L'euro, dix ans déjà

Souvenons-nous de l'euphorie, il y a dix ans, des files d'attente devant les distributeurs de billets! Le 1° janvier, du jour au lendemain, dans douze pays furent mis en circulation 15 milliards de billets et 52 milliards de pièces, le plus grand basculement fiduciaire jamais réalisé. L'euro protecteur, la stabilité financière, la cohésion d’une nouvelle Europe, finis les risques de change. Les échanges seraient stimulés, les PME pourraient se développer, et aussi le tourisme. Mais au passage à l'euro, certains secteurs de grande consommation ont trop majoré leurs prix. Depuis, l'euro est accusé de la baisse du pouvoir d'achat par nombre de citoyens des 17 pays de la zone, alors que les statistiques ne donnent qu'une inflation réelle de 2% par an. Bien pis, il est souvent accusé  d'être un handicap pour les économies nationales, voire d'être responsable de la crise financière actuelle. Aussi, les célébrations officielles ont été discrètes et minimalistes, d'autant que sa survie est menacée par la crise de la dette souveraine. Un tiers des Français est pour le retour au franc, deux tiers des Allemands regrettent la perte du mark, ce même pourcentage d'Espagnols est insatisfait, 50% des Lituaniens refusent le passage à l'euro ainsi que trois quarts des Polonais et des Tchèques. Et sans surprise, le bouquet final revient aux Anglais, dont 65% prédisent que l'euro va disparaître. En attendant, les possesseurs de billets en francs peuvent encore les échanger à la Banque de France jusqu'au 17 février 2012, date limite d'existence du franc. Il serait bon que la traduction en franc des relevés bancaires ou des factures cesse à cette date, car l'euro est une monnaie forte qui subsistera, n'en déplaise à ceux qui jouent les cassandre par électoralisme, par peur ou par déception.
L'euro a été une monnaie si forte qu'elle a encouragé le laxisme budgétaire, et partant le creusement des dettes et des déficits publics des élèves indisciplinés de la classe Europe. Les dix ans écoulés ont été ceux de la facilité, de la démagogie et du laisser-aller d'une classe politique. Les dix ans à venir devront être ceux de la gouvernance.
Comment croire à un retour vers le passé quand on consulte les chiffres de la Fondation R. Schuman.
L'Europe des 27 est:
- la 1° zone de production des richesses au monde, devant les États-Unis et la Chine: 20% du PIB mondial
- la 1° puissance commerciale au monde, avec 16% des exportations et 17,3% des importations
- le 1° donateur d'aide publique au développement dont bénéficient 150 pays: 60% de l'aide au développement provient de l'Union Européenne
- l'euro est la 2° monnaie de référence: 26,5% des réserves de change mondial sont libellés en euros.
L'Europe a les moyens de surmonter la crise, avec de la solidarité, de l'effort, de l'union autour du projet européen. Soyons digne de l'histoire de notre continent, et de nos ancêtres. Il suffit d'une classe politique moins bureaucrate, plus informée des affaires du monde, non démagogue et les Européens oublieront leur scepticisme. Mais le suffrage universel est-il compatible avec un discours de vérité?

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