épique ou politique

Des élections mal organisées, pour une fraude éventuelle, nous conduisent à un vaudeville dramatique. Une majorité des Français pense que ce combat des chefs, Copé- Fillon, est indigne de futurs prétendants à la magistrature suprême et ne révèle que la primauté des ambitions personnelles de tous les personnels politiques. Une minorité plus silencieuse se satisfait de ce combat, car le parti dit gaulliste a trop souvent été l'occasion d'un hold-up et que le savoir -vivre de Fillon ne doit pas autoriser le laisser-faire de Copé. La France a besoin de leaders dont l'action doit être conduite par une "raison droite et ferme", pour reprendre les mots du philosophe J. Maritain sur De Gaulle. L'opposition a besoin d'un leader "droit et ferme", et Copé ne le sera jamais. Hollande, pas plus que Ayrault, Valls, Cahuzac et consorts ne le sont, sans parler du pitre Montebourg. L'affaire de Florange va flétrir l'image de la France dans le monde économique et industriel et divulguer urbi et orbi le manque de gouvernance de l'équipe actuelle. Un gouvernement d'apprentis empêtrés dans des idéologies surannées et une opposition qui ne joue pas son rôle d'aiguillon, toute occupée à se déchirer, c'est la France des Lumières... éteintes. Comme il est à craindre que la France entre en récession en 2013, l'augmentation des taux d'intérêt qui suivra condamnera le gouvernement à des réformes qu'il se refuse de faire, et qui n'iront pas sans révolte populaire. Mais cessons de désespérer! 
Dans ces périodes d'incertitudes, d'anxiétés, de perte de repères, ne pourrions-nous pas nous inspirer du général De Gaulle, de sa "raison droite et ferme" qui lui permit de  remettre la France dans le concert des vainqueurs, en 1945, malgré les réalités de la défaite, qui lui permit de décoloniser l'Algérie malgré ses ambitions d'une France puissante, qui lui permit de serrer des liens étroits avec l'Allemagne malgré son hostilité et sa défiance pour ce grand peuple. Ne pourrions-nous revenir à une époque où il y avait des leaders, des chefs qui dirigent et non des énarques qui administrent, et qui ne varient pas au gré des sondages ou des avis de leurs conseillers en communication?
Le monde a besoin de leaders et non pas d'idéologies, des leaders dans les quartiers, dans les villes, dans les associations, dans les régions, qui s'appuient sur les réalités du terrain et des hommes. La première leçon de De Gaulle est celle du réalisme: "il n'y a pas de politique qui vaille en dehors des réalités", disait-il en conférence de presse, puis, plus tard "la politique n'est rien d'autre que l'art des réalités". A son époque troublée, en 1940 ou en 1958, comme à la notre actuellement, il fallait créer et expliquer un avenir à partir de l’incertitude. Et il le fit par une approche de l'action publique, par une méthode plus qu'une idéologie, par une forme de discours plus qu'un discours. Il le fit sans tergiversations, avec une volonté d'agir qui obéissait à des valeurs, à une ligne directrice d'une politique répondant à l'idéal de vie pour le citoyen et l'intérêt général pour son pays. Mais comme le disait André Malraux, son ministre de la culture, "le problème principal, c'est d'abord de pouvoir agir. On peut toujours dire qu'il existe une terre de la félicité. Cela n'a d'intérêt que si l'on peut prendre un bateau pour y aller". Arnaud Montebourg devrait méditer cette phrase, François Hollande s'inspirer de sa volonté d'agir et l'UMP cesser d'assimiler De Gaulle et le gaullisme qu'ils ont adapté.
Les changements, chez De Gaulle, n'étaient possibles que dans la stabilité des institutions. Il fallait réformer la gouvernance avant le contingent, et en période de crise économique, les réformes avant le mariage pour tous. Enfin, fallait-il des talents oratoires pour communiquer le changement, expliquer aux peuples qu'il ne faut pas avoir peur de l'avenir, et surtout pas des  autres. Pour cela, les orateurs De Gaulle et Malraux se sont situés de façon récurrente dans une perspective épique, pour mieux convaincre les auditeurs de la légitimité de l'action menée, au service de l'homme. L'usage fréquent d'énumérations pour le développement épique qui conduit le spectateur à participer, puis l'hypotypose pour amplifier les faits et enfin l'anaphore saisit l'auditeur. L'épopée apporte aux discours cette part chimérique qui offre une légitimité morale à l'action, et s'écarte un instant de la réalpolitik. L'éloquence n'a pas perdu de vue le but politique. André Malraux disait que la politique est "l'art de mettre les chimères à leur place. On ne fait rien de sérieux si on se soumet aux chimères, mais que faire de grand sans elles?" 
Une telle éloquence est-elle encore possible à l'heure d'internet et de l'immédiateté, du cynisme et de l'individualisme? Il n'est pourtant pas d'autres discours qui rassurent, qui rassemblent, qui confortent dans ce monde incertain, dans cette mondialisation inévitable et menaçante. De Gaulle préférait toujours les mensonges qui élèvent les esprits que les vérités qui les abaissent.

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