Les premiers ministres grecs et italiens ont été contraints de quitter le pouvoir sous la pression des instances européennes. Un déni de démocratie, s'est écrié le peuple de gauche. La démocratie, peuple (δῆμος) et pouvoir (κράτος), ce corpus de principes politiques et philosophiques dans lequel le peuple est souverain et détient le pouvoir collectivement. Alexis de Tocqueville reste plus attaché aux dimensions philosophiques et culturelles qui façonnent une société, sur base des valeurs liberté et égalité, quand la tendance actuelle est de résumer ce pouvoir populaire par l'élection de ses dirigeants ou représentants. Doit-on tout confier à des représentants élus, ou doit-on saisir le peuple régulièrement?
La crise actuelle que traverse l'Europe fait resurgir les vieilles lunes du "peuple", plus fort que l'argent, que l'équilibre des comptes, que les équilibres mondiaux. Et demain, pourquoi pas, plus fort que l'amour. Du bonheur dans l'oisiveté, du contrat social sans contrat. Ce n'est plus un élan, c'est un jaillissement populaire, un Tristan et Iseut moderne revisité par le grand tribun Mélenchon. Ce dernier n'a pourtant pas été séduit par la dernière votation suisse, proposée par les syndicats chrétiens et soutenue par la gauche, initiative intitulée "six semaines pour tous". Cette proposition visait à faire passer le minimum légal de vacances annuelles de quatre à six semaines, dans un pays où la durée légale du travail est de 42 heures. Refusée par 66,5% des citoyens, à l’unanimité des cantons, elle a mal inspiré notre populiste national: "je comprends parfaitement que le patronat suisse utilise tous les arguments" dont "la peur et l'insulte, contre les travailleurs". Qui peut croire notre baladin qui balaye l'opinion de 1,53 million de votants? Les milieux économiques et la droite avaient estimé qu’une telle mesure porterait un coup important à la compétitivité de l’économie. Qu'importe pour notre ancien trotskyste que les Suisses aient une fibre économique, et que notre dette soit abyssale! Nous constatons la première limite de la démocratie directe: le peuple n'est sage que lorsqu'il entérine vos propres idées.
La Gauche française est favorable aux référendum d’initiative populaire, depuis l'expérimentation qui en avait été faite par la Commune de Paris. Ségolène Royal développa même un projet de démocratie participative, variante de la démocratie directe où des jurys de citoyens évalueraient des politiques publiques. Elle souhaitait récemment organiser une votation pour mettre en échec le gouvernement sur la réforme des retraites. La Droite se méfie de ces initiatives populaires, et pourtant, sous l'initiative du Président Sarkozy, la pratique du référendum d'initiative populaire est inscrite dans la Constitution, mais n'est jamais entrée en application en l'absence d'une loi organique. Son projet de référendum sur des sujets clivants a même ému la classe politique, pour qui l’utilisation du référendum peut être très dangereuse pour la cohésion nationale. Pour la réputation aussi?
Qui ne se souvient de l'initiative populaire approuvée à 57,5%, demandant l’interdiction de construire de nouveaux minarets sur sol helvétique? Cette votation du 29 novembre 2009 a fait couler beaucoup d’encre, en Suisse comme à l’étranger, et a ouvert un large débat sur la démocratie directe et ses limites, ainsi que sur l’intégration des musulmans et la place de la religion. Toutes les belles âmes furent émues, sur le fond, à gauche, et sur la forme, à droite: "Il y a d'abord un problème de forme parce que ce sont des questions compliquées qui n'appellent pas une réponse simple".
Alors, démocratie directe ou non? Si oui, quel est le pourcentage d'abstention maximum pour que la votation est une valeur démocratique? Il semblerait que ce mode de gouvernance corresponde mieux à un petit pays, prospère, à une fédération. S'agissant de notre vieux pays révolutionnaire, il faut veiller à ce que le référendum ne soit pas utilisée comme une arme de la lutte des classes, ou pour cliver le pays. La démocratie parlementaire peut s'accompagner d'une pincée de démocratie directe, quand il s'agit de la vie des Français, mais non pas quand il en va de la France.
Alors, démocratie directe ou non? Si oui, quel est le pourcentage d'abstention maximum pour que la votation est une valeur démocratique? Il semblerait que ce mode de gouvernance corresponde mieux à un petit pays, prospère, à une fédération. S'agissant de notre vieux pays révolutionnaire, il faut veiller à ce que le référendum ne soit pas utilisée comme une arme de la lutte des classes, ou pour cliver le pays. La démocratie parlementaire peut s'accompagner d'une pincée de démocratie directe, quand il s'agit de la vie des Français, mais non pas quand il en va de la France.
Tout de même, le refus des Suisses de six semaines de vacances n'aura pas fait beaucoup de bruit chez nous, en pleine campagne électorale. Il semblerait même que les Français préfèrent la Grèce à la Suisse.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire