Elles sont jeunes, jolies, et en grève. Ces magnifiques danseuses du Crazy Horse travaillent six jours par semaine et négocient depuis cinq mois une juste valorisation de leur travail. Du monde entier, les touristes nantis viennent admirer ces corps élastiques, ces femmes sensuelles, élégantes dans leur nudité. Elles incarnent la jeunesse et la beauté, expérimentées par tout un chacun ne serait-ce qu'un jour, au travers d'un regard énamouré, conservé au tréfonds de soi. Et puis il y a aussi Eros, dieu de l'Amour et de la puissance créatrice, qui inspire de l'audace, et qui selon Socrate est amour de la Beauté. Quand d'autres continents honorent la sagesse des anciens, l'Europe de plus en plus vieille et conservatrice n'a de cesse de louer la jeunesse, la beauté, l'audace. Et notre nouveau Président l'a bien compris, qui demande à être jugé sur la justice et la jeunesse. Assimilerait-il jeunesse et inexpérience? Au vu des nouveaux ministres de son gouvernement, la question se pose. Il semble que les Français n'en soient point choqués, eux qui ne supportent pas l'inexpérience dans leur quotidienneté professionnelle, et qui se résignent à des ministres novices. Dans des périodes difficiles de crise, qui demandent maturité, connaissance des rouages, sens de la négociation, anticipation, l'arrivée de purs politiciens inexpérimentés n'est pas rassurante. Il n'est pas question de préjuger de leur aptitude aujourd'hui, mais l'engouement pour la jeunesse dans la vieille Europe où ses habitants refusent de vieillir est un phénomène nouveau.
Comment en sommes-nous arrivés à vanter la jeunesse à ce point? Certes elle incarne souvent l'innovation, l'énergie, et il en faut pour changer les habitudes et entraîner les hommes. Mais est-ce si nécessaire au plus haut niveau de l'État? Le pouvoir est un puissant
aphrodisiaque qui libère les libidos. Cette libération peut conduire à l’illimitation, à la démesure, d'autant plus incitatrice à tous les passages à l’acte que le sujet est jeune et l'ego sensible. Le Président joue aux apprentis sorciers, s'entourant de ministres aussi inexpérimentés que lui.
L'expérience est la connaissance des effets secondaires, des vérités qui s'accordent aux réalités. C'est ainsi que ce qui était faux hier peut devenir vrai aujourd'hui. Comment un homme d'appareil, nourri d'ambition et d'idéologie, peut-il s'adapter aux mouvements browniens simultanés des individus, des corporations, des peuples, s'il ne s'est lui-même frotté à la diversité du monde? Il faut avoir été spécialiste avant de devenir un bon généraliste. Même très instruits, ces hommes n'ont pas toutes les lumières et comme le disait Talleyrand, ils sont tellement intelligents qu'ils ne sont pas faits pour conduire les affaires, car ils s'accordent mal aux désordres des évènements. L'expérience est le seul moyen de tendre vers les quatre vertus cardinales que sont la prudence, la justice, la force et la tempérance. Efforçons-nous de rester jeune dans nos têtes, sans dévotion à la jeunesse.

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