Sept otages français sont actuellement détenus au Sahel par des rebelles d’Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique), dont quatre depuis septembre 2010. Le Président de la République recevra demain leurs familles à l’Élysée, que l'intervention militaire au Mali vient de plonger dans l'angoisse. Comment les proches peuvent-ils espérer leur libération, quand les bombes pleuvent sur Aqmi dans le Sahel? "Nous prenons tous les contacts pour que les libérations puissent
intervenir dans les meilleures conditions. Et encore aujourd'hui, vous
imaginez que je pense à chaque instant à la situation des otages". Ces propos plus paternalistes que rassurants de François Hollande ne réchaufferont le cœur des hôtes de l’Élysée que quelques minutes, avant qu'ils ne retournent dans leur glaciale solitude, dans l'attente d'un coup de téléphone qui annoncerait la libération, ou bien... Non, ce n'est pas possible, ce serait trop injuste, il était un si tendre mari, un si bon père, un fils si affectueux, un employé modèle. Cette attente n'est pas supportable, elle est dévastatrice, et pourtant elle n'est rien comparée à celle des otages. Outre leurs conditions de survie sûrement dégradantes (insalubrité, malnutrition, absence d'hygiène), les douleurs morales et physiques exacerbées par l'isolement, l'inaction et les entraves, s'ajoute maintenant l'attente de la mort à chaque minute, puisque les armes ont parlé. Ils n'étaient pas préparés à vivre ces épreuves, étaient techniciens, ingénieurs, au service d'une société en qui ils faisaient confiance. Informés des opérations militaires en cours, ils se savent maintenant condamnés à mort et redoutent chaque bruit, chaque pas des geôliers vers leur cache. A la peur continuelle vient se substituer la désespérance, puis avec la fatigue, la profonde lassitude, l'envie que tout s'arrête, que la tragédie se termine. Qu'aurait pu être leur vie sans ces fous de Dieu, qu'ont-ils réalisés sur cette terre, que laisseront-ils à leurs proches, quelles sont les occasions manquées qui les auraient fait autres? Que font-ils ici, pourquoi eux, pourquoi moi, par quel hasard? Ne sommes-nous déterminés que par nos rencontres, nos actes, ou avons-nous une identité propre, éternelle dans le flux du temps et du changement? Aurai-je pu être autre, être ailleurs? Qu'est ce que je fais ici à me poser des questions idiotes alors que ma bien-aimée, ma famille, mes amis m'attendent. Les serrer dans mes bras puis m'endormir en pleurant, leur chaleur contre mon corps. Un bruit de pas, un cliquetis d'armes. Puis rien. La vie est encore là. Je pense à tout ce que je n'ai pas dit à ceux que j'aime. J'aimerais tant leur dire, j'enrage d'être enfermé, isolé, maltraité. J'ai envie de crier, hurler, pleurer, cogner. Si au moins le bourreau pouvait avoir pitié. Je n'ai même plus la force d'espérer. Je n'aurai pas le courage de recommencer à vivre, de me lever chaque matin, de travailler, lire, sortir, rire. Ça n'a plus de sens. Je veux que le supplice s'arrête, que les salauds cessent leurs palinodies. Je ne veux plus rien. Pourquoi attendre s'ils doivent me tuer demain? Je veux dormir du sommeil de la terre. Aimer une dernière fois puis dormir. Vivre encore un peu pour aimer puis dormir. Mais chaque fois que je veux vivre, j'ai peur de mourir. S'abandonner, perinde ac cadaver. Mais je n'y arrive plus, huit cents jours que ça dure...
Pensons à ces prisonniers innocents, au calvaire inhumain qui leur est imposé, et que la raison d'état vient de condamner. Prions pour que leur instinct de survie l'emporte sur les désespérances quotidiennes, et qu'un échange de prisonniers puisse éventuellement nous les ramener.

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