Après avoir dénoncé le fonctionnement technocratique de la Commission sans le soutien populaire, l'auteur rappelle les différentes erreurs dans la construction européenne, et la première fut l'élargissement en trois étapes. Tout d'abord le Royaume Uni, le Danemark et l'Irlande, qui poussent vers le libéralisme. Puis l'Espagne, le Portugal et la Grèce, pays du Sud favorisés par la France pour un meilleur équilibre Nord-Sud. Mais avait-on besoin de les faire rentrer dans l'euro? Et enfin, à marche forcée, les pays de l'Est et en premier Chypre non réunifié, puis un à un, alors qu'ils ne cherchaient qu'une protection américaine via l'OTAN contre l'ogre russe. Leur nationalisme a déstabilisé la Commission qui espérait renforcer le supra-nationalisme. Depuis, c'est la politique du troc. Chypre et la Pologne autorisent la baisse de TVA sur un produit français en échange d'un soutien sur leurs dossiers personnels. Les nationalismes se développent jusqu'à la défiance envers le processus de Bologne. Et l'erreur vient de Jacques Delors, dès l'origine, déclarant: "ils ne veulent pas faire l'Europe politique, nous allons les forcer en passant par l'économie". Dans cet esprit est élaboré l'Acte unique, signé par 12 pays en 1986, qui instaure la libre circulation des marchandises, des services, des personnes et des capitaux. Mais il contient 300 articles, et C. Allègre se demande si J. Delors les a tous lus. Le commissaire européen au commerce extérieur, Léon Brittan, l'homme de main de la Dame de fer, va démanteler toutes barrières tarifaires, éliminer secteur après secteur toutes dispositions susceptibles de protéger le marché européen. Sous la présidence de J. Delors, ancien ministre de l'économie et des finances, chargé d'appliquer les propositions du programme commun de François Mitterrand et en particulier les nationalisations, aidé du socialiste Lamy, Bruxelles va devenir le bastion du néolibéralisme. Après la création de l'euro, due à la pugnacité française et au courage allemand, l'Europe politique ne suivra pas et Bruxelles va mélanger dans la même structure les pays de l'euro et ceux hors zone euro. Et le libéralisme intégral va tuer le libéralisme. Les banques vont multiplier des produits financiers de plus en plus opaques, avec des connexions interbancaires de plus en plus complexes, que même le G20 ne pourra contrôler. Le système bancaire va se découpler de l'économie réelle, et provoquer des crises en cascade. Keynes considérait qu'au dessus de l'économie, il y avait la politique, et au dessus de la politique, il y avait la morale et la philosophie. C'était un autre siècle. On ne cesse de parler de justice sociale et les plus fortunés du show-biz, du sport, des entreprises ne payent pas leurs impôts en France. La désillusion progressive sur l'utilité de l'Europe a induit le sentiment de la peur, la peur de tout: panique de la vache folle (trois cent mille vaches abattues pour rien en France), grippe aviaire, virus H1N1 (millions de vaccins commandés en urgence et en vain), OGM puis viande nourrie d'OGM, peur des immigrés, peur de l'amour (Sida), peur de ne plus avoir de retraite, peur du réchauffement climatique alors que les effets putatifs n'interviendront que dans un siècle, peur du nucléaire... institutionnalisées par le principe de précaution qui instaure la peur au rang de vertu première avant même de savoir, et fait de l'irrationnel une méthode de pensée. Sur cette idéologie de la peur s'est construit l'écologisme, fait d'interdictions et de régressions. Une planète de 9 milliards d'habitants pose des problèmes d'équilibre avec la nature qui n'existaient pas auparavant. La protection de l'eau, de l'air, l'épuisement des ressources minières, énergétiques, le risque de sous-alimentation protidique doivent conduire à des développements nouveaux et non à des arrêts de programme. Il faut créer un sursaut salvateur pour dissiper cette peur de l'avenir, typiquement européenne, et ce sursaut ne peut venir que de l'Europe. Il faut sauver l'Europe. (à suivre)Claude Allègre et l'Europe: erreurs et conséquences (3)
Après avoir dénoncé le fonctionnement technocratique de la Commission sans le soutien populaire, l'auteur rappelle les différentes erreurs dans la construction européenne, et la première fut l'élargissement en trois étapes. Tout d'abord le Royaume Uni, le Danemark et l'Irlande, qui poussent vers le libéralisme. Puis l'Espagne, le Portugal et la Grèce, pays du Sud favorisés par la France pour un meilleur équilibre Nord-Sud. Mais avait-on besoin de les faire rentrer dans l'euro? Et enfin, à marche forcée, les pays de l'Est et en premier Chypre non réunifié, puis un à un, alors qu'ils ne cherchaient qu'une protection américaine via l'OTAN contre l'ogre russe. Leur nationalisme a déstabilisé la Commission qui espérait renforcer le supra-nationalisme. Depuis, c'est la politique du troc. Chypre et la Pologne autorisent la baisse de TVA sur un produit français en échange d'un soutien sur leurs dossiers personnels. Les nationalismes se développent jusqu'à la défiance envers le processus de Bologne. Et l'erreur vient de Jacques Delors, dès l'origine, déclarant: "ils ne veulent pas faire l'Europe politique, nous allons les forcer en passant