Lance Armstrong

Vae victis, avait dit le Gaulois Brennos aux Romains défaits, alors qu'il trichait pour augmenter la taille de la rançon. Le droit du plus fort, comme toujours, et malheur aux vaincus. Dans notre pays socialiste depuis le 6 mai où la présomption d'innocence est sacrée,  il siérait de ne point accabler notre ancien champion et d'éviter les préventions. Lance Armstrong n'a jamais été testé positif au cours des 200 contrôles et dément encore s'être dopé malgré les accusations de coéquipiers ou collègues. Alors, dopage indétectable, rivalités personnelles, vieilles rancœurs, qu'importe! Il faut tourner une page et faire la grande lessive de ce sport si populaire, pour qu'il le reste. L'UCI, l'Union Cycliste Internationale, craignant pour sa réputation vient donc de le déchoir de ses sept victoires dans le Tour de France. Cette décision a sonné la curée. Depuis, les sponsors se retirent en masse, les directeurs du Tour de France jouent les pucelles effarouchées. Les grandes "sociétés anonymes" ont des valeurs, refusent la tricherie, respectent l'écosystème, favorisent le développement durable et le commerce équitable, c'est bien connu. Tout de même, dans ce lynchage médiatique, et sans s'engager dans le procès en dopage, ne pourrait-on rappeler:
- Les joueurs de football ne font l’objet que de contrôles urinaires. Amphétamines, auto transfusion, EPO, stéroïdes anabolisants, stimulant cardiaque circulent depuis toujours (Rue 89). Les joueurs de tennis sont contrôlés 26 fois moins que les cyclistes: 216 contrôles hors compétition en 2011, dont 21 sanguins comparés aux 5650 contrôles hors compétition pour les cyclistes dont plus de la moitié étaient des contrôles sanguins (Rue 89). Et pourtant, depuis longtemps, Agassi, Noah, McEnroe ont reconnu que les joueurs consommaient de plus en plus de drogues et de dopants. La fédération internationale de tennis fait silence.
- Les cris d'orfraie des sponsors, de l'UCI ("Armstrong n'a aucune place dans le cyclisme"), des dirigeants de la Grande boucle sont pitoyables. Mais on touche le fond quand il est demandé le remboursement des gains et des primes, sept ans après. Car le champion a fait le spectacle, du grand spectacle quand on lui imposait quatre cols hors-catégorie dans la même étape. Ses performances extraordinaires ont attiré toutes les télévisions. Le Tour est devenu un évènement mondial, une des plus grandes épreuves sportives avec toutes les retombées commerciales sur le pays, les sponsors et les organisateurs. Maintenant que tout a été perçu, encaissé, amassé par tous, ce serait au seul Lance Armstrong de rendre? Quelle indécence! N'ont-ils pas honte?
Avec ou sans dopage, il aura franchi en jaune le Mont Ventoux, le Grand Saint-Bernard, l'Aubisque, l'Alpe d'Huez, et tant d'autres cols hors-catégorie. Sept fois, il aura risqué les accidents pendant vingt jours, pédalé près de 4000 kilomètres quel que soit le temps, les indispositions passagères, maux de ventre, douleurs musculaires. Avec ou sans tricherie, ne peut-on respecter les souffrances vécues?

Heureusement qu'il y a Laurent Jalabert pour rendre hommage à "l'immense champion", Miguel Indurain qui "croit toujours en son innocence. Il a toujours respecté les règles", et qui s'indigne que l'UCI ait retiré tous les titres du Texan: "il y a un règlement qui dit qu’il y a prescription au bout de huit ans et là on lui enlève quasiment tous ses titres depuis les juniors". Et tous les spectateurs qui se souviennent des victoires d'Armstrong, son courage extraordinaire, son intelligence de la course, sa volonté d'acier pour consacrer plus de dix années de sa vie à s'entrainer, pour gagner. Personne ne pourra lui enlever sa première victoire contre son cancer. Il était exceptionnel, hors du commun, il était devenue une icône, celle du dépassement de soi, de la condition humaine. La chute n'en est que plus pathétique:
O quel farouche bruit font dans le crépuscule 
Les chênes qu’on abat pour le bûcher d’Hercule !

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