L'air du temps

L'air du temps, c'est être résolument moderne, rechercher la nouveauté coûte que coûte, aller de l'avant sans se soucier de savoir s'il y a un précipice devant. En matière d'art, les canons grecs ont été cassés depuis que la nouveauté a prévalu sur la beauté, tout en y prétendant. Comme aurait pu le dire Philippe Muray, les artistocrates sont entretenus par les mutins de Panurge, ces lobbies faussement révolutionnaires acoquinés aux puissances médiatiques. La nouveauté avant tout! Alors que la France s'enfonce dans la crise et le chômage de masse, dans une apparente indifférence du gouvernement, ce dernier s'attaque aux questions sociétales, avec autant de détermination que d'idéologie. La nouveauté sera le vote et le mariage pour tous. Le mariage des homosexuels, demande surréaliste à une époque où le divorce est devenu le problème, ouvrira la porte à l'homoparentalité, aux mères porteuses et à la procréation médicalement assistée. A titre personnel, je serai pour les mères porteuses le jour où les riches occidentales accepteront de porter l'enfant d'une mère du tiers-monde. L'homosexualité est interdite par la charia, mais les musulmans qui ont voté à 93% pour F. Hollande s'accommoderont de ces perversités occidentales en échange du droit de vote aux élections locales, puis demain nationales. Les étrangers impliqués depuis longtemps dans l'économie de notre pays doivent pouvoir participer au débat démocratique, mais peuvent aussi demander la (double) nationalité française. Les risques de clivage de la société française ne sont pas moindres, car progressisme n'est pas toujours progression.
Et si l'air du temps était de ne plus être jacobin, si le peuple n'était qu'un concept désuet, si l'on inventait la République décentralisée? Si l'air du temps était de redonner aux populations leur droit d'expression, pour qu'elles réinvestissent l'espace public? Par exemple, les habitants de Seine-Saint Denis auraient le droit de vote quelle que soit leur nationalité, les habitants du Marais seraient autorisés à se marier sans contrainte de sexe, seulement par amour, les processions et pardons seraient institutionnalisés en Bretagne, la corrida autorisée uniquement à Arles et à Nîmes, la chasse à la palombe exclusivement au pays basque sans interférence de Bruxelles ou Paris, l'Alsace-Moselle pourrait même conserver les lois allemandes acquises avant 1918, mais cette fois dans le nouvel esprit républicain. Au nom discutable de l'égalité, que de contraintes impose-t-on à l'autre, qui est mon frère peut-être mais pas mon voisin, et qui diverge dans ses intérêts ou dans ses us et coutumes. L'équipe gouvernementale pourrait alors s'occuper des affaires de la maison France. 
Regardons nos amis suisses, qui organisaient dimanche dernier une votation dans les cantons de Bâle et Berne. La question soumise à référendum était "des impôts équitables pour les familles", car la taxation cantonale réservée aux étrangers se fait sur la base du train de vie, en fonction notamment du loyer ou de la valeur locative estimée. Les citoyens du canton de Bâle-Campagne ont voté à une large majorité la suppression pure et simple des forfaits fiscaux. Il n'y avait que 16 exilés fiscaux, payant 1,7 millions de francs suisses (CHF), et l'impact budgétaire sera minime. Par contre, 66,5% de la population du canton de Berne a voté pour le maintien du forfait, où 230 exilés fiscaux payent 23 millions CHF. Il y avait plus à perdre qu'à gagner. Les populations ne sont pas si bêtes quand on les laisse vivre et s'exprimer. Une leçon de démocratie directe pour les Français qui confondent peuple et populations, et qui décident encore de Paris au nom des grands principes. Et si on ouvrait les fenêtres pour changer l'air du temps... 

Aucun commentaire: