35 heures encore

Les 35 heures ne sont pas un "sujet tabou", nous a confié le premier ministre, contredit immédiatement par son ministre du Travail, Michel Sapin. Il faut dire que ce dernier était le copain de régiment de François Hollande, et qu'il peut ainsi se permettre de recadrer son chef. Donc le matin, le débat est ouvert, et l'après-midi, il est refermé. Pourtant, il faudra bien un jour reparler de ces 35 heures, ce dogme intouchable, ce marqueur de gauche qui n'a qu'une valeur symbolique, caractéristique du jacobinisme français: l'uniformité pour tous décidée par Paris. La réduction du temps de travail a été imaginée dans les années 70, à une époque faste où les politiciens pensaient que le travail se partageait. Les pays nordiques l'ont expérimenté et en sont revenus au moment où... nous le mettions en œuvre. Les stratèges de gauche imaginaient l'avenir de la société française avec moins de travail et beaucoup de temps libre pour un meilleur bien-être. L’ilot France isolé du monde. Donner tort à Hannah Arendt qui avait analysé la condition de l'homme moderne et constaté la victoire de la société du travail et de la production.
A terme, le contraste entre les espérances et la réalité de cette loi régalienne est saisissant: le chômage n'a pas baissé et loin de là, le coût du travail a beaucoup enchéri, la modération salariale n'a pas été respectée (augmentation du smic horaire de 31 % entre 1998 et 2005) et l'impact sur les finances publics est désastreux: 15 milliards par an d'allégement de la charge des 35 heures sur les bas salaires payés par l’État. Nicolas Sarkozy défiscalisa les heures supplémentaires pour augmenter le temps de travail, coût 5 milliards. Soit un coût de 20 milliards pour l’État pour revenir à l'état initial. Cette loi qui a plus profité aux cadres qu'aux ouvriers doit être abrogée, mais dans un esprit 21° siècle. La pénibilité du travail n'est pas telle qu'elle nécessite un plafonnement par semaine. Dans notre époque de compétition mondiale, le cycle industriel est l'an. 
Les  lois Aubry qui instituaient la durée légale du travail stipulaient 35 heures par semaine, ou 1.607 heures par an. Pour redevenir compétitif, il conviendrait de fixer 1600 heures par an et de supprimer la durée légale hebdomadaire en France, qui est déjà encadrée par l'Europe.
Pour beaucoup d’industries, la compétitivité impose 1600 heures productives par an alors que les 35 heures conduisent à 1500 heures, en tenant compte des temps d'absentéisme et de formation. Le retour à 1600 heures par an est impératif si la France veut se réindustrialiser. Pour faire face à l'urgence économique, il faudra que la gauche apprenne le pragmatisme et renonce à l'idéologie du siècle dernier, même si cette dernière a pu être bénéfique à la condition humaine. Ce qui était vrai hier peut être faux aujourd'hui.

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