L'oeil persan

Ce week-end, le Figaro, LCI et le Point ont publié des extraits de rapports du New York Times et du Los Angeles Times concernant le programme nucléaire iranien. Ce rapport hautement secret de 16 agences du renseignement américain, divulgué en 2011 auprès des décideurs du pays, est formel: "si Téhéran poursuit bien des recherches pouvant aboutir à la capacité de fabriquer une arme atomique, il ne souhaite plus s'en doter depuis 2003". Cette conclusion a été "globalement réaffirmée" dans une nouvelle estimation du Conseil  national du renseignement (NIC) de 2010. En d'autres termes, si l'Iran continue l'enrichissement d'uranium à faible niveau, ce que lui autorise le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) dont il est signataire, -à l'inverse d'Israël, de l'Inde et du Pakistan-, aucune preuve significative n'indique qu'il cherche la bombe. Les fuites de ce rapport ne manqueront pas de freiner les velléités israéliennes de bombarder l'Iran, ce qui embarrassait considérablement l'allié américain. Quel extraordinaire hasard que ces fuites et cette publication, à quelques jours d'une rencontre entre B. Obama et B. Netanyahou! Les services israéliens n'ont pas réfuté ces conclusions. Le chef du renseignement militaire israélien déclarait que lorsque l'Iran déciderait d'enrichir l'uranium à 90%, "cela leur prendra un an ou deux pour produire une tête nucléaire, et davantage de temps pour développer un système de lancement de missile effectif". La menace n'est donc pas imminente.
L'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a envoyé deux missions de haut rang en l'espace de moins d'un mois. Lors de la dernière mission, l'AIEA s'est vue refuser l'accès au site militaire de Parchin, soupçonné d'abriter des activités nucléaires secrètes, et réaffirme donc toujours ses "graves inquiétudes". L'Iran "ne cherche pas à avoir l'arme atomique", a réaffirmé cette semaine le Guide de la république islamique Ali Khamene. "Nous voulons casser la suprématie basée sur les armes atomiques" dont disposent les grandes puissances, et "grâce à Dieu le peuple iranien y parviendra". Ceci explique l'ambiguïté de la politique iranienne, et ce jeu de chat et de la souris entre l'Iran et l'Occident. Mais ces ambiguïtés viennent du fait que l'Iran est entouré de deux pays possédant l'arme nucléaire, le Pakistan à l'est et Israël à l'ouest (bien que ce dernier ne l'ait jamais reconnu). Ces deux pays n'étant pas signataires du TNP ne seront donc jamais contrôlés par l'AIEA, ce qui irrite les Iraniens.
En tout cas, ces révélations rassurantes ne doivent pas nous faire oublier qu'en août 2007, Nicolas Sarkozy avait employé un ton martial sur le nucléaire iranien, et que le 16 septembre, son ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, était allé un pas plus loin: "il faut se préparer au pire", c'est à dire, "la guerre". L'Iran sera son obsession pendant ses trois années de ministre. Ce durcissement de la position française sur l'Iran, et sur les Chiites en général reste suspect (position d'Alain Juppé vis à vis de l'Iran et la Syrie), à moins qu'il ne s'inscrive dans une démarche de séduction vis à vis de l'état hébreu ou de Washington ou des pétromonarchies sunnites du Golfe.
Il ne s'agit pas ici de minimiser le risque iranien. Le régime dictatorial de Téhéran et sa composante religieuse ne cessent de défier les Nations Unies, ses appels à la destruction d'Israël sont inacceptables, mais il n'est pas sûr que l'Occident gagnera à la destruction de l'axe chiite et à la victoire des sunnites, dont la composante wahhabiste n'a rien à envier aux barbus iraniens en terme d'intolérance.
L'œil persan a des visées hégémoniques sur les réserves mondiales de pétrole, bientôt contrariées par la future chute du président syrien Bachar el-Assad. Mais le risque de bombardement de l'Iran par Israël s'est éloigné. 

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