Tristes anniversaires

Il y a tout juste un an, un terrible tremblement de terre déclenchait un tsunami, provoquant 19 000 morts dont trois mille sont toujours disparus. Une vague allant jusqu'à 23 mètres de hauteur ravageait une partie du Japon et détruisait la centrale nucléaire de Fukushima. "On a frôlé la catastrophe" disent les experts nucléaires, mais pour la presse à sensation et les écolos, ce fut une catastrophe, la seule qui n'a fait aucun mort à ce jour. L'idéologie, le concept ont une fois de plus eu raison de la réalité et ont occulté le courage, la discipline et la résignation du peuple japonais qui a forcé l'admiration face à l'adversité. Surtout quand on se souvient du courage de nos journalistes qui fuyaient Tokyo, et des consignes similaires de nos ambassades, pour notre plus grande honte. La peur du nucléaire est maintenant dans tous les esprits, et les prochaines centrales seront construites avec plus de respect pour la sécurité que pour la profitabilité. Dans certaine région du monde où le respect de la vie humaine n'est pas premier, la dramaturgie n'aura pas été vaine. Mais céder à la peur épiphénoménale du nucléaire est irresponsable. Si le principe de précaution mis en vigueur à Fukushima avait existé au siècle dernier, Hiroshima n'aurait pas aujourd'hui plus d'un million d'habitants. Rien n'est définitif sur terre, sauf le jugement de certains.
Il y a 34 ans aujourd'hui, le hasard était plus fort que le destin, et Claude François nous quittait. Accident stupide, disparition brutale d'un chanteur doué qui avait su traduire en chansons la dynamique, la joie et l'espoir d'une jeunesse. Le cinéma lui rend un bel hommage et la magistrale interprétation de Cloclo nous plonge en nostalgie. Nostalgie d'une époque où le rêve et l'impossible étaient autorisés, au détriment d'une balance budgétaire dont les dirigeants se souciaient comme d'une guigne. D'une époque où malgré le rêve, il fallait attendre un an pour avoir une ligne téléphonique, alors que les 65 millions de portables actuels n'empêchent pas le misérabilisme et ses formules lapidaires "il y a de plus en plus de pauvres en France", continûment énoncées sans qu'une métrique de la pauvreté ne soit rappelée. Voilà aussi ce que nous rappelle ce film anniversaire, une fin des trente glorieuses critique mais non larmoyante.
Cette semaine sera commémorée sans être fêtée le 50° anniversaire de la signature des accords d'Evian, tant les blessures du conflit algérien sont encore vives. La tenue d'un colloque ce week-end sur l'histoire de la fédération de France du Front de libération nationale (FLN), lors de la guerre d'Algérie alimente la polémique. Quelle que soit la position idéologique du lecteur sur le colonialisme, il faut rappeler que le FLN annonça le 31 octobre 1954 son intention de parvenir à l'indépendance "par tous les moyens". Et les massacres commencèrent, puis la haine répondit à la haine, et après 300 000 morts et huit ans, "la valise ou le cercueil" pour un million de Pieds-noirs. Il était établi que le Christianisme et l'Islam n'étaient pas miscibles là-bas. Il semblerait que ce ne soit plus vrai au nord de la Méditerranée. "Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà", disait Pascal.
Mais il y a aussi ces tristes anniversaires qui se succèdent rapidement, une fois passé l'acmé de la vie. Et les confidences de la fille Bettencourt au journal Le Monde de samedi ne sont pas rassurantes, s'agissant des déchirements familiaux en fin de vie. La vie active sépare souvent les familles, aussi combien de parents isolés, vieillissants, se prennent d'affection pour ceux qui leur sont proches au quotidien, leur femme de ménage, leur infirmière, leurs voisins ou médecin, notaire, avocat pour les plus aisés. Les abus de faiblesse sont alors légions, et les manœuvres dolosives altèrent souvent les liens du sang. Mais le transfert d'affection n'est pas uniquement dû au crépuscule des esprits, ou à d'anciennes frustrations, mais au combat inconscient de ceux qui ne veulent pas mourir contre ceux qui veulent vivre. Des possédants contre ceux qui veulent posséder, de ceux qui restent tournés vers leur passé alors que d'autres sont en devenir. Les déchirements des Bettencourt ne sont pas singuliers, leur fortune les met en lumière. L'appât du gain est partout le même.

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