Ne pas aimer a priori une communauté n'est pas signe de cœur, prendre le contenu pour le contenant n'est pas signe d'intelligence. Moralement, on se doit d'aimer l'homme et non sa représentation, ce qu'il fait plus que ce qu'il est. Néanmoins, le racisme en soi n’est pas condamnable. C’est bien sa manifestation qui l’est. En France, les insultes racistes, xénophobes, sexistes, homophobes sont condamnables. Faut-il encore que l'injure soit blessante! Condamner pénalement la bêtise n'est pas non plus signe de grande intelligence, et quand la condamnation masque une gesticulation politique, la bêtise a changé de camp. Et les mauvais procès envahissent l'espace médiatique.
Brice Hortefeux répond à une femme lui présentant un encarté d'origine arabe: « Il en faut toujours un. Quand il y en a un ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes ». Le tribunal a jugé que ces propos, qui étaient privés mais rendus public par la diffusion d'un enregistrement clandestin, constituaient une affirmation "incontestablement outrageante". Certes, ces propos ne sont pas dignes d'un ministre, mais sont mille fois moins outrageants que n'ont pu l'être les insultes de la presse anglaise et américaine pour le peuple français lorsque la France a refusé la deuxième guerre en Irak. Si les Français avaient la même sensibilité épidermique que les associations antiracistes qu'ils sponsorisent (le MRAP, SOS racisme ou la LICRA), ils auraient éructé publiquement. Et que penser de Jean-Paul Guerlain obligé de se présenter au tribunal pour un humour daté : "Pour une fois, je me suis mis à travailler comme un nègre. Je ne sais pas si les nègres ont toujours tellement travaillé, mais enfin…" Comment croire que la Justice est encombrée quand elle s'attarde sur un jeu de mots, certes déplacé et imbécile, mais non pas outrageant. Pourtant, le parquet ne doute pas que l'injure ne soit raciste. Bien que venu à résipiscence, Jean-Paul Guerlain sera condamné. Le CSA a mis en demeure la chaîne FR2 pour "non-maîtrise de l'antenne", une cabale contre Guerlain, "le parfum qui pue", a été lancée, la société Guerlain s'est excusée et démarquée... Bref, la repentance généralisée des petits blancs qui ont peur de déplaire, ou trop à perdre. Hier, le député Vanneste a déclaré que la déportation des homosexuels français n'avait pas existé. Il vient d'être exclu de l'UMP, et risque un an de prison et 45.000 euros d'amende. Le Figaro confirme la véracité historique de ces propos (62 déportations) dans un article documenté, mais le politiquement correct ne retient que l'aspect homophobe et négationniste.
Aujourd'hui, jeudi, la cour d'appel de Paris a condamné à trois mois de prison avec sursis et à 10 000 € d'amende Jean-Marie Le Pen, rejugé après une cassation libératrice (quel acharnement), pour avoir déclaré que l'occupation allemande n'avait pas été "particulièrement inhumaine". Là aussi, le propos est imbécile, et déplacé tant que des Français en ayant souffert sont vivants, mais où est la "contestation de crime contre l'humanité"? Les magistrats semblent satisfaits d'étendre le champ d'application des stupides lois mémorielles, qui les rendent juges du bien-penser, au profit seulement des minorités. S'il n'y a plus de place pour la bêtise dans l'espace public, chacun pouvant être filmé et enregistré à son insu, il n'y a plus de liberté de penser ni de s'exprimer. Et quand on sait que les épreuves de culture générale sont en voie de disparition, on n'est pas près d'éradiquer la bêtise.
Le sujet traité ce jour est bateau, mais il faut dénoncer ces pertes de libertés, ces dérives, ces procès staliniens, ces faux procès, et laisser l'homme face à la bêtise de ses propres paroles. Personne ne s'est révolté quand notre Président se faisait traiter de voyou de la république, de nabot, personne n'y voyait d'incitation à la haine, de propos outrageants. Dans un pays où de plus en plus d'élèves ont des difficultés à lire et à appréhender un texte, où l'histoire et la culture du pays ne sont plus une priorité de l'Éducation Nationale, il sera de plus en plus facile de mettre en place une bien-pensance, un despotisme soft. Comme le soutenait Tocqueville, l'opinion publique risque fort de devenir un instrument coercitif, manipulé par des minorités, qui étouffera dans son cercle toute diversité des sentiments et toute disposition à l'action. Le despotisme démocratique est en route.

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