Pussy Riot et contestation

Qui n'a pas fredonné le grand succès de Florent Pagny "ma liberté de penser"? La contestation d'un chanteur contre le fisc se fait sans bruit, habituellement, (Polnareff, Aznavour, Johnny...) et sans les faveurs du public "ces chanteurs richissimes qui ne veulent pas payer d'impôts". Le rythme de la chanson, cette quête de liberté en ont fait un tube apprécié par toutes les générations. 
La contestation peut prendre une forme plus sournoise, telle celle de Bernard Arnauld qui demande la nationalité belge pour contrecarrer les projets présidentiels de taxer les riches. L'entrée en résistance d'un très riche contre un Président qui ne les aime pas n'est que le début d'un combat qui va encore cliver le pays. Notre Flamby avait pourtant promis qu'il rassemblerait, que le clivage était la marque de son prédécesseur. 
Mais quelle mouche a piqué nos médias de défendre bec et ongles les Pussy Riot, ces trois jeunes filles qui ont entonné un chant "anti-Poutine" dans une cathédrale? Quelle profonde prière "Sainte Vierge, chasse Poutine"! La vacuité des propos ne mérite ni deux ans de camp ni le soutien du monde occidental. Cette farce bruyante n'est ni une profession de foi, ni un programme de réformes, seulement une insolence qui offre la notoriété, et la rétention. Encore un effort des médias et elles feront une carrière aussi brillante que Cohn Bendit. La mayonnaise a bien pris, la grande révolte mondiale contre la Répression est en marche. Et tous de s'identifier aux malheurs des trois chanteuses du groupe punk, et de défier les institutions politiques et religieuses au nom de la liberté, ce mot qui n'a jamais existé dans ce pays. Il fût un temps où nos élites étaient moins regardantes, qui rejetaient Soljenitsyne et sa dénonciation du goulag, dans son récit de 1962 "une journée d’Ivan Denissovitch". Souvenons-nous aussi du roman de Kundera publié à Paris en 1968: "La Plaisanterie". Pour séduire la belle militante Marketa, Ludvik lui envoie une carte postale: "L'optimisme est l'opium du genre humain! L'esprit sain pue la connerie. Vive Trotski!" Et il signe, la fin de sa carrière aussi. On ne badine pas avec le mouvement révolutionnaire, le sens de l'Histoire, la construction de l'homme nouveau. Ludvick sera chassé de l'université et mènera une triste vie, jusqu'au jour où il rencontrera la femme de l'étudiant qui l'a jugé et condamné. Il décide de se venger et de la séduire. Son plan fonctionne à merveille, jusqu'à ce qu'il s'aperçoive que son rival vivait une fantastique histoire d'amour avec une jeunesse, et que la trahison de sa femme est un cadeau du destin pour vivre son aventure. Kundera écrit: "tout sera oublié et rien ne sera réparé. Le rôle de la réparation sera tenu par l'oubli", à cause de la non-concordance des temps.
Les Pussy Riot n'ont pas dit ce qu'il fallait dire, au bon moment ni au bon endroit. Mais c'est une époque plus favorable que celle où s'exprimait Georges Marchais. Elles reviennent de loin, nos punkettes, même si elles s'en plaignent. Elles ont la possibilité de quitter leur pays, contrairement à leurs parents, et de vivre où elles veulent. Mais personne ne pourra empêcher, fort heureusement, la jeunesse de provoquer, de rêver, d'être insouciante, désinvolte. Son charme, c'est la légèreté, son sens de la volupté. Qu'il faut être stupide pour sanctionner la farce, la plaisanterie, par une privation de liberté! Et aussi stupide pour dénicher dans l'insolence une contestation populaire!

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