Magnifique photo de la juge Marie-Odile Bertella-Geffroy chargée du dossier de l’amiante depuis dix ans, que publie cette semaine le journal Libération. Elle va devoir quitter son poste car la loi prévoit que les magistrats sont déchargés
automatiquement de leurs fonctions spécialisées à l’échéance des dix
ans. Elle souhaitait continuer à instruire et clore ses dossiers, et
notamment celui de l’amiante, avant son départ en retraite dans dix-huit
mois, nous confirme le journal. Que penser d'un magistrat qui souhaite clôturer un dossier au dernier jour de sa vie active? Finir dans dix huit mois ce qu'elle n'est pas arrivée à faire en dix ans, soit deux quinquennats? Mais la photo est assassine. Cet amas de dossiers donne la plus mauvaise image de la Justice. Alors que le leitmotiv de tout opérationnel, industriel ou artisan est la chasse au gaspillage, la réduction des coûts, la réduction des cycles, il existe un univers clos, protégé, hors du temps, où des gratte-papiers intouchables remplissent des milliers de pages que personne ne lira, surtout s'ils sont remplacés avant la fin de leur travaux, oubliant qu'ils sont le recours des victimes, à leur service. Au siècle de l'informatique, où une clé USB grosse comme un pouce contient 10 Giga-octets, que veut montrer cette juge trônant fièrement au milieu d'un tel désordre paperassier? Son amour du travail administratif, son professionnalisme, son respect de la procédure tandis que les victimes de l'amiante n'y voient que mépris pour leurs souffrances, indifférence à leur attente, attente du jugement, de la condamnation, de la réparation. Personne ne supporterait un tel désordre sur le bureau de son collaborateur, sauf chez les intouchables, ceux qui jugent et n'ont pas à être jugés sinon la République est en émoi. Souvenons-nous de l'affaire Tapie dont la politique s'est emparée. Le tribunal correctionnel, saisi en 1993 par le juge Eva Joly pour banqueroute, a relaxé Bernard Tapie en 2009, aucune faute pénale n’étant retenue contre lui. Et certains députés de s'indigner qu'il reçoive une indemnisation de préjudice moral! Laissez la justice faire son travail nous disent les politiques, mais sommes-nous sûrs qu'ils travaillent?
Le 20 janvier 1992 s'écrase un Airbus 320 sur le mont Saint-Odile. Le procès de l'accident s'ouvrira à Colmar le 2 mai 2006. De quoi est faite la journée d'un magistrat qui enquête 14 ans sur un dossier aussi simple que le crash d'un avion en descente trop rapide sur une colline, et surtout, comment imaginer le travail de deuil des proches? Ce qui compte, c'est l'indépendance de la Justice. Quiconque porte un jugement sur une décision de justice est considéré en rupture totale avec le principe de respect de l'indépendance de la justice, et punissable par le biais de l'article 434-25 du code pénal.
Le juge Gentil, pugnace, honnête, indépendant (Nouvel Obs), portera plainte contre le député Guaino qui a jugé indigne et irresponsable sa décision de mise en examen de l'ancien chef de l’État. Facile d'être pugnace quand l'interlocuteur est menotté et l'adversaire bâillonné. Quand Nicolas Sarkozy lui dit, après huit heures d'interrogatoire tendu: "Ne vous inquiétez pas, je n’en resterai pas là", il se sent menacé, outragé. Quel beau métier que celui où vous travaillez à votre rythme, décidez en fonction de votre propre conviction, en toute impunité, protégé par les lois faites sur mesure pour vous!
Lecture du journal Le Point: "une expertise médicale diligentée en 2011
par le juge Gentil défend l'hypothèse que Liliane Bettencourt est
diminuée intellectuellement depuis 2006, ce que n'avait jamais
diagnostiqué l'ensemble des médecins qui la suivait à cette époque." Sarkozy a donc profité d'un état de faiblesse inconnu de tous et peut être inculpé à ce titre ce jour. Si l'on sait que le juge Gentil a publié il y a quelques mois une diatribe avec 81 collègues contre Sarkozy, que François Hollande a dit au salon de l'agriculture à une fillette: Sarkozy, "tu ne le verras plus", si l'on rajoute que notre magistrat en photo sera déplacée alors qu'elle avait mis Martine Aubry en examen, on se pose de sacrés questions sur l'indépendance de la justice. Le tribunal de Bordeaux nous rappelle le tribunal de Vichy.
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