Les récentes violences urbaines qui ont sidéré l'Angleterre et stupéfié ses voisins, ont été qualifiées de Jacquerie par le spécialiste Alain Bauer, (Le Figaro). Jusque-là, les émeutes anglaises étaient surtout intracommunautaires, opposant Jamaïcains et Pakistanais, mais dans le cas présent, les casseurs se sont ligués contre un ennemi commun, l'État et ses représentants. En ce sens, elles peuvent être assimilées à une Jacquerie. La première, à qui on doit le nom, se produisit en 1358 dans une France sens dessus dessous. Les paysans sont écrasés par l'impôt, une fois pour armer la noblesse défaite honteusement à Poitiers puis pour payer la rançon du Roi Jean II le Bon, captif depuis cette même bataille. Le pays est décimé par la Grande Peste, puis pillé soit par les troupes anglaises d'Édouard III, soit par les compagnies, nom donné aux mercenaires démobilisés pendant les trêves qui se regroupaient pour vivre sur l'habitant. La vacance de pouvoir favorise les intrigues: Étienne Marcel, le prévôt des marchands, prend le pouvoir à Paris tandis que le Roi de Navarre tente de s'emparer du pouvoir royal. Désemparés, exaspérés par les pillages et les impôts, déçus par une noblesse couarde au combat, une centaine de paysans du Beauvaisis se révoltèrent brusquement, s'attaquant aux pilleurs, aux nobles, aux châteaux. Cette révolte spontanée et sanglante se propagea rapidement dans le pays. Les Jacques, nom donné aux paysans, commirent les pires excès et leur alliance avec le prévôt de Paris ne dura pas. Désorganisés, sans programme, ils furent rapidement massacrés par la noblesse qui se ressaisit. La violence aveugle de cette insurrection frappa de terreur tous les contemporains.
Une insurrection est un soulèvement armé ou non, la révolte d'un groupe ou d'une population contre un pouvoir établi. Les acteurs de cette insurrection y rattachent une notion de droit, de justice. A un an des Jeux Olympiques à Londres, le Premier ministre Cameron est soucieux de l'ordre public et de pouvoir maîtriser toute future jacquerie. Est-il anachronique de rappeler que le droit à l'insurrection est reconnu dans la Constitution de 1793, jamais appliquée, ainsi que dans la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1793, article 35: "Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs." Fort de cet héritage, nous nous devons de soutenir les peuples afghans contre les Talibans, les rebelles libyens et syriens contre leurs dictateurs. Doit-on aller jusqu'à comprendre les jacqueries anglaises ou françaises, ces révoltes spontanées qui traduisent le malaise de nos sociétés au pouvoir politique affaibli par la finance mondialisée?
