Après quatorze mois de mise en sommeil, les hauts-fourneaux du site de Florange seront définitivement fermés, entrainant un licenciement de 625 personnes sur les 2500 du site, a annoncé hier en comité central d'entreprise la direction d'ArcelorMittal . Elle laisse un délai de deux mois, à la demande du gouvernement, pour permettre une éventuelle cession. Le président François Hollande avait reçu la semaine dernière à l’Élysée Lakshmi Mittal, patron des aciéries et 5° fortune mondiale, qui lui avait sûrement expliquer la conjoncture: chute de 25 % de la
demande d'acier en Europe et
surcapacité de production. Sa division Aciers plats Europe a enregistré une perte d'exploitation de 340 millions
d'euros (M€) au premier semestre 2012, et de 499 M€ au deuxième
semestre 2011 (Le Monde). L’Europe produit l'acier qu'elle consomme, soit 11% de la fabrication mondiale, car ces produits lourds ne sont transportables qu'à grand frais. Il n'y a donc pour Florange qu'une alternative: soit on garde l'outil en sommeil à grand frais en attendant une éventuelle reprise du marché ( la fin de la crise?), avec les risques de démotivation du personnel et de perte du métier, soit on stoppe l'hémorragie financière et on ferme l'outil, avec la tragédie sociale subséquente.
C'est un drame pour les ouvriers qui poireautent depuis plus d'un an, pour leur famille et pour la région qui s'appauvrira encore. C'est un échec collectif, le Président et ses promesses, A. Montebourg fortement impliqué et "en ferme désaccord" avec L. Mittal, le ministre de l'économie P. Moscovici imitant Montebourg "Nous allons aux côtés des ouvriers, aux côtés des travailleurs de Florange", bref tout le gouvernement et son nouveau défi: trouver un repreneur, "c'est un challenge, c'est une volonté, c'est la volonté du président". Car le repreneur ne sera qu'un sous-traitant, un petit maillon d'une grande chaîne que l'on peut étrangler quand on veut. Ira-t-on jusqu'à cette bêtise industrielle pour sauver la face et plaire à une extrême gauche anticapitaliste?
C'est un drame aussi pour toute notre classe politique et médiatique. Quand le site lemonde.fr titre "ni le président ni le gouvernement ne peuvent accepter que la France se couche devant Mittal", les journalistes révèlent autant leur ignorance que leur inconséquence. La France serait-elle en guerre contre Mittal? Le journal Le Monde oublie que les usines de Dunkerque et Fos-sur-Mer tournent à plein régime, mais que ne ferait-il pas pour défendre son champion. Il en oublie même ses reniements sur le Traité européen. Il est surtout bien triste que les hommes politiques engagés dans la défense à tout crin de ces deux hauts-fourneaux, les plus féroces soient de l'extrême droite et gauche. Le drame, c'est de découvrir à cette occasion l'incompétence de nos élus en matière économique, apparue dès l'annonce de la fermeture de l'usine Citroën d'Aulnay. Il faut dire que N. Sarkozy n'avait pas brillé avec le dossier de Gandrange. En conclusion, que l'on soit ou non passé par l'ENA n'y fait rien: tous nuls en économie, car l'idéologie prime sur le pragmatisme. Quelle désillusion pour les ouvriers qui espèrent en les écoutant et en votant pour eux, qui manifestent dans les rues croyant que leur combat influera sur les décideurs! L'avenir des sites se construit autour de business plan, et les combats des directeurs sont terribles. Les manifestations qui s'ensuivent ne sont que des combats d'arrière-garde. La récitation de mantras et le bruit de la rue n'attirent que les folliculaires.
Cependant, le groupe socialiste étudie une proposition de loi intéressante: en cas de fermeture d'un site, un repreneur doit pouvoir le racheter en dépit du refus du propriétaire. La restriction volontaire de la production, appelée malthusianisme économique, qui peut se traduire par la fermeture d'usine corrige le déséquilibre offre-demande et permet le maintien, la stabilité des prix. Au niveau mondial, l'absence de tarifs douaniers, la concurrence illimitée entre tous les
pays favorisent les pays low cost et détruit les
modes de vie, les
emplois et les savoirs faire de nos régions. Il est temps de réguler ces mouvements qui affaiblissent chaque jour l'Europe. La concurrence est déloyale car le progrès humain et social devient un handicap. Pourquoi ne penserions-nous pas à des tarifs douaniers qui intègreraient un différentiel de protection sociale? Tout autre idée dans l'optique keynésienne est bienvenue, qui redonnerait croissance à l'Europe. Voilà un axe d'étude pour nos politiciens, bien plus utile que des effets de manche, ou des déclarations tonitruantes envers MM. Peugeot ou Mittal. On a encore besoin d'eux.

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