5 septembre

Ce mercredi 5 septembre, l'artisan blogueur retrouve la disponibilité nécessaire à la poursuite de ce journal. Depuis le dernier billet, la matière à disserter ne manquait pas mais il aurait été difficile de ne pas glisser de la normalité vers la médiocrité. Autant s'abstenir. Revenons à l'aube du 5 septembre, 1972, il y a quarante ans, lorsque huit militants palestiniens s'introduisent dans le village olympique de Munich, tuent deux athlètes israéliens et en prennent neuf en otage. Ils seront tous tués lors d'une tentative de sauvetage déclenchée de nuit, à 22 h, et qui fait encore polémique: tireurs d'élite armés seulement de pistolets, sans contact radio donc sans coordination, opérant de nuit sans lunette infra-rouge, prévenus de cinq terroristes alors qu'ils étaient huit. Même fiasco pour les renforts: les blindés tardent à venir, les policiers ne sont pas équipés de torches électriques et auront du mal à poursuivre les terroristes échappés, qui seront les trois seuls survivants. Trois heures de fusillades pour un tel fiasco! Les Jeux olympiques ne seront suspendus que le 6 septembre, les compétitions reprendront le lendemain, dans l'indifférence des spectateurs. Le monde entier fut bouleversé et condamna cet attentat terroriste. Le 9 septembre, l'aviation israélienne bombardait les camps de l'organisation de libération de la Palestine (OLP) au Liban et en Syrie, faisant environ 200 victimes.
Yasser Arafat fut nommé président du comité exécutif de l'OLP le 4 février 1969. Il modifia alors la politique de l'organisation, intensifiant sa lutte contre Israël et planifiant attentats, prises d'otages, détournements d'avions. L'attentat de Munich fut perpétré par un commando du groupe "septembre noir", alimenté financièrement par le Fatah. Yasser Arafat ne pouvait pas ignorer ce qui se tramait, et s'il ne l'a pas commandité, il aurait pu l'interdire. Les attentats se poursuivront pendant plus de 20 ans, le rendant leader incontournable de la cause palestinienne. Son pouvoir bien établi, il renoncera alors à la lutte armée contre Israël, en 1993, et sera récompensé l'année suivante du prix Nobel de la Paix.
Grand négociateur, grand politique, d'un charisme indiscutable, Yasser Arafat ne s'est rien interdit pour faire triompher sa cause, le sang de victimes innocentes ne l'a jamais fait reculer. Le philosophe Alain avait raison, ce sont toujours les méchants qui gagnent. Grand stratège, mais méchant.
Aujourd'hui, trois juges français demandent à se rendre à Ramallah pour exhumer le corps de Yasser Arafat, suite au dépôt d'une plainte pour assassinat. Sortir du bureau et prendre l'air frais en Palestine, alors qu'un dossier secret doit exister à l'hôpital Percy, où il est mort en 2004... Son épouse soupçonne un empoisonnement au polonium. L'intérêt de la famille est d'en faire un martyr palestinien, alors qu'il était isolé en fin de vie dans son QG à Ramallah. Un martyr qui en a fait tant d'autres.
Comprenne qui pourra! Pensons aujourd'hui aux 11 athlètes israéliens, victimes innocentes.

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