Cette semaine, Bruxelles a annoncé une nouvelle récession en 2012 pour la zone euro, la deuxième fois en trois ans. La Commission européenne prévoit une contraction du PIB de la zone monétaire de 0,3% en 2012, et les deux plus grosses économies sont épargnées: croissance de 0,4% pour la France et de 0,7% pour l'Allemagne, mais décroissance pour les Pays-Bas (0,9%) et pour la Belgique (0,1%). Les pays du Sud de l'euro souffriront davantage, de l'endettement et de l'austérité: décroissance du PIB pour l'Espagne de 1%, pour l'Italie de 1,3%, et davantage encore pour la Grèce et le Portugal. Un nombre croissant d'économistes et d'hommes politiques s'inquiètent du coût social de la stratégie de redressement budgétaire engagée depuis deux ans. Ils demandent un rééquilibrage des priorités: moins pour l'austérité et davantage pour l'activité (Le Figaro). Le commissaire aux affaires économiques, Olli Rehn, entrevoit une éclaircie à la fin de l'année et donc s'en tient à la ligne officielle de Bruxelles: réduction progressive des déficits.
Les candidats à la présidence française devraient se positionner autour de ce thème majeur. A partir de ces données de croissance, quelle est la meilleure politique envisageable pour le pays, pour l'Europe et pour l'euro? Il ne faudrait pas que la zone euro soit à nouveau secouée de spasmes, car la banque Dexia est une grenade dégoupillée au sein du système bancaire européen: 1500 milliards d'euro de valeurs notionnelles de produits dérivés (très interconnectés), 31 milliards financés par la Banque centrale (dont 18,7 non gagés), et 90 milliards de garantie d'emprunts faits par Paris et Bruxelles. Et la Commission qui se demande si elle doit dénoncer ce non-respect de la concurrence. Le 21 mars, elle se prononcera au vu du dossier présenté par Dexia, espérant qu'elle a retenu les leçons de l'intransigeance envers Lehman Brothers!
Pendant ce temps, la France est endettée de 1700 milliards d'euro, et nos candidats débattent de l'augmentation mortelle de 1,6% de TVA qui tuerait la croissance, les pauvres et une partie des classes moyennes. Ou bien de la fermeture des centrales nucléaires. Ou bien de la légalisation de l'euthanasie, du mariage gay. Ou de la retraite à 60 ans, des 35 heures, du pouvoir d'achat, des méchantes banques et du vilain capitalisme qui sont responsables du marasme actuel (donc c'est à eux à payer) ou de l'euro inflationniste, de l'Europe libérale (donc faut les quitter), mais surtout pas de la crise, de la dette. Le débat entre les candidats n'est pas à la hauteur des enjeux. Qu'ils se réclament ou non de De Gaulle, ils se soucient des Français et de leur bulletin de vote, mais pas de la France.
Pendant ce temps, les journaux font des enquêtes sur les candidats, car "c'est une rencontre entre un homme et les Français". Aussi, l'Express a publié cette semaine les salaires et le patrimoine de chacun. Il faut supposer que le journaliste était un jeune étudiant stagiaire, car s'agissant de François Hollande, il écrit: "S'il était élu président de la République, François Hollande bénéficierait d'une augmentation éclair: le traitement actuel de chef de l'Etat, révisé par Nicolas Sarkozy au début de son mandat, s'élève à 18 700 euros net. Bien plus que son indemnité de député et de conseiller général. Mais, le 7 novembre dernier, il promettait de réviser ce salaire à la baisse, ainsi que ceux des ministres, de 30 %. Il écrit que François Hollande, député et président du conseil général de la Corrèze, perçoit des indemnités mensuelles limitées d'environ 8 300 euros brut (hors indemnités). Son revenu imposable s'élèverait à 78 516 €, qu'il payerait 5 217 € d'impôts, 3000 € de loyer à Paris, 1200 € à Tulle. Si on fait les comptes, il lui reste pour vivre avec sa fille Clémence rattachée à son foyer fiscal moins de 2000 € par mois, 30 € par jour par personne... Il n'en est pas moins élégant cependant, à moins qu'on ait oublié les 6412 € par mois d'indemnité représentative de frais de mandat et les 9138 € par mois d'avantages pour rémunérer, ou non, ses collaborateurs... Ces 15 000 € d'indemnités sont justifiés, mais on est loin du petit salaire de départ annoncé, et s'il devient Président, ce ne sera plus une augmentation éclair comme l'indiquait l'imbécile de journaliste. Avec une telle presse ignare, comment aborder les problèmes majeurs de notre société? Il en va des petits comptes comme des grands, pour les mensonges aussi. Et il n'y a aucune indemnité cachée pour rembourser les 1700 milliards de dettes que nos énarques ont faites par démagogie, pour être élu. Il était clairvoyant, Charles Péguy, quand il écrivait: "L'idéal, c'est quand on peut mourir pour ses idées. La politique, c'est quand on peut en vivre !"

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