Ils sont souriants, beaux, respirent la joie et la santé. La jeune et belle Paula Broadwell écrivait une biographie sur David Petraeus, 60 ans, "guerrier intellectuel" théoricien de la contre-insurrection en Irak. Pour l'approcher, ils courraient ensemble à Kaboul, alors qu'il commandait les forces alliées en 2010-2011. D'ailleurs, il court tous les jours depuis le début de sa carrière, il court, il brûle même les étapes et surtout la dernière, patron de la CIA. 18 mois plus tard, des e-mails injurieux de sa maîtresse à
une potentielle rivale alertent le FBI. Le directeur de la CIA est contraint de remettre sa démission dès que le scandale éclate. "J’ai fait preuve d’un manque de jugement […], semblable
comportement est inacceptable à la fois comme époux et comme patron
d’une organisation telle que la nôtre." Est-ce une façon d'effacer l’attaque contre le consulat américain le 11 septembre à Benghazi (Libye) et la mort de l'ambassadeur?
Quelques jours plus tard, le FBI découvre une correspondance prolixe entre la belle Jill Kelley (37 ans, la rivale sus-nommée) et le commandant des
forces de l’Otan en Afghanistan, John Allen. Ces courriels inappropriés valent à ce dernier une enquête. Sa nomination au poste de commandant suprême des forces de l'Otan est suspendue par le Président Obama.
La même semaine, Christopher Kubasik, 51 ans, directeur d'exploitation, qui devait devenir directeur général du groupe de défense Lockheed Martin, (CA 50 milliards de dollars) "a démissionné après qu'une enquête d'éthique a confirmé qu'il avait eu une relation personnelle avec une subordonnée" (communiqué du groupe). Pour un comportement identique au FMI, DSK n'a eu qu'à fournir des excuses. Dès lors, il savait qu'il avait grillé son joker, l'histoire le lui rappellera.
Trois affaires en quelques jours nous rappellent que les États-Unis sont un pays puritain où on ne badine pas avec la sécurité et le mensonge. On y amalgame mensonge et tromperie, sécurité d'une société et sécurité du pays. Ces vaudevilles font sourire les Latins, qui n'y voient que tartufferie alors que les Américains considèrent ces faux pas comme une faute lourde, un manque d'engagement, de discernement, de discipline qui rendent vulnérables la CIA, l'armée, les sociétés industrielles.
Par chance, notre locataire de l’Élysée (qui possède les codes de l'arme atomique) a une compagne, et non une maîtresse. La sécurité du pays est donc garantie, tout comme elle le fut sous les autres présidences alors qu'il se dit que leur libido sentiendi était dominante (hormis De Gaulle). Rappelons qu'outre-atlantique il en a été de même. Le Président Kennedy dont l'addiction sexuelle était notoire, a pourtant défendu courageusement la sécurité de son pays lors de l'affaire des missiles de Cuba. Sans oublier l'affaire Lewinsky du Président Clinton, à qui il a surtout était reproché le mensonge.
Le journal Libération rappelle que si le général Petraeus a pris quelques libertés avec l'ordre moral, son plus illustre prédécesseur, Allen Dulles, directeur de la CIA de 1953 à 1961, était connu pour avoir non pas une, mais «au moins une centaine» de
maîtresses, selon l’aveu de sa propre sœur. Allen Dulles avait même
séduit la reine grecque Frederika qui, en visite en 1958 au siège de la
CIA, aurait eu droit à un aparté dans le cabinet de toilette du
directeur, rapporte Stephen Kinzer, auteur d’un livre à paraître sur les
frères Dulles. Certes, il n'y a plus de secrets avec internet, alors qu'à l'époque, l'entourage chuchotait...
Spinoza et Nietzsche détestaient le système du jugement, qu'expose aujourd'hui un responsable américain: "L’Amérique se veut aujourd’hui un pays moral dont tous nos dirigeants sont censés respecter l’idéal" (Libération). Et pourtant, Bush et Blair ont envahi l'Irak sur un mensonge...
Laissons la conclusion à notre célèbre Balzac: "l'hypocrisie est, chez une nation, le dernier degré du vice. C'est donc
faire acte de citoyen que de s'opposer à cette tartuferie sous laquelle
on couvre ses débordements".
