Haut et bas d'Obama

Ayons une pensée pour nos amis de l'autre coté de l'Atlantique. Ils ont assisté à un spectacle effarant. La première puissance mondiale menacée de cessation de paiement parce que les guerres de pouvoir l'emportaient sur l'intérêt du peuple américain. Le président Obama est déjà candidat à sa propre succession, et il fallait l'affaiblir ainsi que sa politique. En effet, le plafond de la dette américaine a été relevé 39 fois depuis 1980, et en dix fois depuis dix ans, le plafond a été relevé de 6 à 14 milliards, Obama ayant obtenu trois fois l'augmentation du Congrès. Le Congrès comprend le Sénat dirigé par un démocrate, en charge des États et de la politique nationale, et la Chambre dirigée par un républicain qui s'occupe des problèmes de la vie quotidienne des citoyens. Un compromis a enfin été trouvé, qui prévoit de réduire le déficit public de 2.400 milliards sur 10 ans sans passer par une hausse des impôts. La loi votée par le Sénat quelques heures avant l'échéance, autorise un relèvement de la dette de 2.100 milliards. Cet accord ne satisfait personne, mais écarte le risque du défaut de paiement aux effets dévastateurs: les G.I. d'Afghanistan n'auraient plus été payés, par exemple. L'accord déplaît autant aux démocrates, aux républicains, aux marchés et à la Chine:
- Le taux de chômage reste élevé, 9,2%, et la croissance a ralenti cette année. Les coupes dans les dépenses publiques vont affecter les classes moyennes et freiner la relance économique, donc entraver la capacité du gouvernement à traiter la crise de l'emploi et de la croissance. Pour les économistes, "le plus gros obstacle à la prospérité n'est pas le déficit budgétaire mais le manque de croissance et d'emplois".
- Les coupes budgétaires ne sont prévues qu'à partir de 2013, et les marchés les estimaient à 4000 milliards pour maintenir la fameuse notation triple A. Ils doutent surtout que ces coupes ne soient reportées aux calendes grecques (sans jeu de mot). Les Chinois s'inquiètent aussi, écrivant dans le Quotidien du peuple: "les problèmes de leur dette souveraine demeurent non résolus". "Ceux-ci sont simplement reportés et la tendance est qu'ils empirent. Cela jette une ombre sur le rétablissement de l'économie américaine et est porteur de risques et de préoccupations encore plus importants pour l'économie mondiale". Les mouvements des Bourses mondiales confirment cette crainte.
- Le Pentagone s'alarme car la moitié des coupes viseraient la Défense. La Droite s'inquiète des dégâts dans les opérations en Afghanistan et dans la sécurité nationale. Obama pourrait alors négocier une augmentation des dépenses militaires contre une hausse des impôts des plus riches. Le bras de fer contre le Tea Party n'est pas terminé. 
Sous la présidence de Sarkozy, la dette publique a augmenté de 65 à 85% du PIB, ce que les Français considèrent comme un échec économique patent. Ils sont plus tolérants avec Obama dont la dette a grimpé dans le même temps de 60 à 100%. Après l'emprunt de 238 milliards de cette semaine, les États-Unis ont rejoint le club des pays dont la dette est supérieure à 100% du PIB. Au sein de l'OCDE, le "club des 100%" comprend la Belgique, l'Islande, l'Italie, le Portugal, l'Irlande, la Grèce et le Japon. Mais les États-Unis sont les seuls à être notés AAA par les agences de notation. Jusqu'à quand?

