Comme le temps passe

Des semaines que ce blog n'était plus actif, des mois et même un an qu'une nouvelle gouvernance était en place, des années que Thatcher avait plongé dans le crépuscule. L'enterrement de TINA (there is no alternative) a réveillé les frustrations et les blessures profondes qu'elle a infligées aux syndicats et aux mineurs. On ne dirige ni les hommes, ni les peuples avec des certitudes, et TINA a fini par lasser même ses meilleurs amis. Mais dans une époque de crise que les nostalgiques de Trotski appellent crise du libéralisme, il est bon de rappeler quelques uns des principes de la Dame de fer: "l’État n’a aucune autre source d’argent que l’argent que les gens gagnent eux-mêmes. Si l’État souhaite dépenser plus, il ne peut le faire qu’en empruntant votre épargne ou en vous taxant davantage... L’argent public n’existe pas, il n’y a que l’argent des contribuables... Vous ne devenez pas riches en commandant un carnet de chèques à votre banque et aucune nation n’est jamais devenue plus prospère en taxant ses citoyens au-delà de leur capacité." Les reportages complaisants sur les haineux qui ont fêté sa mort ne révèlent que l'acharnement des sociaux-démocrates envers ses thèses inacceptables ou ce propos: "La prospérité ne viendra pas de l’invention de programmes de dépenses publiques de plus en plus somptueux", démentant ainsi la légende du New Deal de Roosevelt. Qui aura le cran de rappeler son inefficacité économique? Ce n'est surtout pas notre Président par défaut, qui croit aux vieux mythes tel "la relance de l'économie par la consommation". Il est vrai que de plus en plus d'économistes en herbe condamnent l'austérité, sans la définir. Que le remboursement des dettes réduise le pouvoir d'achat est un truisme, qu'il faille modérer ces remboursements pour éviter les bouleversements de vie des moins favorisés en est un autre. En déduire qu'il faut repousser ces remboursements à des temps propices et entendre cette théorie rabâchée à longueur d'onde et de temps ne montre que l'impéritie du gouvernement et de son Président, et l'inculture économique de notre population. Un an déjà que nous baignons dans les incantations. A quand le changement?
Une forte activité industrielle, qui me laisse peu de temps pour faire vivre ce blog, me témoigne chaque jour la désespérance ambiante en France, du moins dans l'industrie. Le sentiment prédominant est la peur: la peur du lendemain qui freine tout investissement et toute embauche, la peur de ne pas être payé par son client ce qui multiplie les factures pro forma. La peur du banquier qui ne voudrait prêter qu'à ceux qui n'en ont pas besoin, avec des garanties exorbitantes. La peur de perdre son emploi, qui ne stimule pas à travailler plus et mieux, qui ne réduit pas l'absentéisme, bien au contraire. Les personnels des entreprises ont compris que les 32 milliards de formation et la boite à outils ne sont que des artifices politiques inefficaces, une ligne Maginot qui n'empêchera pas l'invasion, plutôt la submersion de notre modèle social vétuste. Personne n'a le courage de l'adapter à nos moyens, et les Français attendent d'y être contraints par "l'Europe". En attendant, dans les partis extrêmes, on maudit par avance l'Europe en prônant des théories insensées sur l'euro, le rôle de l’État et des services publics, et la grandeur retrouvée de la France. Fermez le ban! Le courage de brailler pour cacher la peur. Des chimères pour retrouver une fierté de gavroche.
L'Europe nous a donné deux ans pour sortir de notre torpeur, croire en notre futur. Cessons de désespérer, de ressasser le passé, acceptons de réduire notre voilure, de nous adapter au nouveau monde. Comprenons que la crise actuelle est la crise de l'Europe qui a cessé de dominer le monde.
Comme le temps passe, se dit-on quand vient le crépuscule du soir (poème de Baudelaire):
   C'est l'heure où les douleurs des malades s'aigrissent !
   La sombre Nuit les prend à la gorge ; ils finissent
   Leur destinée et vont vers le gouffre commun ;
   L'hôpital se remplit de leurs soupirs.

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