Le Président nous a rassuré lors de sa conférence de presse: "la France se porte un peu mieux que le reste de la zone euro". Il est vrai que si la cinquième puissance mondiale en 2010 se compare à l'Espagne, la hausse
historique de son nombre de demandeurs d’emploi 3.224.600 (catégorie A) est ridicule devant les 6 millions déclarés en Espagne. Doit-on rappeler que le nombre total de demandeurs
d’emploi enregistrés à Pôle Emploi en France et dans les départements
outre-mer était de 5 millions le mois dernier?
Le Monde publiait dernièrement l'article titré: Dérapage surprise de la dette et du déficit public. La dette continue d'exploser atteignant un nouveau record à 90,2% du PIB et le déficit de 2012 s'élève à 4,8%. Le ministre des finances, Pierre Moscovici de commenter: "Nous sommes sur la bonne voie, on est en train de réduire les déficits". Sous-entendu, heureusement que Sarkozy n'est plus là. Quelle merveilleuse école que l'ENA qui donne un tel aplomb à ses élèves.
Notre Président normal accumule les mauvais records : la France vient d'entrer en récession. Elle a connu deux trimestres consécutifs de croissance négative du produit intérieur brut, deux fois
- 0,2%. Cette définition technique nous stigmatise, alors que l'Allemagne qui a connu un trimestre à -0,7% et le suivant à
+0,1% n'est pas
en récession. Est-ce suffisant pour nous rassurer ?
La Commission Européenne mise, dans ses prévisions économiques de printemps publiées par Le Figaro,
sur une croissance légèrement négative en 2013 (-0,1%, après 0% en
2012) avant une reprise modeste en 2014 de 1,1%. Le déficit public s'établirait à 3,9% en 2013. Il resterait élevé en 2014, à
4,2%, très loin des promesses du candidat Hollande. L'endettement, qui s'est élevé à 90,2% du PIB en 2012, croîtrait pour atteindre 94,0% en 2013 et 96,2% en 2014.
Le commissaire européen aux Affaires économiques, Olli Rehn, a déclaré qu'il est "raisonnable" d'accorder à la France un délai supplémentaire de
deux ans pour ramener son déficit public sous la
barre des 3%. Il avait été plus brutal avec Chypre. La Commission presse avec tact François Hollande de prendre des mesures: le changement, c'est maintenant. Mais celui-ci ne veut pas de réformes structurelles qui déplairaient à son électorat, ni réduire les dépenses pour sauver un modèle social aussi désuet que moribond. Nos dirigeants regardent en spectateurs immobiles la dette monter, invectivant les responsables qu'en sont la droite, Sarkozy, Merkel, l'Europe, les banques, l'austérité et le libéralisme. Peut-on parler d'austérité quand on dépense 4% de plus qu'on ne gagne?
Il est vrai que le Président français n'a pas de marge de manœuvre pour réduire le chômage. Explication technique: les gains de productivité de l'économie française sont régulièrement de 1% par an. Partant, d'une année sur l'autre,
les entreprises sont capables de produire la même chose avec 1%
d'emplois en moins. Donc, le seuil de croissance à partir duquel on commence à
créer des emplois est supérieur à 1% par an, soit 0,25% par trimestre. Mais la hausse de la population active française en 2013 et 2014 nécessite, pour l'absorber, la création d'au
moins 100 000 emplois par an. Il faut
en moyenne une croissance de 1,5 %, soit environ 0,4 % par trimestre. Bien plus que l'Allemagne ou l'Italie dont la population est en déclin, la France a un besoin crucial et rapide d'un retour à la croissance. D'où les incantations lancées en conférence de presse: volonté de reprendre "l’offensive", "devoir de sortir l’Europe de la langueur", "instaurer un gouvernement économique" de la zone euro, qui se
réunirait tous les mois et serait animé par un président désigné pour
une durée longue. Ce gouvernement saurait faire en Europe et pour la France ce qu'on ne sait pas faire en France. Cela s'appelle "la patate chaude". Voilà le remède au moment où se développe une profonde hostilité à l’égard de l’UE. L’organisation d’enquête eurobaromètre a publié dernièrement un sondage (Alex Lantier: wsws.org)
révélant une profonde hostilité à l’égard de l’UE dans six pays
européens: 42% des Polonais, 53% des
Italiens, 56 des Français, 59 des Allemands, 69 des
Britanniques et 72% des Espagnols ont dit n’avoir aucune
confiance dans l’UE en tant qu’institution. Ces pays totalisent ensemble
plus de deux-tiers des 500 millions d’habitants que représente la
population de l’UE.
L'héritage, ou la patate chaude, les deux grandes théories apprises à l'ENA, ainsi que savoir blablater deux heures et demi devant un parterre docile. Fidel Castro faisait mieux, six heures, tandis que son pays plongeait dans la misère. En attendant, la France s’enferre dans sa récession.

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