Il y a trente ans jour pour jour, l'ambassadeur itinérant du président Ronald Reagan au Proche-Orient, Morris Draper, rencontrait le ministre de la défense Ariel Sharon et le ministre des affaires étrangères Yitzhak Shamir. Il est 12h30, ce 17 septembre 1982, et les Américains veulent obliger les Israéliens à évacuer Beyrouth. Ariel Sharon refuse. Il affirme que "2000 terroristes" sont restés à l'intérieur des camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila. Il n'est pas question de quitter Beyrouth en laissant derrière soi des terroristes et de se plier aux injonctions américaines: "Quand l'existence et la sécurité sont en
jeu, tout est de notre responsabilité, on ne laissera jamais personne
d'autre décider pour nous... Qui va s'occuper de ces 2 000 terroristes? On sait qu'ils y sont, bien équipés, armés et tout. Et
vous voudriez qu'on se retire ?" L'ambassadeur américain n'aura pas le dernier mot et finira par concéder deux jours supplémentaires à l'armée israélienne avant de se retirer. C'est le journal Le Monde qui rapporte aujourd'hui les conversations extraites des archives israéliennes et publiées dans le New York Times de ce jour:
Draper: des gens hostiles diront que Tsahal reste à Beyrouth pour permettre aux Libanais de tuer les Palestiniens dans les camps. Sharon alors on va les tuer, nous. Il n'en restera aucun. Vous ne sauverez pas (...) ces groupes du terrorisme international. Draper: nous ne sommes intéressés à sauver aucun de ces gens. Sharon: si vous ne voulez pas que les Libanais les tuent, nous les tuerons.
En réalité, au moment de cet échange, le massacre a commencé et les Américains devront assumer leur part de responsabilité. Ce massacre aurait pu être évité si la diplomatie américaine avait été plus ferme, dénonce aujourd'hui un chercheur américain dans son article. Peut-on refaire l'histoire?
Le 6 juin 1982, en "représailles" à la tentative d’assassinat sur l’Ambassadeur israélien à Londres, l'armée israélienne envahit le Liban. Un cessez-le-feu est négocié par les États-Unis, avec comme conséquence l’évacuation de l’OLP de Beyrouth le 1er septembre 1982. Mais Ariel Sharon laisse accroire que 2000 terroristes se cachent encore dans les camps palestiniens. Le phalangiste chrétien Béchir Gemayel, principal allié d'Israël,
élu président de l’État libanais fin août, est
assassiné le 14 septembre. Dans la nuit, le chef d'état-major israélien rencontre les
chefs chrétiens à Beyrouth (Le Monde). Le matin du 15, l'armée israélienne rompt le
cessez-le-feu, envahit la ville et encercle les camps. Le 16 au soir, les miliciens chrétiens
entrent dans les camps palestiniens. Ont-ils ou non été précédés par les services israéliens, ou accompagnés, ou encouragés? L'histoire ne le dit pas. Entre 800 et 2000 personnes seront massacrées, aucune compassion pour les vieillards et les enfants, les femmes violées puis tuées. Beaucoup d'hommes seront portés disparus. Après deux nuits de terreur, les phalangistes se retireront. Ils se seront comportés comme d'horribles barbares et ne seront jamais jugés. En affirmant que 2000 terroristes se cachaient dans les camps et en affichant sa détermination à les poursuivre, Ariel Sharon s'est rendu de facto complice de ce massacre. Rien ni personne n'aurait pu le faire dévier, fût-il le meilleur diplomate. Il sera contraint de démissionner du gouvernement.
L'histoire repassera-t-elle les plats? Il est chaque jour seriné que l'Iran développe sa bombe atomique pour l'utiliser contre Israël. Il n'y a pas d'assertion plus assassine que celle-là. Qui sera le prochain Ariel Sharon?

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire