Sécurité et nucléaire

Il ne s'agit pas de parler ici de sécurité, concept que Manuel Valls, l'omniprésent ministre de l'intérieur s'est approprié surtout devant les caméras, mais du rapport du commissaire européen à l’Énergie, Gunther Oettinger. A la suite du tsunami géant du 11 mars dernier au Japon, et de l'angoissant feuilleton que les médias nous ont quotidiennement publié (explosera, explosera pas?), il fallait à tout prix rassurer les populations européennes que l'on s'était employé à apeurer à grand frais. A cet effet, la Commission européenne lança des "stress tests" sur les 134 réacteurs que compte le parc nucléaire européen. Le rapport a été publié cette semaine, et les lobbyistes ont bien travaillé. Dés le lundi, deux jours avant la parution, des fuites alarmistes étaient publiées dans le Figaro, qui estimait le montant des investissements entre 10 et 25 milliards d'euros. Que penser d'une évaluation à 15 milliards près, si ce n'est qu'il s'agit encore d'alarmer. Les écologistes ont sauté sur cette information idoine pour leur politique: que d'emplois seraient créés avec cet argent dans les énergies renouvelables! Pour Greenpeace, "ce rapport vient confirmer que le nucléaire français n'est pas plus sûr que les autres, bien au contraire". Le rapport présenté deux jours plus tard à Bruxelles étant moins alarmiste, le lobbying antinucléaire (les Verts auxquels il faut rajouter pétroliers, gaziers, charbonniers) a pu jeter le discrédit sur le lobbying pro-nucléaire, le soupçonnant d'être intervenu pour minimiser les risques. "Mentez, mentez, il en reste toujours quelque chose".
Revenons sur les faits: la Commission veut proposer de nouvelles règles communautaires en matière d'assurance et de responsabilité pour améliorer la situation des victimes potentielles dans l'éventualité d'un accident nucléaire. Depuis Fukushima, on considère qu'un réacteur nucléaire peut être touché par deux catastrophes nucléaires simultanément. Pour cela, des "stress tests" devaient vérifier le système d'approvisionnement électrique dont la défaillance, en cas de séisme ou chute d'avion par exemple, compromet le refroidissement du réacteur et peut alors conduire à l'explosion. Ces tests se sont révélés positifs pour tous les réacteurs français (Le monde, Figaro, Express, Nouvel Obs...). Seuls deux pays n'avaient qu'une heure d'autonomie et prendront les mesures adéquates.
M. Oettinger a annoncé que "aucune centrale ne doit être arrêtée pour des raisons de sécurité mais, presque partout, il y a un potentiel en termes d'amélioration"..."Ce que nous voulons aujourd'hui avec ce rapport, c'est donner une impulsion pour que les normes européennes de sûreté arrivent au niveau le plus élevé qui soit". S'agissant de la sécurité des populations, des mesures doivent être prises. Plus de 100.000 personnes vivent à moins de 30 kilomètres de 111 réacteurs de L'UE. En France, les 19 centrales manquent d'instruments de mesure sismique adaptés aux exigences post-Fukushima et les équipements de secours en cas d'accident ne sont pas adéquatement protégés des éléments. Voilà les dysfonctionnements les plus graves qui font douter du nucléaire...
Les normes de sécurité augmentent, des travaux seront nécessaires pour rassurer les populations et c'est bien normal. Le montant est indéterminé, et plus il sera important, plus il satisfera les opérateurs et leurs sous-traitants qui pourront se gaver en toute bonne conscience, ainsi que les antinucléaires qui demanderont le même effort financier pour leurs projets d'énergie renouvelable. Le drame de Fukushima a fait zéro mort, tandis qu'une explosion soudaine du Vésuve pourrait faire plusieurs millions de morts. Mais le Vésuve est naturel, le nucléaire est une construction de l'homme! Rappelons tout de même aux écolos que 24 nouveaux réacteurs sont en projet dans l'UE.
Il est bien triste que la parole ne soit donnée qu'aux énarques ou aux politiques, via les journalistes, et non aux ingénieurs qui sauraient remettre l'église au milieu du village. Le risque zéro n'existe pas, et la probabilité de risque diminue en fonction exponentielle du coût investi. Il est plus facile de diriger par la peur, d'effrayer les populations que de les rassurer. Réenchanter le rêve, entendions-nous pendant la campagne électorale. Quand commençons-nous?

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