François Bayrou avait giflé Yacine, 11 ans, pris la main dans sa poche dans une cité de Strasbourg, en 2002. "Je connais les Français. Ils me sauront gré de ce geste", disait-il au Parisien, et effectivement, ce geste avait été plébiscité. En 2011, le député maire de Villeneuve-sur-Lot, Jérôme Cahuzac, estimait sa réaction "adaptée et proportionnée" en assénant vendredi deux gifles à un jeune qui l'avait "insulté" et "bousculé" (Libération). Mais les temps changent, à moins que le vent de gauche espéré par les magistrats ne leur redonne de la vaillance . Vendredi dernier, le maire de Cousolre, une petite commune du Nord, comparaissait devant le tribunal pour "violence par personne dépositaire de l'autorité publique". Il avait giflé le petit caïd local de 16 ans qui dégradait, insultait, provoquait. "Vous vouliez le tribunal, parce que vous vouliez une tribune !", lui a intimé le procureur, agacé par le soutien des maires locaux. "La jeunesse n'est pas une maladie!" poursuivit-il avant de requérir une peine de 500 euros contre le maire, au lieu de démontrer en quoi la gifle donnée au jeune garçon est "une violence par personne dépositaire de l'autorité publique". Même la journaliste du Monde n'en a pas cru ses oreilles, son blog est édifiant.
Ce fait divers qui n'aurait jamais dû être divulgué ni jugé est révélateur de notre société. Si vous êtes puissant et médiatique, les jugements de cour vous rendent plutôt blancs. Un petit maire de village n'a aucune chance devant notre Justice qui tient tant à montrer son indépendante vis-à-vis du pouvoir, mais pas des idéologies. Où ce vent de gauche nous mènera-t-il? Car il a soufflé très fort, ce week-end, dès que le mot civilisation a été lâché! Inouï d'entendre que "toutes les civilisations ne se valent pas", dans un pays qui revendique sans cesse l'égalité. Combien d'internautes n'ont-ils pas rappelé le nazisme, les camps de la mort, et l'inquisition romaine! Nous n'avons pas à être fiers de ce que nous fûmes, etc... et les points Godwin ont été distribués par poignées. (Rappel de la loi Godwin: plus une discussion en ligne dure longtemps, plus la probabilité d'y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Adolph Hitler s'approche de 1). Le vent de gauche doit balayer des mots tabous, race, civilisation, culture, identité, autorité, car l'adjectif nauséabond n'est jamais loin. La possible alternance qui est la force des démocraties nous condamnerait-t-elle à revivre les contritions, flagellations et résipiscences publiques? Qu'il est triste de vieillir pour une civilisation, qui finit par engendrer tant de niaiseux, de déplaisants.
Pendant ce temps, un pays jeune se rassemble autour de son sport favori, un peuple sans complexe se passionne pour la finale du super bowl: 70 000 spectateurs dans le stade couvert d' Indianapolis ont assisté dimanche à la victoire au finish, à la dernière minute, des Giants de New York par 21 à 17 face aux Patriots de la Nouvelle Angleterre. Un sport taillé sur mesure pour ce monde de consommation et d'image: car il y avait aussi... 111 millions de téléspectateurs, soit plus d'un américain sur trois devant son poste pour plus de 3h30 de reportage, 120 messages publicitaires à US$ 3,5 millions le spot, un show époustouflant de Madona et aussi le match dont les statistiques nous apprennent: 1h07 de joueurs filmés entre les phases de jeu, 17 minutes de reprises des jeux et 11 minutes d’action effective. Ce n'est pas l'action effective qui compte, mais le rythme, la dynamique, le spectacle qui rassemble, qui soude, dont on parlera demain dans les bureaux, les usines, à la Bourse, au Mac Donald. Ils n'ont pas besoin d'un débat sur l'identité, ou sur les civilisations, ni de magistrats qui protègent la jeunesse contre l'autorité. Ils restent jeunes et simples, et n'ont pas de temps pour les empêcheurs de danser en rond, protégés des vents mauvais.

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