Une immense joie

Une immense joie a envahi les journalistes à l'annonce de la libération de leurs collègues. C'est la dernière occasion de montrer leurs photos qui ont saturé les écrans français pendant trop longtemps, et de passer le message à tous les journalistes qui vont en mission dans des zones dangereuses: faites vous faire une photo d'identité plus sexy au cas où... par pitié pour les téléspectateurs. La joie des journalistes, la réception à France-Télévision étaient excessifs, à la limite du ridicule. Exprimer sa joie semblait naturel et nous la partagions, de là à ce qu'elle dégouline, quelques jours après l'enterrement du 63° soldat français tué en Afghanistan. Et puis quelques indécences: "On savait qu'on ne risquait pas notre vie dès le début, on représentait de l'argent", rappelle aussi Hervé Ghesquière. "On savait que l'issue allait être favorable", ajoute Stéphane Taponier. Le 63° soldat français doit se retourner dans sa tombe, il ne représentait que le drapeau. Puis ils se sont justifiés devant les critiques de prise de risque inconsidéré: "on a juste voulu voir s'il y a une route, qui s'appelle l'axe Vermont, et si cette route est contrôlée par l'armée française, par l'armée afghane..." Dans les armées existe un deuxième bureau chargé du renseignement, qui possèdent les informations que nos fins limiers recherchaient. Il est vrai qu'à FR3, on se méfie des militaires. On est très heureux qu'ils soient libres et en bonne santé, qu'ils aient été bien traités, mais tous les contribuables espèrent qu'ils n'y retourneront pas. A les entendre, ils n'ont rien appris, et surtout pas à dire merci.
Une immense joie s'est aussi emparée des internautes de la presse de gauche, à l'annonce de l'agression contre Nicolas Sarkozy. Les commentaires postés transpirent la haine et la violence et disqualifient les lecteurs du journal, quand ce dernier est connu comme une référence nationale. On ne peut s'empêcher de penser à De Gaulle, cible de plusieurs attentats, et tellement haï par ceux qui l'encensent maintenant

 "Une immense joie", c'est le propos de Martine Aubry apprenant que la femme de chambre du Sofitel de New York n'est pas si blanche qu'on le pensait... L'acte sexuel qu'elle a eu avec DSK n'est peut-être pas forcé, et ses fans attendent le retour de l'homme providentiel pour perturber la primaire socialiste. C'est certainement la fin d'un calvaire très onéreux, et nous nous associons à la liesse socialiste, mais souhaitons que DSK cesse de prendre de la confiture de viagra chaque matin au petit déjeuner. Rapport consenti ou non, un besoin pressant de femme de ménage malgré le passage d'une prostituée quelques heures avant révèle soit un stress énorme soit un appétit démesuré, qui pourrait être incompatible à des fonctions très prenantes...
Terminons par l'immense joie des Monégasques de voir le Prince enfin marié à 52 ans, et qui pourra avoir un héritier si Charlène décide de ne pas quitter le Rocher.

Désirs de femmes

"Toutes ces choses qui avaient un prix,
 Qui font l'envie de vivre et le désir,
 Et le plaisir aussi" nous chantait Johnny.
L'envie, représentée ci-contre vers 1300 par Giotto, le premier grand génie de l'art pictural italien, est un des sept péchés capitaux car elle est un désir qui échappe à la raison. Nous n'aborderons pas aujourd'hui l'effet reconstituant du plaisir mais seulement le désir, le désir féminin, le désir de vaincre. Non pas le désir de partir de Charlène à trois jours de son mariage avec le prince Albert. Rappelons toutefois que Charlène était une nageuse de haut niveau, et qu'elle a su souffrir et se dépasser par désir de vaincre.
Pour tous les financiers et politiques internationaux, un européen a encore emporté la direction générale du FMI. Pour les européens, la France a encore conservé ce poste. Pour les Français, c'est une femme qui a gagné. Christine Lagarde avait un profond désir de vaincre et elle peut savourer sa victoire. Après une brillante carrière d'avocat international, qui lui a fait oublier son échec à l'ENA, un parcours politique reconnu par ses pairs, une campagne réussie pour son élection, elle est enfin élue. C'est la victoire d'une femme libérale, ministre du gouvernement Sarkozy. Ses premiers mots sont: "une victoire pour les femmes - l'autre moitié du monde". Pourquoi pas une victoire pour Le Havre? Elle nous avait habitué au machisme à l'envers: les femmes " injectent moins de libido et de testostérone dans l’équation". La pureté de la race sans testostérone, ou la légèreté de confondre la libido sentiendi et la libido dominandi?.
Le même jour est publié un désir d'agir. C'était la déclaration de candidature à la primaire de Martine Aubry, très solennelle, de façon à nous faire oublier qu'elle est la cinquième socialiste à se présenter, bien que première secrétaire. Ce matin, Le Monde.fr titrait "on sentait que Martine Aubry avait envie d'y aller". Eux aussi essayent de nous faire oublier qu'elle hésite depuis trois ans. L'envie d'y aller, le désir d'agir, ou simplement le plaisir d'en être? Pas très clair de ce côté-là.
C'est bien plus clair du côté de Ségolène, car son désir d'avenir, et du sien sont distinctement divulgués et depuis longtemps. Elle se bat pour durer, et elle endure, avec l'envie et le désir, mais sûrement pas le plaisir depuis quatre ans. Enfin, il y a Eva Joly et son désir de vaincre et de revenir avec toute son énergie et ses convictions, voire certitudes, sur la scène française. Elle a bien simulé une retraite dans son pays d'origine, mais ses week-ends dans sa datcha isolée de Norvège l'ont rapidement lassée et l'envie de revenir dans l'arène l'a conduite chez les Verts. Elle est en passe de l'emporter sur le très médiatique Hulot. Elle aussi a su endurer. 
Très longtemps, les psychiatres ont étudié la chaîne du désir, la déconnectant totalement de l'ambition. Freud n'imaginait pas que les communicants utiliseraient ce slogan pour réveiller un électorat  français désenchanté. Et pour finir avec humour, on apprend que le remplaçant par intérim de Martine Aubry serait... Harlem Désir. Il paraîtrait qu'il connaisse bien le désir des femmes. Souhaitons-lui le plaisir aussi.

Vol au dessus d'un nid de coucou

C'est la photo de l'infirmière responsable du service, qui avec beaucoup de douceur et pour le bien de ses patients (un peu dérangés) a mis en place un système autoritaire qui lui permet de contrôler jusqu'aux désirs de chacun de ses malades. Hier soir était rediffusé sur Arte le fameux film qui remporta cinq oscars, de Milos Forman. C'est un tchèque qui avait fui le régime communiste avant l'invasion de 1968 par les chars russes, et qui dénoncera moins le traitement de la folie par les méthodes barbares de l'électrochoc et de la lobotomie, que l'aliénation, la normalisation de l'individu. Il connait le système d'internement dans les hôpitaux psychiatriques et les goulags, les confessions publiques et la dépendance à la collectivité, bref la répression sociale et l'altération de la liberté. Le film fut un succès mondial, et les psychiatres durent se remettre en cause alors que les messages du film ne leur étaient pas destinés. Mais qui n'a pas rencontré dans sa vie cette infirmière qui, pour votre bien, ne cherche qu'à vous plier... à la règle commune, à l'ordre pour l'ordre. Aristote pensait que le fond d'une communauté était la filia (l'amicalité) contrairement à Rousseau qui y voit le contrat. Jack Nicholson, le personnage central du film, rebelle psychopathe, va s'insurger contre l'ordre établi et redonner espoir, envie de vivre à ses collègues anesthésiés. Il avait un contrat, 68 jours avant d'être libéré, mais succombera à la "filia". Il acceptera leur différence et rallumera une flamme dans leur vie, mais y laissera la sienne. Les organisations n'aiment les perturbateurs, les déviants. Les oiseaux bariolés doivent être éliminés (Jerzy Kosinski). C'est la loi de la jungle et des hommes.
Il n'est pas question de voir, à travers les yeux de l'infirmière, le nouvel ordre économique mondial. Il n'est pas question de penser que les règles de la BCE, notre banque européenne, soient désuètes en s'attaquant à l'inflation au lieu de protéger l'euro, les pays et leurs dettes contre les attaques des spéculateurs. Quand les Américains nous demandent d'intervenir en Grèce, alors que leur dette est supérieure à 100% de leur PIB, n'ont-ils pas des yeux d'infirmière se promenant dans un univers de coucou? Quand sur les différentes places européennes, de jeunes indignés, diplômés et au chômage, refusent de se résigner en jouant les Nicholson, nous savons qu'il ne trouveront pas d'alternative, mais comme lui, ils auront essayé. C'était un grand film, mais le nid de coucou est toujours là, avec ses populations gardées par des infirmières très diplômées.

