Après un billet sur les Intouchables, quoi de plus naturel que de parler de François Cluzet. Bon acteur, bel acteur, et comme le disait Brel, "beau et con à la fois". Mais c'est une connerie à la mode, qu'on lui pardonne car il le dit après 3 minutes d'interview: "je suis de gauche". Pas la gauche énarque, ni par idéal, par refus de l'injustice et des grandes inégalités. Non, seulement la gauche bobo sans culture. Il vient de tourner un film "11.6", comme les 11.6 millions d'euros détournés par le convoyeur de fonds Toni Musulin en 2009.
François Cluzet n'est pas seulement acteur, il est aussi philosophe depuis qu'il a tourné dans deux films à succès et qu'il se sent à l'abri du besoin. Il est solidaire et trouve normal de payer des impôts, il est amoureux d'une nouvelle femme jeune et jolie, bref, il est sur un petit nuage et comprend la détresse des gens simples. Il explique que le film est une "enquête sur comment le type en est arrivé là" et que si le geste a été fait, c’est "à force d’humiliation". Musulin est toujours en prison et personne ne lui a parlé, mais François Cluzet sait. Il sait l'humiliation des damnés de la terre, mais pas celle des policiers qui recherchent Toni, ni de ses futurs gardiens de prison, ni d'ailleurs du caporal-chef mort au Mali pour la France, tous au même salaire.
2,5 millions d’euros sont manquants, et l'acteur d'affirmer : "Moi
je t’avoue franchement que je lui souhaite (de les avoir gardés). Il a
volé une banque mais on a l’impression qu’il n’a volé personne". En 1968, à l'âge de 20 ans, dans la rue, c'était excusable. Mais à 57 ans, à France 2, c'est pitoyable. Quelques mois avant, acteur du film idiot "don't disturb", il déclare avec son beau sourire:" bien sûr, j'ai eu déjà du désir pour un homme". Il sait être à la mode, il sait adhérer à la pensée unique.
Encore un film français fortement subventionné qui élèvera les valeurs de nos jeunes têtes brunes. Un film où l'acteur est manipulé pour incarner une thèse. Un vrai film aurait exploré Toni Musulin à sa sortie de prison, recouvrant ses 2,5 M€. Milan Kundera nous l'explique bien dans son livre "l'Art du Roman". La vocation du roman, c'est l'exploration de l'être, les mille façons d'être-au-monde en tant qu'homme singulier, le Dasein d'Heidegger. Les bobos disent "c'est l'humiliation, la haine..." tandis que le romancier n'examine pas la réalité mais l'existence, il décrit un personnage qui vit, qui va au bout de sa problématique existentielle. Quand Toni Musulin retrouvera liberté et richesse, comment persévérera-t-il dans son être, quel sera son devenir parmi le champ de toutes ses possibilités? Quelle décision prendra-t-il, comment se transformera -t-elle en acte et les actes en aventure, l'aventure de sa vie? Voilà comment Kundera aurait traité le sujet, autour de l'existence, et en fils spirituel de Heidegger. Par quoi le moi peut-il être saisi? Kundera aurait approché ce Dasein, cet être-là, l'aurait observé une fois jeté dans le monde, et puis se serait effacé derrière son héros, le laissant par exemple devenir inauthentique dans une société de masse.
Milan Kundera rappelle alors "le dictionnaire des idées reçues" de Flaubert, pamphlet contre la bêtise qu'il adapte à notre époque en écrivant: la bêtise moderne signifie non pas l'ignorance mais la non- pensée des idées reçues. La découverte flaubertienne est pour l'avenir du monde plus importante que les idées les plus bouleversantes de Marx ou Freud. Car on peut imaginer un avenir sans la lutte des classes ou sans la psychanalyse, mais pas sans la montée irrésistible des idées reçues qui, propagées par les mass-média, risquent de devenir bientôt une force qui écrasera toute pensée originale et individuelle et étouffera ainsi l'essence même de la culture européenne des Temps modernes.
L'intouchable François Cluzet a pris de l'avance.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire