d'électricité par habitant atteint 7.491 kWh par an en France, contre 6.429 en Allemagne, 4.885 en Italie, ou 5.277 au Royaume-Uni. Pour info, 22.466 kWh pour les Norvégiens. Le chauffage électrique équipe un tiers des résidences principales en France, il est choisi par environ 60% des nouvelles constructions résidentielles. Si l'on tient compte de l'augmentation de la population, mais surtout de l'augmentation de la taille des logements par habitant, le besoin ne fera que croître, et la fermeture de centrales comme le demande François Hollande, à commencer par Fessenheim, provoquera un énorme problème. Il faudra au contraire augmenter la capacité de production à l'avenir, tout en se souvenant qu'à 19h, heure du pic de consommation, soleil et vent sont souvent couchés, réduisant l'efficacité de ces énergies renouvelables. L'Allemagne assume son choix commercial et écologique. Le Monde rapporte qu'elle a aussi dû réduire ses exportations de 20 % vers l'ensemble de ses voisins, et ses émissions de CO2 sont cinq fois supérieures à la France (300 millions de tonnes par an contre 60 en France). Elle doit utiliser en ce moment ses réserves froides et polluantes. Si la Gauche française pense qu'on peut jouer avec l'indépendance énergétique, la balance commerciale, la satisfaction des besoins internes et le CO2, alors il faut appuyer le programme PS-Verts et fermer ce qui marche bien cette année. Les médias nous y encouragent avec leur dénigrement constant du nucléaire.

Un vent de gauche

François Bayrou avait giflé Yacine, 11 ans, pris la main dans sa poche dans une cité de Strasbourg, en 2002. "Je connais les Français. Ils me sauront gré de ce geste", disait-il au Parisien, et effectivement, ce geste avait été plébiscité. En 2011, le député maire de Villeneuve-sur-Lot, Jérôme Cahuzac, estimait sa réaction "adaptée et proportionnée" en assénant vendredi deux gifles à un jeune qui l'avait "insulté" et "bousculé" (Libération). Mais les temps changent, à moins que le vent de gauche espéré par les magistrats ne leur redonne de la vaillance . Vendredi dernier, le maire de Cousolre, une petite commune du Nord, comparaissait devant le tribunal pour "violence par personne dépositaire de l'autorité publique". Il avait giflé le petit caïd local de 16 ans qui dégradait, insultait, provoquait. "Vous vouliez le tribunal, parce que vous vouliez une tribune !", lui a intimé le procureur, agacé par le soutien des maires locaux. "La jeunesse n'est pas une maladie!" poursuivit-il avant de requérir une peine de 500 euros contre le maire, au lieu de démontrer en quoi la gifle donnée au jeune garçon est "une violence par personne dépositaire de l'autorité publique". Même la journaliste du Monde n'en a pas cru ses oreilles, son blog est édifiant.
Ce fait divers qui n'aurait jamais dû être divulgué ni jugé est révélateur de notre société. Si vous êtes puissant et médiatique, les jugements de cour vous rendent plutôt blancs. Un petit maire de village n'a aucune chance devant notre Justice qui tient tant à montrer son indépendante vis-à-vis du pouvoir, mais pas des idéologies. Où ce vent de gauche nous mènera-t-il? Car il a soufflé très fort, ce week-end, dès que le mot civilisation a été lâché! Inouï d'entendre que "toutes les civilisations ne se valent pas", dans un pays qui revendique sans cesse l'égalité. Combien d'internautes n'ont-ils pas rappelé le nazisme, les camps de la mort, et l'inquisition romaine! Nous n'avons pas à être fiers de ce que nous fûmes, etc... et les points Godwin ont été distribués par poignées. (Rappel de la loi Godwin: plus une discussion en ligne dure longtemps, plus la probabilité d'y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Adolph Hitler s'approche de 1). Le vent de gauche doit balayer des mots tabous, race, civilisation, culture, identité, autorité, car l'adjectif nauséabond n'est jamais loin. La possible alternance qui est la force des démocraties nous condamnerait-t-elle à revivre les contritions, flagellations et résipiscences publiques? Qu'il est triste de vieillir pour une civilisation, qui finit par engendrer tant de niaiseux, de déplaisants.
Pendant ce temps, un pays jeune se rassemble autour de son sport favori, un peuple sans complexe se passionne pour la finale du super bowl: 70 000 spectateurs dans le stade couvert d' Indianapolis ont assisté dimanche à la victoire au finish, à la dernière minute, des Giants de New York par 21 à 17 face aux Patriots de la Nouvelle Angleterre. Un sport taillé sur mesure pour ce monde de consommation et d'image: car il y avait aussi... 111 millions de téléspectateurs, soit plus d'un américain sur trois devant son poste pour plus de 3h30 de reportage, 120 messages publicitaires à US$ 3,5 millions le spot, un show époustouflant de Madona et aussi le match dont les statistiques nous apprennent: 1h07 de joueurs filmés entre les phases de jeu, 17 minutes de reprises des jeux et 11 minutes d’action effective. Ce n'est pas l'action effective qui compte, mais le rythme, la dynamique, le spectacle qui rassemble, qui soude, dont on parlera demain dans les bureaux, les usines, à la Bourse, au Mac Donald. Ils n'ont pas besoin d'un débat sur l'identité, ou sur les civilisations, ni de magistrats qui protègent la jeunesse contre l'autorité. Ils restent jeunes et simples, et n'ont pas de temps pour les empêcheurs de danser en rond, protégés des vents mauvais.