La famine

L'Union Africaine (UA), créée en 2002 à Durban sous l'impulsion de Kadhafi comprend 54 membres, soit tous les pays d'Afrique moins le Maroc. Son but est d'œuvrer à la promotion de la démocratie, des droits de l'homme et du développement à travers l'Afrique. Pour faire face à la  sécheresse qui frappe quelque 12 millions de personnes dans la Corne de l'Afrique depuis un mois, l’UA vient enfin de réagir, non pas en envoyant des subsides, mais par l'annonce d'une conférence sur l'aide aux victimes le 9 août à Addis-Abeba. Une réaction était attendue car la communauté internationale est mobilisée par le drame qui se joue en Somalie particulièrement, où les ONG sont refoulées par des combattants moudjahidines, appelés shebabs. 
Shebab est le pluriel de "jeune", en arabe. Ces proches d'Al-Qaïda, manipulés, sans programme,   accusent l’ONU de mentir sur la famine et de provoquer des déplacements de populations. Ils occupent des quartiers de Mogadiscio et deux régions du sud de la Somalie: le sud de Bakoul et du Shabelle inférieur. Ils persistent à nier la gravité de la crise: «il y a une sécheresse en Somalie mais pas de famine. Ce qui est déclaré par l'ONU est faux à 100%» disait le porte-parole le 22 juillet. La famine est définie quand le taux de malnutrition aiguë est supérieur à 30% chez les enfants et que le taux de mortalité dépasse deux décès par jour pour 10000 habitants. Celui de la Somalie se situe à 7,4 pour 10000 habitants. La situation est donc dramatique, sauf chez les Shebab. Heureusement, les nombreux fonctionnaires internationaux de l'UA, grassement payés, vont se réunir la semaine prochaine. 
Prendront-ils une décision, ou se fixeront-ils un calendrier de réunions? Ils ne peuvent officialiser cette organisation terroriste, ces shebab, ces fous du diable, mais doivent trouver une solution politique à l'État somalien: soit apporter un soutien inconditionnel au gouvernement fédéral de transition, qui n'a aucun pouvoir et ne dirige même pas sa capitale, soit créer un État fédéral. La Somalie est un État désintégré, qui fait la quête pour deux millions de personnes affamées et déplacées, tandis qu'une économie souterraine florissante enrichit une ploutocratie, grâce aux trafics et à la piraterie.
Pendant ce temps de disette, d'autres musulmans choisissent de jeûner, seulement le jour, car il est autorisé de se goinfrer la nuit pendant le ramadan. Comme si la purification ne devait se manifester qu'en pleine lumière, et que Dieu ne voyait pas nos vices dans l'obscurité de la nuit. A chacun son mode de vie et sa croyance, mais refuser de boire en été et en pleine chaleur pendant les 15 heures de jour n'est vraiment pas judicieux. Ces rites ont-ils d'autres buts que de souder une communauté?

Mauvaise foi et espérance

L'anticyclone des Açores est de retour pour le mois d'Auguste et de vacances, et nous en finirons donc avec la dépression, et la sinistrose française. En sera-t-il de même de la mauvaise foi? La polémique sur les déclarations de Jean-Marie Le Pen et le hourvari de la Gauche qui s'ensuit confirme le degré zéro de la politique et l'établissement d'une police de la pensée. Et pourtant, Le Pen et le gouvernement norvégien ont un point commun, les valeurs du passé et le repli sur soi. Les forces militaires norvégiennes qui intervenaient en Libye viennent de quitter la coalition, mesure symbolique mais qui s'impose. On ne peut s'associer à des frappes en Libye quand on désarme ses policiers. Il reste deux polémiques, l'affaire DSK et le vol AF447, où s'exprime la mauvaise foi dans la tournure drolatique "on ne saura jamais ce qui s'est passé " dans la chambre ou le cockpit. Et pourtant nous le savons tous, mais les intérêts financiers conduisent certains responsables à ne pas avouer, à dissimuler, réprouver, fronder, fustiger. Le procureur de New-York et le BEA (Bureau d'Enquêtes et d'Analyse pour la sécurité de l'Aviation civile) se voient sévèrement critiqués par des avocats. La communication et l'âpreté de la lutte en font oublier le drame.
La bonne nouvelle, qui redonne espoir et optimisme, est la simili rébellion du procureur de Dunkerque. La rébellion, c'est sa décision inédite de freiner les incarcérations, à cause du manque de place en prison. Elle est simili, car dès qu'il reçoit instruction d'annuler sa directive, il s'exécute sans état d'âme ni commentaire. Par son attitude, il rappelle la formule caractérisant l'obéissance dans la Compagnie de Jésus, "Perinde ac cadaver", mais aussi la grandeur des fonctionnaires qui s'approprient leur fonction. Cet homme décide de visiter une prison au lieu de rester dans son bureau. Il découvre une situation intenable et prend une mesure: la suspension "de l'exécution des écrous" jusqu'au 5 septembre, sauf pour les infractions les plus graves, "en raison du surencombrement de la maison d'arrêt de Dunkerque et des autres établissements pénitentiaires" du secteur. "Sur Dunkerque, on doit être à 150 personnes détenues pour 100 places. Quand vous faites coucher des gens sur des matelas, vous vous heurtez aux obligations liées au respect de la vie humaine, aux problèmes d'hygiène, au risque de violences...", avait expliqué M. Muller. La visite d'un responsable ne doit jamais être gratuite, et ce procureur doit être félicité pour son courage et son sens des responsabilités. Le ministère, pour des raisons politiques et de cohérence avec sa stratégie, refuse cette initiative. Le haut fonctionnaire s'exécute sans maugréer, mais il est convaincu que les instances parisiennes prendront en compte cette situation inhumaine. Chacun a fait son travail, à son niveau de responsabilité, et c'est ainsi qu'un système progresse. Les conditions de vie des prisonniers ne s'amélioreront pas du jour au lendemain, mais si les hommes de terrain, en province, commencent à s'intéresser aux conditions de vie des hommes au lieu de défendre seulement les institutions, la France et les Français se porteront mieux, et cesseront d'être dépressifs. S'agissant de cette affaire, le blog de Philippe Bilger, ancien avocat général, écrit avec intelligence et une plume coruscante, mérite d'être lu.