Défilé politique

Comme chaque année à Paris, la gay pride a été l'occasion pour 36 000 adeptes (selon la police) ou 500 000 en incluant les badauds (selon les organisateurs) de faire une fête haute en couleurs avec ses excentricités habituelles. Mais cette année, la marche était très politique. La toute fraîche reconnaissance du mariage gay dans l'état de New-York a galvanisé les troupes parisiennes qui saisissent la prochaine élection présidentielle pour avancer leur pion, comme l'indiquent les slogans pertinents de la marche: "Mêmes familles, mêmes droits" et "Pour l'égalité, en 2011 je marche, en 2012 je vote". Tous les partis de gauche et du centre sont favorables au mariage homosexuel et à l'adoption, et Jack Lang en personne à la manifestation l'attestait. Les sondages, dont la validité n'est pas assurée, avèreraient l'assentiment d'une majorité de Français pour le mariage gay et l'adoption. Il n'en faut pas moins pour déstabiliser la droite qui ne part pas en "pole position" dans cette course à l'investiture. La peur de ne pas gagner l'élection occulte tout argumentaire, et personne ne veut être en retard d'une guerre. Le vent semble souffler dans le sens de la libéralisation, dans des sociétés où les familles éclatées ne sont plus minoritaires. Pourtant le journal Le Monde publie au lendemain de cette marche le texte d'un collectif pour "dépénaliser l'homosexualité" dans le monde, pour qu'une résolution soit obtenue des Nations-Unies: l'homosexualité est punie par la loi dans plus de 70 pays. Peut-on parler de vent de l'histoire?
Le nombre de Pacs, instauré il y a dix ans pour officialiser l'union des couples homosexuels, explose (1 pacs pour 2 mariages en 2008 et 2  pour 3 en 2009, 3 pour 4 en 2010) au profit des couples... hétérosexuels (95% des contrats de 2008 à 2010), 5-6% seulement pour les homosexuels. Mais alors, pourquoi mènent-ils ce combat pour le mariage si le Pacs ne les séduit pas? Pour un problème d'égalité, et on ne badine pas avec l'égalité en France: l'égalité en terme d'héritage, de nationalité européenne du conjoint étranger, et d'adoption. Les droits de succession sont supprimés en cas de testament depuis 2007. La différence majeure reste donc l'adoption qui n'est pas autorisée, même en cas de décès d'un membre d'une famille homoparentale. Hors ce cas qui mérite retouche, le problème d'adoption et d'inégalité concerne surtout les hommes. Il n'existe pas de présomption de paternité lorsqu'un couple hétérosexuel pacsé a un enfant. Ce combat est donc mené par une minorité de minorité, une partie de la minorité pacsé qui souhaite adopter un enfant, soit une partie des 5%. Face à l'argument idéologique, l'argument quantitatif n'est pas prépondérant, mais le mariage dans sa forme actuelle a stabilisé les familles et les sociétés humaines depuis la préhistoire, sociétés qui ont pourtant connu les amours plurielles, l'attrait des éphèbes et souvent le mariage sans l'amour. Un changement rapide de paradigme pour une petite minorité est-il donc vraiment nécessaire? S'inscrit-il dans le devenir de l'homme ou n'est-ce q'un problème existentiel passager?
Que les jeunes impatients ne s'emportent pas contre les anciens qui résistent! Ils ne sont pas tous réactionnaires mais ont quelques préventions. Sans vouloir vexer quiconque ni faire d'amalgame, ce combat pour l'égalité rappelle le combat pour la liberté d'il y a quarante ans, qui s'inscrivait aussi dans le cadre de la modernité. En périphérie de la liberté sexuelle se situait la pédophilie. Le militantisme pédophile fut soutenu par les grands intellectuels, et quelques politiciens arrivistes en quête de mandat. Michel Foucault demanda même la reconnaissance des "sexualités périphériques". Les journaux Le Monde et Libération étaient déjà de ce combat, qui publiaient respectivement une pétition en 1979 parce que trois adultes avaient été condamnés à trois ans de prison pour "attentats à la pudeur sans violence sur mineurs de moins de 15 ans". "Trois ans pour des baisers et des caresses, ça suffit" nous disait la gauche intellectuelle. En 1979,  Libération publiait sur deux jours une tribune où Jacques Dugné faisait l'apologie de la "sodomisation" d'enfants, et demandait "qu'on arrête de persécuter ceux qui aiment les enfants, même s'ils les aiment aussi avec leur corps". Le 20 juin 1981, à l'époque où la gauche croyait changer la société, Libération publiait un article intitulé "Câlins enfantins", présentant de manière complaisante le témoignage d'un pédophile sur ses rapports sexuels avec une enfant de cinq ans. "Les enfants ont aussi droit à la sexualité" disaient les pervers qui ont fini par être dénoncés par les associations féministes. Grâce leur soit rendue! Le nouveau rédacteur en chef de Libération, Nicolas Demorand, enfourche son nouveau dada, le mariage gay et l'adoption, comme ses anciens ont enfourché la libération sexuelle. N'ont-ils rien appris de ces temps-là? Sommes-nous condamnés à vivre les mêmes recommencements, à l'éternel retour de Nietzsche?