MST, ce n'est pas une maladie sexuellement transmissible, mais le surnom que les médecins viennent de donner à Marisol Touraine, la nouvelle ministre des affaires sociales et de la santé. Fille d'une illustre famille d'intellectuels, ayant suivi un parcours universitaire remarquable, elle a décidé de mettre toute son intelligence au service d'une idéologie, et elle le démontre continûment depuis sa nomination au poste de ministre. En charge du redressement des comptes de la sécurité sociale, sa première mesure a été de réformer l'aide médicale d’État. C'est une prestation sociale principalement destinée à prendre en charge les dépenses médicales des étrangers en situation irrégulière et sans ressources résidant en France. Le droit de timbre, 30 € par an par bénéficiaire majeur, institué par le gouvernement précédent a été supprimé. 30 € par famille par an pour être soigné gratuitement, c'était inacceptable pour des pauvres illégaux. La sécurité sociale payera, et aussi pour l'expérimentation des salles de consommation de drogues que MST lancera dans les prochaines semaines. N'oublions pas qu'elle est aussi favorable à la procréation médicale assistée. Une vraie progressiste, pour sa carrière ou pour la France?
Aujourd'hui, pour montrer sa combativité (et son aptitude au poste de Premier ministre), elle s'attaque aux dépassements d'honoraires des médecins libéraux. Ce sujet avait été traité par l'ancien ministre de Sarkozy qui voulait faire payer les mutuelles, les menaçant de les priver de leurs avantages fiscaux. MST a donc pris le contrepied samedi à Nice lors du 40° congrès de la mutualité française. Comment garantir l’accès aux soins du plus grand nombre? En donnant une mutuelle à chacun, tel est l'objectif du gouvernement. Les mutualistes devaient être comblés ce samedi, et on ne serait pas suspicieux si les mutuelles avaient des comptes moins opaques, si elles dépendaient de l’État ou si leurs avantages octroyés par le gouvernement étaient plus transparents. Et ces mutualistes en ont profité pour rappeler que l'accès aux soins pour tous était rendu difficile par les tarifs prohibitifs des praticiens du secteur 2, et qu'ils ne pouvaient cautionner tous les dépassements. MST a révélé sa maîtrise des dossiers, son aptitude aux négociations et a vite tranché: entre la sécurité sociale, l'assurance maladie, les mutuelles et les praticiens, ce sont ces derniers (les seuls opérationnels) qui sont les vilains petits canards. S'ils ne négocient pas vite et bien, elle les fera plier par l'adoption d'une loi. La négociation tripartite, le consensus, ça n'existe pas. Tu signes ou je dégaine avec une loi. L'art de la négociation, vu par MST.
Mais elle risque gros en se mettant à dos à toute une corporation, car les choses sont moins simples qu'il n'y parait. Les praticiens appellent les dépassements des "compléments d'honoraires", car le tarif de base des actes n'a pas été revalorisé depuis 30 ans: il est
donc inacceptable de fixer des plafonds sur cette base obsolète. Que penser du tarif conventionnel de la sécurité sociale, 23 euros pour une consultation classique chez un médecin généraliste, soit 100 € de l'heure, si loin du tarif des avocats? Et puis, la médecine a beaucoup progressé en 30 ans, et beaucoup d'actes ne sont pas encore tarifiés. Et enfin, ces dépassements de 2,5 milliards d'euros par an pour 29000 médecins, ne
représentent qu'1% des dépenses totales de santé en France et ne coûtent
rien à l’État puisque pris en charge pour un tiers par les mutuelles et
deux tiers par les patients. En tant que ministre, MST devrait plus arbitrer qu'être à charge, et être plus prudente. Si les enquêtes révèlent que 25% des Français hésitent à se faire soigner, elles oublient de dire que ces réticences concernent les lunettes et les dents, secteurs confiés entièrement aux mutuelles.
Au moment de publier ce billet, les syndicats auraient signé un pré-accord qui revalorise les tarifs des médecins en secteur 1, et assouplit les plafonnements et les sanctions. "320 millions, c'est à ce prix que les médecins ont accepté d'avaliser la concrétisation, au minimum, d'une des principales promesses de campagne de François Hollande"(Le Monde). L'affaire n'en restera pas là car les forces vives de la nation, les "riches", les entrepreneurs, maintenant les médecins sont échaudés. Mais que ne paierait-on pas pour exhiber les indécrottables marqueurs idéologiques de la gauche?

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