L'écologie et Kant

L'actualité est suffisamment riche pour nous donner matière à discourir mais l'artisan blogueur a perdu quelques disponibilités: il ne désespère pas de les retrouver. L'hommage rendu par le Président normal aux quatre soldats, non-combattants, tombés au champ d'honneur en Afghanistan lui rappellera que la politique n'est pas seulement un jeu qui permet sans risque de faire des carrières, ce que n'a encore compris ni sa première compagne, ni sa dernière. Puisse-t-il comprendre que ses décisions engagent un peuple et que sa répulsion pour madame Merkel menace la récente amitié franco-allemande et fragilise l'Europe, puis l'euro. Un dirigeant incarne les espoirs d'un peuple et non les intérêts du parti qui l'a conduit à la fonction suprême. L'éventuel successeur socialiste de madame Merkel défendra les intérêts de l'Allemagne, même s'il estime nécessaire aujourd'hui une croissance européenne. Qui ne rêve pas d'une croissance avec l'argent des autres, avec 120 milliards sortis d'un chapeau? Oublions un instant nos inquiétudes devant tant d'incompétence pour philosopher un brin.
Yann Arthus-Bertrand, grand photographe de la planète devenu écologiste par amour pour elle, nous instruisait hier sur Europe 1 de la nécessité de la respecter, de cesser de la ravager, la saccager, la détraquer, la détériorer, par amour pour nos enfants, pour leur transmettre au mieux ce bien le plus précieux qu'est la terre. Cette envolée lyrique nous définissait une éthique, qui nous ramenait vingt cinq siècles en arrière. Platon résumait ainsi l'idée pythagoricienne "le ciel et la terre, les Dieux et les hommes sont liés entre eux par une communauté, faite d’amitié et de bon arrangement, de sagesse et d’esprit de justice, et c’est la raison pour laquelle, à cet univers, ils donnent le nom de cosmos, d’arrangement, et non celui de dérangement non plus que de dérèglement." Cet ordre du monde, ce cosmos est non seulement transcendant mais en outre harmonieux, juste et bon. Puis l'éthique, c'est vivre en harmonie, en accord avec ce cosmos, y trouver sa juste place. Enfin, la troisième dimension de la philosophie, son point culminant est la sotériologie, soit la doctrine du salut: sauver l'homme de la finitude, la mort sous toutes ses formes. Les stoïciens, les épicuriens ont cherché à débarrasser l'homme de cette angoisse, de cette peur en transformant cette mort en accomplissement, une doctrine du salut sans Dieu. Nos écologistes contemporains ont repris le "Deus sive natura" de Spinoza, soit la Terre, puis l'Ethique par un comportement social respectueux du nouveau Dieu, mais ont tout simplement oublié la sotériologie. Qui peut le reprocher à la ministre écologiste Cécile Duflot, dont la culture n'est pas apparente? Si ses adeptes avaient lu Kant, au lieu de rapidement sauter sur Marx, ils auraient appris le virage philosophique qu'imposaient les découvertes scientifiques du XVII° siècle, de Newton par exemple. Le cosmos n'était plus harmonieux mais un champ de forces, un chaos sans valeur, sans signification. Cette nature-là, hostile et dangereuse, peut-elle être un modèle pour l'homme et source de ses valeurs? Où est l'ordre du monde quand une météorite peut faire basculer la planète et entrainer une glaciation millénaire? Kant en finit avec le mysticisme cosmologique et effectue un puissant retournement: il pense d'abord la finitude, ensuite l'Absolu. La sensibilité et le corps situés dans l'espace-temps avant la divinité intemporelle. On quitte l’Éthique pour l'Esthétique (sensibilité en grec), le point de départ est l'être fini qui pense et non Dieu ou la Nature. Il enseignait cela il y a deux siècles, qui a été entériné universellement. Le retour au stoïcisme de nos écolos a quelque chose de moyenâgeux. Relisons Kant, puis regardons les magnifiques photos de Yann Arthus-Bertrand, sans en déduire théoria ou praxis.

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