par l'économie". Dans cet esprit est élaboré l'Acte unique, signé par 12 pays en 1986, qui instaure la libre circulation des marchandises, des services, des personnes et des capitaux. Mais il contient 300 articles, et C. Allègre se demande si J. Delors les a tous lus. Le commissaire européen au commerce extérieur, Léon Brittan, l'homme de main de la Dame de fer, va démanteler toutes barrières tarifaires, éliminer secteur après secteur toutes dispositions susceptibles de protéger le marché européen. Sous la présidence de J. Delors, ancien ministre de l'économie et des finances, chargé d'appliquer les propositions du programme commun de François Mitterrand et en particulier les nationalisations, aidé du socialiste Lamy, Bruxelles va devenir le bastion du néolibéralisme. Après la création de l'euro, due à la pugnacité française et au courage allemand, l'Europe politique ne suivra pas et Bruxelles va mélanger dans la même structure les pays de l'euro et ceux hors zone euro. Et le libéralisme intégral va tuer le libéralisme. Les banques vont multiplier des produits financiers de plus en plus opaques, avec des connexions interbancaires de plus en plus complexes, que même le G20 ne pourra contrôler. Le système bancaire va se découpler de l'économie réelle, et provoquer des crises en cascade. Keynes considérait qu'au dessus de l'économie, il y avait la politique, et au dessus de la politique, il y avait la morale et la philosophie. C'était un autre siècle. On ne cesse de parler de justice sociale et les plus fortunés du show-biz, du sport, des entreprises ne payent pas leurs impôts en France. La désillusion progressive sur l'utilité de l'Europe a induit le sentiment de la peur, la peur de tout: panique de la vache folle (trois cent mille vaches abattues pour rien en France), grippe aviaire, virus H1N1 (millions de vaccins commandés en urgence et en vain), OGM puis viande nourrie d'OGM, peur des immigrés, peur de l'amour (Sida), peur de ne plus avoir de retraite, peur du réchauffement climatique alors que les effets putatifs n'interviendront que dans un siècle, peur du nucléaire... institutionnalisées par le principe de précaution qui instaure la peur au rang de vertu première avant même de savoir, et fait de l'irrationnel une méthode de pensée. Sur cette idéologie de la peur s'est construit l'écologisme, fait d'interdictions et de régressions. Une planète de 9 milliards d'habitants pose des problèmes d'équilibre avec la nature qui n'existaient pas auparavant. La protection de l'eau, de l'air, l'épuisement des ressources minières, énergétiques, le risque de sous-alimentation protidique doivent conduire à des développements nouveaux et non à des arrêts de programme. Il faut créer un sursaut salvateur pour dissiper cette peur de l'avenir, typiquement européenne, et ce sursaut ne peut venir que de l'Europe. Il faut sauver l'Europe. (à suivre)Claude Allègre et l'Europe: les institutions (2)
Avant de poursuivre l'attaque frontale sur la Commission européenne, l'auteur rappelle la constitution de Lisbonne et ce trépied instable: un président de Commission, un président permanent (deux ans) et un président tournant (6 mois) qui est un des 27 chefs d'État. Pour rajouter un peu de confusion, une représentante des Affaires étrangères qui a montré ses limites de compétence dès le printemps arabe. Personne ne peut critiquer cette organisation car pour Bruxelles, émettre des réserves, c'est affaiblir la construction européenne. Les Conseils européens composés des chefs d'État, élus démocratiquement, se réunissent régulièrement, définissent les grands axes de la politique de l'Union, essentiellement en matière de politique étrangère, et traitent les gros dossiers en cours. La majorité des décisions, soit tous les autres dossiers, sont prises par la Commission dont les membres ne sont pas élus. Les commissaires sont désignés par les États en fonction de considérations politiques et n'ont aucune qualification à priori pour occuper ces postes, les compromis souvent boiteux sont laissés aux mains des technocrates. Si l'apparence est démocratique, la réalité ne l'est pas. Les luttes de pouvoir sont patentes entre les États qui, à travers les Conseils imposent de facto une Europe multinationale et une Commission qui, à travers les directives et traités cherche à faire prévaloir son point de vue supranational de jure.
La Commission et ses 34 000 fonctionnaires ont des liens très étroits avec les puissances d'argent, les lobbies, et beaucoup y trouvent des débouchés professionnels futurs. Son budget est de 142 milliards, soit 37% du budget français mais seulement 1,03% du revenu brut européen. Ce pourcentage faible montre la volonté des États de ne pas donner à la Commission un pouvoir budgétaire, qui implique de véritables choix politiques, mais simplement un pouvoir réglementaire et donc technocratique. 90% des dépenses de ce budget de 142 milliards sont affectés sur deux postes, à la nomination écologisée:
- croissance durable, 45%, ou répartition équitable. Pour combattre les inégalités économiques, les grands pays donnent aux petits, ou aux nouveaux entrants.
- Conservation et gestion des ressources naturelles: en fait la politique agricole commune et la pêche.
