Licenciement boursier

Ce weekend avait lieu la fête de l'Humanité, journal crée par le socialiste Jean Jaurès en 1904, qui devint le journal du parti communiste dès 1920. S'il n'est plus organe de ce parti depuis 1994, il en reste très proche. Cette fête créée en 1930 devait contribuer au financement du journal, sous des dehors de "solidarité prolétarienne". Cette fête populaire attire environ 600 000 personnes, venant militer ou simplement assister à des concerts, cette année Joan Baez, Noah, Lavilliers. La France est certainement le dernier pays démocratique dont le parti communiste reste populaire, et il est tout de même inquiétant que trois candidats aux primaires du parti socialiste aient répondu à l'invitation de Jean-Luc Mélenchon, soient Royal, Aubry et Montebourg. Vont-ils chercher des voix ou doivent-ils ainsi prouver leur positionnement à gauche? Ont-ils oublié que la ligne éditoriale du journal a toujours suivi la ligne politique du PC, soutenu Staline à ses pires moments, approuvé le pacte germano-soviétique, soutenu le FLN, le Vietcong? Qu'importe! L'Élysée vaut bien une messe rouge. Ségolène Royal s'est rapprochée du leader du Front de Gauche en lui proposant deux projets de loi, sur la réforme bancaire et sur les licenciements boursiers. Mélenchon s'est réjoui, jugeant qu'elle "commençait à parler notre langue". 
Mais qu'entend-elle par licenciement boursier, car nulle définition n'existe? Il existe une définition d'un licenciement pour motif économique: soit l'entreprise est en difficulté, soit elle le deviendra si sa compétitivité n'est pas améliorée par une restructuration. Tous les chefs d'entreprise, les syndicats et les juges connaissent ces définitions et vérifient la pertinence des justifications économiques. Sur ces licenciements, notre Ségolène nationale s'était déjà engagée en janvier 2011: "Alors moi je pense qu'il faut inscrire dans la loi l'interdiction des licenciements boursiers... il faudra prévoir le remboursement immédiat de l'ensemble des aides publiques reçues par les entreprises qui délocalisent ou qui licencient lorsqu'elles font des profits". Voilà pour la menace, et les grandes multinationales du CAC ou du Footsie n'ont qu'à bien se tenir. Plus loin, elle expliqua sa définition, que personne ne lui reprocha tellement nous sommes accoutumés au folklore et à l'impéritie de nos leaders politiques: "un licenciement boursier c’est un licenciement qui n’a aucune raison d’être, c’est-à-dire dans une entreprise qui fait des profits, dans une entreprise qui est florissante, mais dans une entreprise qui veut encore gagner plus d’argent, ou bien dans une entreprise qui subit le diktat d’un marché financier".
Que répondre à ces inepties? Il n'existe pas de chefs d'entreprise qui licencient de gaieté de cœur, bien qu'il existe des actionnaires sans scrupule qui veulent gagner toujours plus, sans respect du métier ni des travailleurs. N'y a-t-il pas de même des politiques prêts à dire n'importe quoi pour plaire et être élus? Dire que des licenciements n'ont aucune raison d'être est outrancier, et suggérer qu'un licenciement n'est pas moral quand une entreprise fait des profits est aller vite en besogne. L'entreprise doit gérer au mieux l'argent que les actionnaires lui ont confié et le faire fructifier. Ne pas gérer au mieux leur placement serait considéré "immoral" par ces épargnants. 
De tels arguments de tribun montrent que sur de tels sujets, on est bien plus dans le pathos que dans le droit. Pourtant, sur de telles bases le peuple de gauche se met en marche, et chante et danse à la fête de l'Humanité, en rêvant de mettre les riches à la lanterne, ah, ça ira, ça ira, ça ira! Ainsi se préparent-ils à prendre le pouvoir, pensant remettre l'humain au centre des préoccupations. De quoi frémir!