- La recherche scientifique et la culture ont la portion congrue, 5,6% soit 8 milliards.
Ce budget lui permet quelquefois des ingérences dans les États, qu'un slogan séditieux enveloppait: "construire l'Europe des régions". Dans cette guerre de pouvoir, le Parlement européen s'associe à la Commission, pour prendre le pas sur les parlements nationaux. Ainsi ont pu naître des directives venant de Bruxelles interdisant la chasse à la palombe, ou les emballages en paille de fromage, sans que les nationaux ne puissent s'y opposer, ni même François Mitterrand.
Ces institutions ont perdu ainsi beaucoup de leur prestige et de leur légitimité auprès des peuples. La Grèce a pu tricher allègrement sur ses comptes pendant des années sans que Bruxelles ne s'en aperçoive. Les stress-tests des banques organisés par Bruxelles ont validé les bons résultats de Dexia qui doit être secourue et vendue en appartements quelques semaines plus tard. Comment les anti-nucléaires auront confiance dans les tests de résistance des centrales dont les modalités seront établies par la Commission? Depuis la menace de faillite de la Grèce, Bruxelles est restée silencieuse, alors que la Finlande a affiché son manque de solidarité avec la Grèce et refusé l'accord du 21 juillet.
L'euro est menacée, les pays ne sont plus solidaires (la Finlande demande à la Grèce des garanties personnelles), le chômage s'amplifie, la crise financière gronde, et pendant ce temps, les technocrates régulent les ouvertures de la chasse aux migrateurs depuis leur arrêté de 1979, imposant un droit supra-nationaliste communautaire. Comment ces institutions espèrent-elles survivre si une grave crise financière équivalente à celle de 1929 bouleverse nos modes de vie? (à suivre)
Claude Allègre et l'Europe: la désillusion (1)
"Peut-on encore sauver l'Europe?" est le titre du dernier livre de Claude Allègre, ancien ministre socialiste, membre de l'Institut, qui nous explique les raisons de la désillusion et les possibles remèdes pour remettre en route cette Europe malade et menacée d'éclatement. Pour l'auteur, la crise actuelle n'est pas financière mais structurelle, et le député européen J.M. Cavada déclarait que l'Europe n'est pas malade de l'euro. "L'Europe et l'euro sont malades de la très mauvaise conduite d'un certain nombre d'États, qui depuis trente ans se sont mis des dettes abyssales sur le dos. Et la France n'est pas très bien placée pour donner des leçons." En plusieurs billets, exposons les différentes idées-forces développées dans ce livre d'actualité plein de bon sens. Et commençons par la naissance, l'espoir puis la désillusion.
La construction de l'Europe répond à trois objectifs: mettre fin aux guerres fratricides, créer un espace économique et peser politiquement sur les affaires du monde. Ce fut un extraordinaire succès dans différents secteurs, agricole, services, industrie puis création de l'euro. Les dirigeants avaient promis un grand marché, une croissance, des emplois, et c'est l'inverse qui se produit: accroissement des inégalités, endettement, chômage de masse. Un européen sur 6 est au chômage sans mobilisation des États, qui pourtant renflouent les banques lesquelles, une fois sauvées, ne modifient ni leur produits dérivés ni l'enrichissement de leurs traders arrogants. Le constat rapide, abusif, populaire est: on se mobilise pour les banques, pas pour les chômeurs, d'où le sentiment croissant d'injustice sociale dont l'Europe est rendue responsable. Et les populismes vont aller croissant, quand les Français penseront qu'ils vont payer pour la Grèce, le Portugal, puis l'Espagne, la Tunisie, la Côte d'Ivoire, la Libye. Neuf milliards prêtés à la Grèce perdus, car le pays a une dette de 158% de son PIB, une croissance de -5%, une population qui refuse de payer ses impôts et ses grandes fortunes qui ont quitté le pays. L'Europe ne fait plus rêver, ni son euro accusé de hausse de pouvoir d'achat, quant à la Commission, "ce machin"...
Pourquoi cet immense espoir s'est-il étiolé? Pour l'auteur, deux facteurs en sont la cause: la confusion idéologique et les agrandissements successifs.
Depuis l'origine, avec les Chrétiens démocrates et ses créateurs supra-nationalistes Monnet, Schuman, Faure, Gasperi, l'édifice a été fissuré par refus de choisir entre l'Europe supra-nationale et celle des Nations (De Gaulle), entre keynésianisme moderne et ultra-libéralisme, entre Welfare State et chacun pour soi, entre atlantisme et indépendance. L'entrée de l'Angleterre, à la mort du général De Gaulle fera basculer vers l'ultra-libéralisme. Depuis, la Commission européenne se considère comme la gardienne de l'idée européenne supra-nationale. Cette opposition entre la Commission et les États-Nations avec leurs formes variées de keynésianisme est la grille de lecture pour juger toute politique européenne. Pour affaiblir les Etats-Nations et contrer les grands pays, Bruxelles a procédé à l'agrandissement à marche forcée en donnant le même droit de vote à Chypre, non réunifié, qu'à l'Allemagne. (à suivre)
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